Nous achevons la publication d’une série qui a fait largement appel au “off the record”. Qu’en pensez-vous ?

Je trouve que la série est remarquable en soi. C’est un retour à une vivacité journalistique, qui est loin du suivisme que l’on reproche parfois à la presse. On est aux antipodes de la communication politique. Cela permet de faire comprendre les coulisses. En plus, la collaboration avec un journal flamand est intéressante; c’est du journalisme qui ne s’enferme pas dans sa communauté.

Une telle utilisation du “off” est-elle respectueuse des règles déontologiques ?

Il faut d’abord rappeler ce qu’est le “off”. C’est ce qu’on appelle une règle de conversation, bien connue des professionnels du journalisme, des politiques et de la communication en général. Elle consiste en fait en une exception. Le “off the record” existe quand il est borné : on sait où il commence et où il se termine. Et ce qui se dit dans cette parenthèse n’est pas fait pour être publié. Il peut se justifier pour donner une précision pour que le journaliste comprenne bien et ne distorde pas la communication.

En déontologie, on s’accorde à poser quelques limites. D’abord, le journaliste doit se demander si le “off” est légitime. On peut en effet chercher à l’instrumentaliser, à attirer l’attention sur un passage en espérant qu’il le retiendra particulièrement. D’un point de vue éthique, le journaliste qui décide de ne pas respecter le “off” doit en avertir son interlocuteur. Ensuite, si le journaliste le rompt, il doit avoir de bonnes raisons de le faire.

Est-ce que deux notions ne se recoupent pas, le “off” et le “secret des sources” ?

Effectivement, Dans le cas du “off”, on ne peut pas publier. Sauf si un accord a été donné pour qu’on utilise l’information tout en ne citant pas la source.

De toute manière, il faut être extrêmement prudent quand on joue avec les règles. Si un politique s’estime trahi, on peut se demander s’il donnera encore une information. Il faut toujours veiller à ce que la relation reste équilibrée. Quand on touche aux règles, il faut se soucier de ne pas tomber dans un “journalisme de guérilla” où tous les coups sont permis. A ce jeu-là, tout le monde perdrait énormément.

Justement, s’ils se méfient, pourquoi les politiques pratiquent-ils le “off”, si volontiers pour certains d’entre eux ?

Parce que, bien sûr, ils veulent attirer l’attention. Ils sont dans une stratégie de communication qui leur permet d’instaurer une relation de plus grande connivence. Le politique manipule pour orienter la négociation politique, par exemple. Il y a manifestement son intérêt. S’il ne veut pas qu’on l’utilise, il ne doit pas donner l’information.

Le citoyen peut-il se retrouver dans cet échange ?

Du point de vue d’un citoyen, il est intéressant d’avoir affaire à un journalisme non suiviste. Il a tout à y gagner. On le fait participer à un exercice démocratique. Il en ressort avec une meilleure connaissance des mécanismes.