Une chronique enseignement de Nancy Devaux, enseignante et membre de l'ASBL Teach for Belgium

Madame, à quoi ça sert d’être vacciné contre le coronavirus si ça n’empêche pas de l’attraper ?" "Madame, est-ce que le Zika, ça se transmet par les rapports sexuels ?" "Madame, est-ce que c’est vrai qu’il y a du sperme de taureau dans le Redbull ?"…

Être prof, c’est savoir s’adapter, se renouveler et faire face aux a priori des apprenants quel que soit leur profil. C’est partir de nos aptitudes quotidiennes pour les transposer dans un cadre d’enseignement.

Être prof de sciences, c’est savoir faire face à des questions sur l’actualité qui nous impacte tous comme avec le désormais mondialement célèbre Covid-19. C’est également pouvoir répondre à des questions très particulières et parfois personnelles comme celles qui concernent la maladie qui touche l’apprenant ou un de ses proches, la mort, l’intimité, la confrontation de convictions philosophiques ou religieuses aux théories scientifiques, ou simplement la compréhension des mécanismes d’apprentissage de chacun pour les mener au mieux vers une réussite. Pour ce faire, la remise en question de ses pratiques pédagogiques, la mise à niveau de ses connaissances, son ouverture d’esprit, se tenir au courant des avancées scientifiques et de l’actualité sont des essentiels du "prof de sciences". Sans oublier le lien humain qui est, dans ma pratique pédagogique, le plus important à créer, tout en respectant bien entendu la nécessité de poser un cadre d’apprentissage.

La place indispensable des sciences

S’il est vrai que l’enseignement des sciences est parfois une tâche ardue tant il faut travailler à déconstruire les idées fausses et les biais cognitifs tout en restant neutre, c’est aussi un défi de chaque période de cours, dans chaque classe, pour chaque apprenant. Un défi qui ne peut être occulté par les enseignants lorsqu’on sait qu’ils ont en charge de préparer les plus jeunes à devenir des citoyens responsables, capables de contribuer au développement d’une société démocratique pluraliste, ouverte aux autres cultures. C’est pourquoi il est évidemment nécessaire de les mener à avoir un esprit critique sur les informations mises à leur disposition via les divers médias (réseaux sociaux, télévision…) mais aussi sur les idées fortement ancrées dans le contexte familial et/ou sociétal. À ce titre, il me semble que les sciences ont une place indispensable dans l’enseignement.

De plus, la Science fait partie de notre quotidien. De la compréhension du cycle menstruel à la procréation, de la chimie permettant la production de produits alimentaires à la chimie de l’amour et de la génétique, de la compréhension des mécanismes climatiques à leurs enjeux, ou tout simplement en lisant cet article grâce à vos capacités physiques et physiologiques à la technologie qui a permis de l’écrire et de le publier.

Être femme scientifique et enseignante est un choix que j’ai fait. Ma récompense, bien au-delà du salaire, est le retour d’élèves qui, de par mon enseignement, se sont découvert des ambitions, des passions et avant tout du plaisir d’apprendre. J’ose espérer que cela continuera. En effet, la motivation de l’élève est à maintenir dans la ligne de mire de nos actions d’enseignement d’autant plus dans cette crise sanitaire qui affecte fortement et depuis de nombreux mois tous les élèves. Nos jeunes ont besoin de profs de sciences à l’esprit ouvert et critique, capables de se remettre en question et de s’adapter à leurs élèves. Qu’attendez-vous pour vous lancer ?