Les décideurs politiques doivent profiter de l'élan patronal actuel pour engager des réformes, en particulier fiscales.

Une opinion de Christine Mattheeuws, Présidente du syndicat neutre pour indépendants.

Ce 20 août 2019, 50 patrons belges ont pris leur plume pour signer une lettre ouverte aux politiques en leur faisant une série de 36 recommandations sur des sujets aussi variés que le marché de l’emploi, l’environnement, la mobilité, la justice ou la fiscalité. Il s'agit d'une initiative remarquable car les entrepreneurs qui souscrivent à cette lettre le font, comme ils le soulignent eux-mêmes dans la presse, en tant que "grands-pères inquiets". En tant que femme, j’aurais probablement préféré opter pour le terme "grand-parent", mais là n’est pas le plus important. Ce qui est intéressant est que ces chefs d'entreprise présentent des propositions qui vont au-delà de leur génération. En tant que grands-parents inquiets, ils défendent les droits et l'avenir des générations futures.

Avancée politique historique

Ce qui constitue notamment un élément frappant, c'est qu'ils préconisent, entre autres choses, un impôt uniforme (une flat tax) de ‘par exemple’ 20%. En tant que Présidente d'une organisation patronale représentant des indépendants, des patrons de PME et des commerçants, il va sans dire que je ne peux qu’y souscrire. C’est en effet ce type d’exigences que les entrepreneurs mettent sur la table depuis des années. Avec cette lettre ouverte, ces dirigeants de grandes entreprises font aussi une avancée politique historique.

Le système fiscal belge doit en effet être drastiquement simplifié. Ironiquement, ce sont précisément ces grandes entreprises et multinationales qui peuvent se permettre des armadas de juristes ou de fiscalistes spécialisés pour trouver la voie la moins imposée et profiter des exemptions et failles du code des impôts tout en s’accaparant la plus grande partie des subsides publics. Il en a résulté jusqu’à présent un avantage concurrentiel déloyal pour ces entreprises face aux PME ou aux indépendants. Chapeau donc aux personnes qui ont signé cette lettre ouverte, de remettre précisément cela en cause.

"Keep it simple !"

Mon message aux parlementaires et aux différents gouvernements de notre pays ? Keep It simple ! Depuis des années, on hésite, on modifie un alinéa, un bout de texte, on fait des réformettes. Le résultat ? Le codes des impôts ne cesse de s’épaissir. Il est temps aujourd’hui de faire une vraie réforme. Décomplexifiez notre code des impôts ! Éliminez ces failles et exceptions fiscales ! Ainsi, les petites et grandes entreprises, leurs dirigeants, leurs experts-comptables et leurs fiscalistes pourront se concentrer sur le véritable cœur de métier : l'entrepreneuriat lui-même. C’est le monde des affaires qui le réclame instamment.

Cette lettre est un exemple concret de la façon dont cela peut être fait. Les solutions aux problèmes sont parfois si proches que, souvent, on ne peut (ou on ne veut) pas les voir. Les bonnes idées existent partout. Plusieurs pays d’Europe de l’Est ont déjà mis en place des systèmes à impôt unique et cela fonctionne ! Chers politiciens, vous qui êtes aujourd’hui en pleines négociations gouvernementales, profitez de cet élan du monde patronal pour trouver des solutions simples. Profitez de cet élan pour enfin prendre des décisions constructives pour tous les entrepreneurs qui font des affaires aujourd'hui et surtout demain. Bref, pensez comme le ferait une grand-mère ou un grand-père inquiet.

Titre, chapô et intertitres sont de la rédaction.

Titre original : "Il est temps de prendre des décisions comme un grand-parent inquiet"