Opinions

Pour ces chercheurs de l’UCL, il n’y aurait que cinq chômeurs pour un emploi disponible. Qu’est-ce que cela vous inspire ?

Si on prend ce chiffre comme une moyenne, il se peut qu’il touche de près la vérité. Il faut donc pour cela que nous fassions la même étude. Maintenant, la moyenne n’est qu’un élément parmi plusieurs choses. Il y a plusieurs fonctions sur le marché qui peuvent entraîner un certain nombre de CV en retour et d’autres, beaucoup moins. Pour les fonctions à basse qualification, et pour lesquelles un noyau dur de chômeurs se trouve en Wallonie, c’est beaucoup plus que cela. Maintenant, il est évident que pour un prof de maths, une fonction scientifique ou un carreleur dans le bâtiment, ce sera peut-être zéro candidature puisqu’il existe des fonctions en pénurie. A titre d’exemple, j’ai mis un emploi pour une ASBL d’éducation permanente à destination de nos militants, qui est un emploi administratif, et j’ai reçu 140 CV en retour ! Pas 5, pas 40, mais 140 ! Il y a certaines fonctions de secrétariat, d’employés de bureau, pour lesquelles il y a pléthore de gens qui cherchent désespérément un emploi.

Certains disent qu’il y a manque de disponibilité des chômeurs pour l’emploi. Vous êtes d’accord ?

Il est évident que nous parlons d’un public de deux cent mille personnes. Je ne peux pas rejeter l’idée qu’il y a sans doute une partie de chômeurs qui ne sont pas disponibles pour le marché de l’emploi. Je dis par ailleurs que c’est très loin d’être la majorité et que je rencontre énormément de chômeurs que l’on active, à qui on donne vraiment des contrats à suivre, qui le font avec cœur pour trouver un emploi mais qui restent sur le carreau. Ils ne sont pas nécessairement sans diplôme. Je peux entendre que certains employeurs disent qu’il y a un problème de disponibilité à l’emploi. Je préférerais qu’ils me le chiffrent et qu’ils me disent alors qu’il y a par exemple 15 % de chômeurs qui ne sont pas disponibles pour le marché de l’emploi. S’ils viennent avec 85 %, je leur dis qu’ils galéjent

Que faudrait-il faire pour qu’il y ait plus d’adéquations entre les offres et les demandes ?

En Wallonie, il faut prendre en compte ce qui se fait, par exemple en marge du plan Marshall, en coopération entre le public et le privé. Maintenant c’est clair que si on examine les fonctions en pénurie et que l’on voit qu’il y a beaucoup de métiers du bâtiment, ou de l’enseignement, ce sont des métiers qui demandent beaucoup de qualification spécifique et on ne sait pas y apporter une solution dans l’instant. En revanche, reposons-nous les questions de la fin de l’enseignement secondaire, des collaborations des entreprises avec l’enseignement, et accentuons notre effort. Le problème n’est pas de savoir ce qu’on pourrait faire et qu’on n’a pas fait, on fait déjà beaucoup de choses, mais il faut se demander ensemble sur quelles choses il faut mettre l’accent. Pour ma part, il me semble que la formation en alternance est quelque chose de trop peu développé, et à laquelle on donne trop peu de moyens. Cela n’empêchera pas le malheureux constat qu’il reste en Wallonie un noyau dur de personnes qui sont résistantes à la qualification, qui ne viennent pas dans les formations, etc. C’est malheureusement ce qu’on constate dans toutes les initiatives qu’on prend vis-à-vis de ces publics.

Le Forem fait-il bien son métier ?

C’est trop administratif. Trop de gens qui doivent mettre les autres à l’emploi travaillent sur un dossier. Celui qui rentre tous ses papiers n’aura pas de problème, mais ce n’est pas assez individualisé. Pour certaines formations, le temps d’attente est beaucoup trop long. Quand on propose une formation à un chômeur qui est en discussion avec son référent, il y a trop de délai entre le moment où il émet un besoin et le moment où il se réalise. Il faut imaginer que dans un milieu défavorisé, un garçon de 21 ans, qui cherche un emploi et qui n’a pas de qualification, risque de se décourager face à la perspective à 6 mois. Il rentre chez lui et il a l’impression que la solution n’existe pas. Il faut plus de proactivité. Le Forem n’est pas la bête à abattre mais cette organisation doit aller plus vers le service.

"Il faut imaginer que dans un milieu défavorisé, un garçon de 21 ans, qui cherche un emploi et qui n’a pas de qualification, risque de se décourager face à la perspective à 6 mois. Il rentre chez lui et il a l’impression que la solution n’existe pas."