Une opinion de Véronique Agie de Selsaten et Marie-Eve Tries, parents d'ados.

La rentrée avait été planifiée au mois de juin selon un code couleurs. S’il est rassurant de constater que quoi qu’il se passe, les enfants de maternelles et de primaires iront en classe plus ou moins normalement, ce qui est prévu pour nos adolescents donne à craindre un enseignement qui va creuser encore un peu plus les inégalités sociales. Laisser tomber le mercredi est déjà inquiétant en soi (les travaux qui devront être réalisés ne remplaceront jamais des heures de cours). Ces demi-jours cumulés sur une année font 15 jours de moins, soit trois semaines de cours. Ne venir à l’école que deux jours semaine est catastrophique. Reportés à une année complète, c’est comme si les adolescents n’allaient à l’école que de septembre à novembre. Or, nous sommes dans une situation de pandémie qui est destinée à durer : l’OMS prévoit des répercussions sur les 10 prochaines années.

D’où notre question : que deviendrait un adolescent dans les premier et deuxième degrés de l’enseignement secondaire au moment du confinement ?

L'instruction est un droit fondamental

Tout d’abord, précisons que l’instruction est un droit fondamental, au même titre que le droit de vote ou le droit à une justice équitable. S’il a pu être suspendu durant la fin de l’année scolaire 2019-2020, il conviendrait que cela reste une exception et non la règle.

Ensuite, l’enseignement à distance ne nous semble pas garantir pour tout le monde ce droit à l’instruction. Il est certain qu’un adolescent en formation professionnelle nécessitant des ateliers pratiques n’a pas les mêmes possibilités d’apprentissage à distance qu’un adolescent en transition générale. Il est certain qu’un enfant qui baigne dans un milieu culturel riche trouvera autour de lui de quoi assimiler et comprendre ses cours tandis qu’un enfant dans un milieu en déficit culturel sera livré à lui-même. Il est certain encore qu’un enfant dans un milieu économiquement aisé disposera de tout le matériel nécessaire tandis qu’un autre dans un milieu moins argenté ne sera pas en mesure de se connecter comme les autres.

Le droit à l’instruction ne peut être effectif qu’en présentiel.

Une vie confinée ? Catastrophique

Au niveau psychologique, une vie confinée en famille est catastrophique pour les adolescents, qui sont à l’âge où l’on revendique de l’autonomie et des responsabilités. Nos jeunes nous ont bien montré leur sens des responsabilités en manifestant pour le climat et en s’investissant pour diverses causes. Ne pas leur permettre de s’instruire correctement et limiter leurs contacts sociaux c’est leur couper les ailes. Cette situation accentue aussi le mal-être de beaucoup de jeunes qui se sentent extrêmement seul et qui tombent peu à peu dans des états dépressifs dont tous ne se relèveront pas.

Enfin, six ans de secondaires, cela passe vite. Avec un an ou deux d’instruction chaotique, nos jeunes arriveront fragilisés dans les études supérieures et dans la vie professionnelle, sans toute une partie du bagage qui leur était dû. Nous savons en outre que certaines familles payeront ce qu’il faut pour que leurs enfants reçoivent ce bagage, laissant de fait les autres au bord de la route.

Titre et intertitres sont de la rédaction. Titre original : "Garantissons le droit à l’instruction pour tous !"