Une opinion de Akos Hadhazy, membre indépendant du Parlement hongrois, ancien coprésident du parti vert LMP.

Bien que l’économie hongroise ait été marquée par une importante croissance ces dernières années, il existe de sérieux doutes quant à la poursuite de cette tendance. Nombre d’investissements réalisés lors de la dernière décennie (comme la construction de nombreux stades) n’ont qu’un effet à court terme sur la croissance économique. De plus, une fois ces investissements réalisés, leur bon fonctionnement et leur entretien ne sont pas nécessairement garantis.

La corruption à grande échelle au niveau gouvernemental a des répercussions négatives sur les services publics tels que l’éducation et les soins de santé. Cette situation se reflète notamment dans la détérioration, entre 2009 et 2018, des performances des étudiants hongrois aux évaluations Pisa de l’OCDE ou encore dans la diminution (moins 25 % entre 2010 et 2020 !) du nombre d’étudiants admis dans les établissements d’enseignement supérieur. En ce qui concerne les soins de santé, la Hongrie est le pays membre de l’Union européenne présentant le nombre le plus élevé de décès évitables par 100 000 habitants chez les personnes de moins de 75 ans.

Décès prématurés

Le système actuel de financement de l’Union européenne a contribué à la mort prématurée de plusieurs milliers de Hongrois, et pas seulement à cause de l’effondrement du système de soins de santé. Relevons que c’est en Hongrie (ainsi qu’en Bulgarie et en Roumanie) que le taux de mortalité par habitant imputable à la pollution atmosphérique est le plus élevé : celle-ci provoque environ 13 000 décès prématurés chaque année. Cette situation est due en partie au démantèlement du système institutionnel de protection de l’environnement, qui, s’il n’avait été mis à mal, aurait constitué un obstacle sérieux à certains investissements entachés de corruption.

Le gouvernement a utilisé la pandémie de Covid-19 comme prétexte pour rendre la vie encore plus difficile à celles et ceux qui osent critiquer le régime. Ainsi, il a considérablement réduit les dotations aux partis politiques. Ce qui a porté un rude coup aux partis d’opposition, leur financement reposant essentiellement sur les subsides publics. A contrario, il n’existe quasi aucune limite au financement, par le gouvernement, de son propre parti, le Fidesz ; ce soutien inconditionnel se concrétise notamment par l’octroi de subsides à des "ONG" dont l’activité principale consiste à diffuser la propagande gouvernementale.

La pandémie a également été utilisée par le gouvernement hongrois pour canaliser encore plus d’argent vers les amis et les parents du Premier ministre. Selon l’hebdomadaire économique HVG, environ 75 % de l’argent du soi-disant Fonds de protection économique, créé par le gouvernement pour atténuer les conséquences négatives de la pandémie, n’ont pas été dépensés à cette fin. Dans le même temps, ces dépenses ont entraîné, en l’espace d’un an, une augmentation de la dette publique de 66 à 81 % du PIB.

Couper le robinet maintenant

Il existe un et un seul moyen d’arrêter le flux d’argent s’écoulant des contribuables belges et des autres pays européens vers des groupes criminels organisés et pour des investissements irrationnels et inefficaces : suspendre immédiatement les financements de l’Union européenne au gouvernement hongrois. Naturellement, la suspension devrait être levée dès que ce dernier aura pris les mesures nécessaires pour assurer la transparence et la bonne utilisation des fonds européens. De nombreuses propositions ont été faites en ce sens par la Commission européenne, le Conseil de l’Europe, Transparency International Hungary et d’autres organisations ; entre autres, la Hongrie doit rejoindre le Parquet européen (EPPO), chargé de rechercher, poursuivre et juger les délits portant atteinte aux intérêts financiers de l’UE.

"Si notre pays dépense l’argent de l’UE en suivant les tendances et le cadre actuels, cela pourrait causer la plus grande tragédie de la Hongrie", a déclaré Zsombor Essösy, P-DG de Mapi Hungarian Development Agency Corp, société se définissant comme "expert national de premier plan pour les développements basés sur les fonds européens et nationaux". Sur ce plan, je suis entièrement d’accord avec lui.

>>> https://korrupcioinfo.hu/