Une chronique d'Elise et de Thomas, respectivement enseignante dans l'enseignement fondamental communal et enseignant dans l'enseignement secondaire WBE.

Profs, nous sommes confrontés à une galère terrible et nous avons l’impression que pas grand monde se bat sur ces questions. Pourtant, certaines mesures simples changeraient significativement nos conditions d’exercice du métier.

Nous pensons par exemple à la taille des classes. Revendication toute simple que nous n’avons pas l’impression que les syndicats enseignants portent… Les classes de 20 ou plus, c’est une charge de travail et un épuisement assuré pour les jeunes profs qui doivent tout apprendre, tout préparer, et qui ont très généralement des soucis de "gestion de groupe", comme on dit. Les classes de 20 ou plus, c’est aussi, et ce quelle que soit l’ancienneté du prof, un moins bon enseignement, et l’impact est d’autant plus grave que les enfants sont petits et qu’ils n’ont pas la culture de l’école ou le français comme langue maternelle. Comment pourrait-on améliorer les compétences langagières des élèves dans des classes de 23 en maternelle ? Il ne faut pas demander l’impossible.

On nous objectera probablement qu’il faut avoir des classes en suffisance pour prendre une telle mesure. C’est vrai, mais puisque les responsables de l’enseignement francophone sont en train de vouloir changer nos écoles en profondeur, est-ce que ça ne peut pas faire partie du programme ?

Le parcours difficile du jeune prof

Un autre sujet qui nous questionne est celui du système des nominations. Dans les gros pouvoirs organisateurs, les privilèges des anciens enseignants - le choix du poste, la possibilité de partir en détachement avec sa place qu’il/elle garde sous le coude - génèrent un maximum de précarité pour les nouveaux enseignants. Si tu es un prof débutant, on te donnera les classes dont personne ne veut, dans les écoles où personne ne veut aller, et tu seras ballotté de remplacement en remplacement. Et tout ça à ce moment précis de ta carrière où tu as besoin d’être entouré, de te créer des habitudes… Cette précarité peut durer dix ans. Bien entendu, ce sont les enfants des classes populaires, dans les écoles réputées difficiles, qui auront les profs les plus inexpérimentés, et qui changeront de prof tous les ans, voire deux fois par an.

La pénurie, les profs qui lâchent après deux ans en sont la conséquence. Il suffit d’écouter les témoignages des enseignants sur leurs débuts de carrière… généralement c’est assez terrifiant.

Où est la solidarité ?

Faut-il remettre en question le système des nominations ? Comment cela se passe-t-il dans les pays où l’enseignement se porte mieux que chez nous ? Nous lisons dans les Carnets de voyage publiés par CGé [le mouvement Changement pour l’égalité NdlR] qu’en Suède les directeurs des écoles publiques recrutent eux-mêmes leurs équipes, et qu’il y a des incitants financiers pour enseigner dans des écoles défavorisées, que les enseignants perdent quand ils quittent ce type d’écoles. Comment fonctionnent-ils pour le reste des affectations de fonctions ? Qu’est-ce que ça crée comme dynamique ? Peut-on en discuter ? Pas question pour nous de contribuer à fragiliser le statut des enseignants. Mais n’oublions pas que, pour ce qui est du statut des jeunes enseignants, c’est déjà fait et ça n’a pas l’air de tracasser les anciens ! Elle est où, la solidarité ?

Nous constatons que le syndicat protège surtout les acquis des profs plus âgés et stabilisés. Normal, c’est leur base de recrutement. Mais ils doivent se rendre compte qu’en suivant cette stratégie ils en protègent certains et en abandonnent d’autres, qui quittent le métier. La pénurie d’enseignants s’aggrave donc, tout comme la situation de l’école.

Et puis, au-delà de nous, enseignants, ce sont les élèves des écoles les plus précarisées qui trinquent. Ce n’est donc certainement pas de cette façon que l’école sera améliorée et que les inégalités seront réduites. On peut s’en parler ? Et si on créait "l’école en lutte"?