Une opinion de 21 membres du Parlement européen et de 36 membres de parlements nationaux, issus de 19 pays européens. Retrouvez l'ensemble des signataires au bas de l'article.

Bien avant le début de la crise du Covid-19, le gouvernement chinois n’autorisait l’accès au Tibet qu’à quelques groupes de visiteurs étrangers triés sur le volet. Mais après que le secret et la désinformation du régime de Pékin eurent contribué à déclencher la pandémie du coronavirus à travers le monde, la communauté internationale ne peut plus accepter qu’il isole le Tibet, où une autre crise potentielle aux implications mondiales se profile.

En ce qui concerne le Tibet, les relations de l’Europe avec la Chine se définissent par un manque de réciprocité. La plupart des gouvernements européens autorisent les citoyens chinois à voyager librement dans nos pays, tandis que la Chine interdit régulièrement aux Européens de visiter le Tibet.

L'hypocrisie chinoise ne s'arrête pas là. Dans son nouveau rapport, "Accès refusé: Nouvelle législation américaine, quête de réciprocité en Europe et verrouillage au Tibet", l’ONG International Campaign for Tibet fait état d'une grande disparité dans les visites des diplomates chinois et occidentaux. Au cours de la dernière décennie, il y a eu près de trois fois plus de visites de délégations du gouvernement chinois prétendant “représenter” le Tibet dans les pays occidentaux que de délégations occidentales autorisées à se rendre au Tibet.

Une stratégie de propagande

Lorsqu'elles arrivent en Europe, les délégations chinoises apportent avec elles leur lot de propagande. Elles sont aidées par un réseau de médias chinois contrôlés par l'État qui ont été autorisés à s'installer dans les grandes villes de notre continent.

Bien évidemment, le Parti communiste chinois n’a aucun respect pour une presse libre sur son propre territoire, en particulier au Tibet. La région « autonome » du Tibet (qui n'est en fait pas du tout autonome) est la seule région de Chine où les journalistes étrangers ont besoin d'une autorisation spéciale pour entrer. Cependant, cette autorisation est rarement accordée, et selon les journalistes étrangers basés à Pékin, il est plus facile de se rendre en Corée du Nord qu'au Tibet.

Discrimination des Tibétains

L’isolement du Tibet imposé par la Chine est surtout injuste pour le peuple tibétain lui-même. En Europe, les exilés tibétains se voient refuser le droit de visiter leur patrie et les membres de leur famille qui y vivent encore. En fait, lorsqu'ils demandent un visa pour la Chine, les Tibétains sont soumis à un processus discriminatoire et humiliant de la part du personnel des ambassades et consulats chinois avant que leur demande soit, presque sans exception, rejetée.

Pourquoi cette situation devrait-elle préoccuper les citoyens européens, en particulier ceux qui ne souhaitent pas visiter le Tibet ? La réponse est simple : la Chine représentant une menace plus grande que jamais pour la liberté et la stabilité mondiales, nous devons résister à son culte du secret et à son autoritarisme avant de nous retrouver face à une nouvelle crise mondiale.

Le cas du Dalaï-lama

Bien que les Tibétains soient réputés non violents, l'avenir du Tibet sera probablement turbulent si la Chine maintient son cap actuel. Le Dalaï-lama - qui vit en exil depuis le début de l'occupation chinoise du Tibet - aura 85 ans cette année, et la Chine a annoncé qu’elle prévoyait, à sa disparition, de nommer son successeur.

Le Dalaï-lama est l'une des principales raisons pour lesquelles les Tibétains se sont abstenus de se soulever de manière violente contre leurs oppresseurs chinois. Mais après sa disparition, une fois que Pékin aura installé un successeur illégitime, le Tibet pourrait facilement sombrer dans des troubles de grande ampleur pouvant potentiellement déstabiliser toute la région. Les responsables européens et les parlementaires ont déjà exprimé leurs inquiétudes à ce sujet, mais pour sa part, Pékin affirme que le monde extérieur n'a pas le droit de s’impliquer dans ses affaires intérieures.

