Au lieu de s’offusquer, les Africains auraient intérêt à retenir le côté positif du message : une profession de foi en l’Afrique et des appels bienveillants à une nécessaire réforme de la gouvernance. Une opinion de Dieudonné Wamu Oyatambwe, politologue, auteur de plusieurs ouvrages sur la politique africaine. 


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Le président Barack Obama vient de clôturer un périple historique sur le continent africain. L’Afrique, continent de presque tous les fléaux, marginalisée sur tous les plans, où les populations saluèrent avec des scènes de liesse l’élection d’un des leurs à la tête de la première puissance mondiale. Un événement salué ici avant tout par un sentiment de fierté, de reconnaissance de l’humanité nègre, dans un contexte où les Noirs sont généralement victimes de mépris et d’exclusion à l’échelle mondiale. Mais aussi avec l’espoir de voir "ce frère" président venir à la rescousse du continent, replacer l’Afrique au cœur des nouveaux rapports mondiaux, contribuer à y réduire la pauvreté, les guerres, les massacres, les maladies…

Cependant, même si son intérêt et son attention pour l’Afrique sont indéniables, Barack Obama a été élu président des Etats-Unis, des intérêts américains d’abord. La crise multiforme qu’il a trouvée en prenant les rênes de son pays, et les arcanes mêmes de la politique américaine, lui laissent trop peu de marge pour accorder plus d’attention à l’Afrique. On a ainsi déploré qu’il ne se soit rendu que très peu de fois sur le continent. Mais voici que, presque à la fin de son dernier mandat, il effectue un voyage très symbolique au Kenya (pays de son père) et en Ethiopie (siège de l’Union africaine).

Au-delà du nombre de visites ou de manifestations d’intérêt, il y a pourtant quelque chose de très novateur dans la nouvelle vision américaine impulsée par Obama : d’une part son afro-optimisme, et d’autre part ses appels incessants à une meilleure gouvernance et au progrès démocratique en Afrique.

En effet, alors que le climat général est à l’afro-pessimisme, alimenté par les drames migratoires, les coups d’Etat, les guerres, le terrorisme et les épidémies, on a entendu rarement un leader occidental saluer avec autant de conviction le renouveau de l’Afrique, la croissance que l’on y observe, l’espoir que suscite la jeunesse africaine. A chacune de ses interventions, Barack Obama revient sur ces affirmations de la dignité et de la relève africaine, et qui responsabilisent les Africains plutôt que de les blâmer ou de les dénigrer comme font les habituels donneurs de leçons.

Ensuite, quand il en appelle à plus de démocratie ou qu’il prône des institutions fortes en lieu et place d’hommes forts à la tête des Etats africains, certains se méprennent à n’y lire qu’un message destiné aux seuls dictateurs et "présidents à vie" qui pullulent sur le continent. Pourtant, il s’agit là d’une invitation à renforcer ce qui justement fera la force de l’Afrique : des Etats capables de réguler leurs espaces et leurs économies, pour pouvoir améliorer le vécu des gens et peser sur les équilibres mondiaux. L’Afrique est trop faible et trop marginale aujourd’hui pour ne pas comprendre autrement un tel message. De quelle respectabilité internationale jouissent la plupart de dirigeants africains ? Seule une Afrique prospère et pesant sur les échanges mondiaux fera que ses dirigeants et ses populations soient pris au sérieux, considérés et respectés !

Il n’est guère nécessaire de disserter longuement pour démontrer le lien entre corruption, dictature, mauvaise gouvernance et pauvreté; de ce cercle infernal résultent des conflits armés, des épidémies et l’insécurité. Des institutions fortes, des états fonctionnels, constituent le paravent contre ces fléaux, dans un monde de plus en plus brutal et inégal.

Au lieu donc de s’offusquer d’entendre une telle rengaine venant d’un dirigeant qui symbolise la dignité de l’Afrique, les Africains ont plutôt intérêt à retenir le côté résolument positif de son message : d’une part sa profession de foi en l’Afrique, et d’autre part ses appels bienveillants à une nécessaire réforme des modes de gouvernance sur le continent.