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Avec mes idées, du travail et une équipe de professeurs Tournesol, je vais sauver la planète !", s’enthousiasmait le directeur général devant l’accumulation de mauvaises nouvelles sur l’état de notre terre. Certes, mais l’enthousiasme seul ne suffit pas pour innover. Parmi quantité d’exemples d’innovations, le démarrage de l’imprimerie, le passage du moteur à vapeur au moteur à explosion, du téléphone au mobile ou le succès de l’appareil photo numérique, montrent la présence de personnes et d’organisations capables de transformer les rêves en produits ou services pour créer de la valeur économique et sociale. L’innovation est un processus qui touche à tous les composants et aspects d’une entreprise et de son environnement.

L’ambition de notre directeur est noble. Il a répondu à la question stratégique fondamentale de savoir si son entreprise voulait devenir un acteur dans la solution des problèmes sociaux et environnementaux ou rester une partie du problème. Il s’inscrit dans le droit fil des innovations responsables qui vont bien au-delà de la prise en compte des seuls aspects économiques. Elles recouvrent, en intégrant ces aspects, des dimensions sociales et environnementales. Il s’agira, par exemple, des innovations qui contribuent à lutter contre le réchauffement climatique, la pauvreté et l’illettrisme, les maladies et pandémies, celles qui visent à la prévention des risques technologiques et des catastrophes naturelles, les innovations qui facilitent les liens sociaux pour les personnes les plus isolées, celles qui répondent aux besoins et attentes spécifiques des personnes âgées ou qui souffrent d’un handicap.

Les exemples d’innovations responsables réussies et les opportunités de développer de telles innovations se multiplient rapidement (1). Elles rejoignent tout un mouvement qui, sans négliger les aspects économiques, considère que la responsabilité sociétale des entreprises vient toutefois en premier. Cela va depuis l’entrepreneuriat social aux investissements socialement responsables en passant par les entreprises de l’économie sociale. Les exemples parmi beaucoup d’autres de la Banque Triodos qui se profile comme banque durable, des micro-crédits pour lutter contre la pauvreté, de Max Havelaar favorisant le commerce équitable, du Réseau Financement Alternatif, etc. illustrent cette tendance. Le Professeur Muhammad Yunus a lancé l’idée de social-business (2) dont l’objectif est la création de bénéfices sociaux et environnementaux. L’organisation ne réalise pas de pertes et ne distribue pas de dividendes. Les profits sont réinvestis dans l’entreprise pour permettre d’améliorer la situation des bénéficiaires (3).

Les innovations responsables visent donc à préserver, améliorer et développer la qualité de vie et le bien-être individuel et collectif, aujourd’hui, pour nos générations, et demain, pour les générations qui en auront l’héritage. Dans ce sens, les innovations responsables sont des innovations soutenables. Le projet de norme ISO 26000 (4), appelle d’ailleurs au développement d’innovations responsables, en quantité et en qualité.

Les innovations responsables peuvent être une source d’avantages compétitifs pour les entreprises. L’intégration de dimensions sociales et environnementales est souvent considérée comme une contrainte alors que c’est une source d’opportunités. Prévenir la pollution au lieu de la subir, penser un produit de sa naissance à sa mort, choisir des technologies propres, faire participer son personnel, etc. constituent autant de gisements d’innovations qui, exploités, contribueront positivement à la réputation et la légitimité de l’entreprise, et partant à sa performance. Elles permettent de fidéliser un nombre croissant de clients qui y sont sensibles, de stabiliser et motiver les employés qui adhèrent à ces valeurs ou d’assurer des sources de financement favorables.

Ne soyons pas angéliques. "Greenwashing" et "socialwashing" existent bel et bien : du "bio" carburant à la voiture "verte" en passant par le micro-crédit facteur de surendettement ! De plus, se lancer dans l’innovation responsable peut se révéler une source potentielle de conflits de priorités et de valeurs à différents niveaux. Qu’en est-il par exemple de la dimension sociale de l’innovation responsable lorsqu’un rachat d’entreprise se traduit par des licenciements ? Des tensions peuvent également surgir du fait que le bien-être collectif n’est pas la somme des bien-être individuels. Il suffit de penser au phénomène "nimby" (5). Ce type de problématique fait d’ailleurs l’objet de nombreuses réflexions sur l’équilibre et la dynamique entre les performances économiques, sociales et environnementales à court, moyen et long terme.

L’innovation responsable est la responsabilité partagée d’un grand nombre de parties prenantes internes mais aussi externes à l’entreprise qui interagissent tels que les pouvoir publics, les organisations non gouvernementales, les partenaires sociaux, les centres de recherche et d’enseignement et plus largement, chacun d’entre nous, en tant que consommateurs et acteurs de la société.

A l’image d’un arbre fruitier, les entreprises captent ainsi des ressources de leur environnement pour produire, grâce aux innovations responsables, des biens et services qui contribuent à leur bien-être, celui de leurs partenaires et de la société. Les entrepreneurs, innovateurs et parties prenantes, partageant les mêmes valeurs, sont la sève de l’arbre des innovations. Sa force est liée aux formations reçues, initiales et continues. Les écoles de gestion y jouent un rôle important. L’arbre croît et donne des fruits qui, à leur tour, nourriront d’autres innovations. Notre espoir est qu’il donne naissance à un verger.

(1) Par exemple www.ashoka.org.

(2) "Vers un nouveau capitalisme", Muhammad Yunus, Prix Nobel de la Paix 2006, Editions Edmond Lattès, 2008.

(3) Exemple de la Grameen Danone fournissant aux enfants pauvres du Bengladesh une alimentation saine à un prix abordable.

(4) La norme ISO 26000 portera sur la responsabilité sociétale des organisations.

(5) "Not in my backyard" (6) Editions Descartes&Cie

Titre et sous-titre sont de la rédaction.