Pour un accès réciproque au Tibet

Dans un monde bouleversé par le coronavirus, cette positon n’est pas tolérable. Bien que le Tibet ne soit pas susceptible de causer le même niveau de dévastation dans le monde que la crise du Covid-19, la situation sur place présente un danger légitime, d’autant plus que c’est un affront au respect des droits humains. Si nous voulons empêcher que le manque de transparence chinois crée de nouvelles souffrances dans le monde, nous devons exiger un accès réciproque au Tibet - comme l'a fait l'ancienne Haute Représentante de l'Union européenne Federica Mogherini.

Le Congrès américain a déjà ouvert la voie sur cette question. En 2018, les deux chambres du Congrès ont adopté la loi bipartisane sur l'accès réciproque au Tibet. Cette législation innovante insiste pour que la Chine autorise les journalistes, diplomates et citoyens américains à entrer au Tibet. En cas de refus par la Chine, les autorités chinoises directement responsables de l'interdiction faite aux citoyens américains de se rendre au Tibet se verront à leur tour interdire l'accès au territoire américain.

C’est une réponse de bon sens à l’intransigeance de la Chine, et un développement législatif et politique qui devrait inspirer les pays européens. Les gouvernements à travers le continent devraient adopter leurs propres versions de la loi sur l'accès réciproque au Tibet et ainsi montrer à Pékin que son traitement injuste des citoyens européens - ainsi que l’isolement du peuple tibétain - ne sont pas acceptables.

Le coronavirus a montré à quel point le refus de la Chine de coopérer avec la communauté mondiale représente un réel danger. Pour commencer à contrer Pékin et à modifier son comportement futur, nous devons exiger un accès réciproque au Tibet.

Liste complète des signataires:

Membres du Parlement européen :

Margrete AUKEN, Petras AUŠTREVIČIUS, Patrick BREYER, Antoni COMÍN I OLIVERES, Raphaël GLUCKSMANN, Francisco GUERREIRO, José GUSMÃO, Heidi HAUTALA, Ádám KÓSA, David LEGA, Aušra MALDEIKIENĖ, Marisa MATIAS, Mikuláš PEKSA, Clara PONSATÍ OBIOLS, Carles PUIGDEMONT I CASAMAJÓ, Isabel SANTOS, Ivan ŠTEFANEC, Petra DE SUTTER, Loránt VINCZE, Alexandr VONDRA, Milan ZVER.

Membres de parlements nationaux :

Maurice ANTISTE (France), Michael BRAND (Allemagne), Uldis BUDRIĶIS (Lettonie), Samuel COGOLATI (Belgique), Bebiana CUNHA (Portugal), Georges DALLEMAGNE (Belgique), Sofia DAMM (Suède), Jaqueline EUSTACHE-BRINIO (France), Laurence FEHLMANN (Suisse), André GATTOLIN (France), Roberto GIACHETTI (Italie), Pascale GRUNY (France), Barbara GYSI (Suisse), Hampus HAGMAN (Suède), Frank HEINRICH (Allemagne), Martijn VAN HELVERT (Pays-Bas), Sophie JOISSAINS (France), Bernard JOMIER (France), Christian JUHL (Danemark), Maria KLEIN-SCHMEINK (Allemagne), Elisabeth LAMURE (France), Chris LAW (Royaume-Uni), Jean-François LONGEOT (France), Tim LOUGHTON (Royaume-Uni), Eva MĀRTUŽA (Lettonie), Catherine MORIN-DESAILLY (France), Sylviane NOËL (France), Désirée PETHRUS (Suède), Michel RAISON (France), Roberto RAMPI (Italie), Cristina RODRIGUES (Portugal), André SILVA (Portugal), Sjoerd SJOERDSMA (Pays-Bas), Inês DE SOUSA REAL (Portugal), Elisabeth TOUTUT-PICARD (France), Alexandra VIEIRA (Portugal).