Une carte blanche de Céline Boulenger, Macroéonomiste chez Degroof Petercam.

Durant sa campagne, Joe Biden avait mis en avant un plan climatique très ambitieux avec pour objectif d’atteindre la neutralité carbone d’ici 2050 et de décarboniser le secteur de l’énergie d’ici 2035 en abandonnant le charbon et le gaz et en déployant les énergies renouvelables. Beaucoup attendaient Joe Biden au tournant pour voir si ces belles paroles n’étaient que des promesses en l’air, ou s’il allait réellement faire du changement climatique une priorité de son mandat. 

À la surprise de certains, après avoir rejoint l’Accord de Paris, et seulement quelques mois après son début à la tête des Etats-Unis, il vient d’annoncer son plan général d’investissements dans l’infrastructure de 2 mille milliards de dollars. Même si ce dernier aborde de nombreuses thématiques, le changement climatique se retrouve clairement au premier plan. En effet, 621 milliards de dollars iront aux infrastructures liées au transport et aux véhicules électriques, et $561 milliards seront dédiés à la transformation écologique de l’immobilier. 

Plus en détails, Biden veut (1) rendre le réseau électrique plus résilient aux chocs, (2) développer d’avantage les aides envers les énergies renouvelables, (3) décarboniser le secteur de l’énergie à l’aide d’un « Clean Energy Standard », (4) investir $174 milliards dans le marché des véhicules électriques pour détrôner la Chine, et (5) éliminer les accès et subsides préférentiels aux énergies fossiles. Plus de mille milliards de dollars iront dans la transition écologique, et ce n’est pas rien, cela excède le montant total du plan de relance américain après la crise de 2008. Ce plan marque un tournant pour le gouvernement américain ; en effet, ce dernier n’avait jusqu’à présent jamais allié infrastructure et écologie. Ce plan montre donc bel et bien que la vision du gouvernement américain d’une économie en bonne santé et résiliente aux chocs futurs a énormément évolué.

De nombreux obstacles et critiques

Toutefois, même si ce plan parait révolutionnaire, le mettre en place s’annonce extrêmement compliqué pour Joe Biden car les critiques sont nombreuses. Tout d’abord, certains démocrates, dont Alexandra Ocasio-Cortez, trouvent ce plan loin d’être suffisant par rapport à l’urgence climatique. D’autres sont déçus que les mesures écologiques aient été ralliées à d’autres mesures, et auraient préféré un plan climatique séparé. 

De plus, pour financer ce plan, Joe Biden veut augmenter les impôts sur les entreprises de 21% à 28%, une idée qui en refroidit plus d’un. Certains pensent qu’augmenter les impôts nuira à la compétitivité des entreprises américaines et asphyxiera la création d’emplois et la croissance économique. Le Business Roundtable a déjà attaqué ce plan, et des groupes commerciaux ont également menacé d’aller à l’encontre du plan de Biden. Ces nombreuses critiques et obstacles vont aider à renforcer l’opposition des républicains dans les deux hémicycles du Congrès, et pourrait également convaincre certains démocrates « centraux » de voter contre ce plan d’investissement.

Pourtant, même s’ils sont revus à la hausse, les impôts sur les entreprises resteront très bas comparés aux autres pays de l’OCDE, mais aussi par rapport au standard américain de l’après-guerre (excepté durant les années Trump). 

De plus, un rapport de l’ITEP confirme que de nombreuses grandes entreprises américaines (dont Amazon) ne payent aucunes taxes fédérales. Une aberration à laquelle Joe Biden veut absolument remédier pour renforcer le système économique américain. Les démocrates devront peut-être faire appel au mécanisme de réconciliation pour que ce plan passe le sénat avec une simple majorité, mais la route s’annonce longue et parsemée d’embuches. 

De plus, même si Biden arrive à faire de ce plan une loi, cela ne garantira pas qu’il atteindra tous ses objectifs. En effet, le secteur de l’électricité aux Etats-Unis dépend surtout des politiques d’état, et non des politiques fédérales. Le futur du mix énergétique repose donc dans les mains des états américains et non du président. Ces derniers temps, plus de douze états républicains ont riposté aux ambitions climatiques de Biden en avançant des propositions favorisants les énergies fossiles et handicapants les énergies renouvelables. Au Texas, par exemple, les projets liés aux énergies vertes pourraient être taxés dans les années à venir. De nombreux états américains sont donc en train d’aller à l’encontre des ambitions du gouvernement fédéral. 

Le plan de Joe Biden est ambitieux et nécessaire si les Etats-Unis veulent faire du changement climatique une priorité, et une augmentation des impôts sur les entreprises aiderait à son financement, toutefois, l’opposition venant de tous côtés s’annonce rude, et pourrait forcer Joe Biden à faire d’énormes concessions dans les mois à venir.