Opinions

Que pensez-vous de cette loi de 2006 qui favorise l’hébergement égalitaire ?

Cette loi est contemporaine en ce qu’elle rejoint les valeurs de l’égalitarisme et de l’individualisme dans la consommation. Je m’interroge. Cette loi - présentée comme le "bon médicament" - est-elle vraiment au service de l’enfant ? Ou existe-t-elle pour contenter le droit des adultes ? Remplacer les termes "garde alternée" par "hébergement égalitaire" est significatif à ce point. On vise à donner aux adultes une égalité de droits - droit de possession de l’enfant, droit au temps éducatif - mais aussi une égalité dans les moments de repos. La garde alternée voulue par les parents est une manière pour les mères et les pères de se reposer la moitié du temps et de retrouver une vie de célibataire ou de nouveau couple. Les enfants deviennent alors des petits princes à mi-temps. L’autre moitié du temps, ils ne sont pas là Cette loi consacre l’égalité des droits à avoir l’enfant mais aussi l’égalité du droit à se reposer de l’enfant. Cela s’inscrit dans la société d’aujourd’hui où des parents ne veulent pas être parents tout le temps et continuer à vivre leur vie individuelle. Mais ne venons pas dire que "c’est le plus grand service pour l’enfant" ! A travers cette mesure - "hébergement égalitaire" - parfois, on ne se gêne pas pour lui. Quelquefois, un enfant ne veut pas trop voir un parent. A cause de souvenirs de violence. Ou ce parent ne l’a jamais beaucoup investi. Ou ce parent a fait un sale coup en partant. L’enfant a raison mais, souvent, on ne va pas l’écouter. Parce que c’est à la mode de défendre les droits et revendications des adultes.

Mais sur le terrain, en cas de séparation des parents, la garde alternée est-elle la meilleure solution ?

C’est une mesure parmi d’autres, la meilleure dans certains cas, mais pas "la règle" et l’idéal comme certains suggèrent. Pour penser à l’appliquer, quatre conditions au moins doivent être réunies. Un : le fait que les parents habitent dans un environnement géographique proche, quelques kilomètres, pour maintenir stable le tissu social et scolaire de l’enfant. Pas donnée à tout le monde, cette première condition. Certains disent que, sans le vouloir, la garde alternée est une mesure "de classe" qui n’est accessible qu’aux gens aisés. Il faut encore pouvoir dédoubler locaux et matériel de vie de l’enfant. Deux : le fait que les rythmes soient raisonnables, pour permettre à l’enfant de se poser. Par exemple, une semaine/une semaine pour les plus jeunes jusqu’à environ six ans puis 15 jours/15 jours ou plus, en accord avec l’évaluation spontanée faite par l’enfant ou l’ado, pour les plus âgés. Mais certainement pas des rythmes aberrants trois jours/trois jours. Trois : que l’intensité des conflits entre les parents ait bien diminué voire jusqu’à une paix raisonnable. Celle-ci leur permet de coopérer effectivement dans l’exercice d’une coparentalité dont les implications concrètes sont nombreuses. Elle évite que l’enfant soit pris comme témoin ou allié des conflits parentaux à haute fréquence, surtout lors des arrivées et départs. Or ce n’est pas ainsi que certains le conçoivent ! Pour eux, la garde alternée, ça pourrait être comme le jugement que Salomon n’a pas voulu faire entre "supposées mères" : si tu as exactement la moitié de l’enfant, tu vas voir, j’exigerai exactement la moitié aussi On peut m’expliquer où est l’intérêt de l’enfant dans ces gardes alternées en ambiance très tendue ? Quatre : il faut que des tiers sereins aient vérifié si la formule enchantait ou intéressait vraiment l’enfant, écouté dans la mesure du possible en dehors de toute pression significative faite sur lui. Ou à tout le moins s’il n’y était pas vraiment hostile. Toutes ces conditions ne sont pas réunies si souvent.

Est-ce valable à tout âge ?

Moins pour les enfants en-dessous de quatre ans en recherche de maternage. Dans "les cas ordinaires" où la mère investit davantage l’enfant très jeune, il a besoin de se remplir de sécurité et de confiance à travers une présence plus abondante de sa mère. Le père s’introduira progressivement, jusqu’à arriver à part égale.

"Quelquefois, un enfant ne veut pas trop voir un parent. A cause de souvenirs de violence. Ou ce parent ne l’a jamais beaucoup investi. Ou ce parent a fait un sale coup en partant. L’enfant a raison mais, souvent, on ne va pas l’écouter. Parce que c’est à la mode de défendre les droits et revendications des adultes."