Une opinion de Monica De Jonghe, directrice-général de la Fédération des Entreprises de Belgique (FEB) et membre du Groupe de Dix.

Notre sécurité sociale est mise sous forte pression. Le déficit s’élève à près de 1,5 milliard d'Euros et continuera d’augmenter au cours des prochaines années pour atteindre 2,1 milliards en 2020, et 6,3 milliards en 2024 (Comité de Gestion de la Sécurité Sociale). La cause de cette évolution est double. D’une part, les recettes ont été surestimées à hauteur de 461 millions d'Euros en raison de la non-exécution de certaines mesures du deal pour l’emploi et de nouvelles estimations de la conjoncture économique. D’autre part, les dépenses ont dépassé les prévisions initiales de près de 1 milliard d'Euros. Les coûts croissants des pensions et des allocations de maladie-invalidité en sont en partie responsables. Des mesures radicales doivent donc être prises sur notre marché du travail : le travail doit sauver notre sécurité sociale.

Comme cause du déficit, les syndicats ont pointé collectivement le tax shift qui serait sous-financé. Or, entre 2019 et 2024, les recettes provenant des cotisations sociales augmenteront de près de 9 milliards d'Euros. En effet, le taux d’emploi a progressé de quelques points de pour cent ces dernières années pour approcher 70%. Chaque demandeur d’emploi qui trouve un travail représente une économie de 30.000 EUR pour nos finances publiques : 18.000 EUR de recettes supplémentaires sous la forme d’impôts et de cotisations sociales et 12.000 EUR de dépenses en moins en allocations de chômage. Un taux d’emploi de 75% doit donc être l’objectif de la politique du marché du travail pour les cinq prochaines années. Voici quelques recettes pour y parvenir.

Il est temps de mettre en place une sécurité sociale performante qui stimule le ‘travail’, celui-ci devant toujours être plus avantageux que l’‘inactivité’. Premièrement, la limitation des allocations de chômage dans le temps est devenue incontournable. Alors que 150.000 emplois sont restés vacants (Eurostat), le nombre de sanctions pour comportement de recherche inadapté a diminué de manière spectaculaire en 2018. L’assurance-maladie doit elle aussi être réformée. Tandis que plus de 400.000 personnes sont malades de longue durée et que l’on paie plus de 6 milliards EUR d’indemnités d’invalidité (INAMI), notre pays ne consacre même pas 100 millions EUR à la réintégration et à la remise au travail. Enfin, pour garantir à chaque Belge une pension digne de ce nom, il va falloir augmenter le nombre d’années de travail effectif. Avec un nombre sans cesse décroissant d’actifs par pensionné, la durée moyenne actuelle des carrières (32,9 ans, Eurostat) n’est plus tenable pour la société.

Ces mesures doivent être associées à une politique d'activation régionale ambitieuse. Les chiffres suivants le confirment : en Belgique, 68,5% des dépenses totales de la politique du marché du travail sont affectés à l’aide, contre à peine 22,8% à l’activation (Eurostat). En Suède, 32,8% sont consacrés à l’aide et plus de la moitié (53,3%) à l’activation. Les conséquences de ces choix politiques sont à l’avenant : notre taux d'emploi s'élève à 69,7%, soit sensiblement moins que dans l'UE-15 (73%), qu’en Suède (82,6%), aux Pays-Bas (78,9%) et au Danemark (78,2%) (Eurostat).

Le récent rapport établi dans le cadre du Semestre européen était clair dans ses recommandations à la Belgique. La suppression de tous les incitants à l’inactivité et le renforcement d’une politique d’activation du marché du travail sont indispensables et une attention spécifique doit être accordée aux personnes peu qualifiées, aux personnes plus âgées et aux personnes issues de l’immigration. La Commission européenne nous exhorte aussi à remédier à l’inadéquation des compétences et à améliorer les systèmes d’enseignement et de formation, dans le cadre de l’apprentissage tout au long de la vie.

Cette dernière recommandation européenne est capitale. La politique doit inciter les gens à prendre leurs responsabilités. Les employeurs investissent beaucoup dans une offre de formation de qualité, mais, avec un taux de participation de seulement 8,6%, les efforts de la population belge sont encore trop faibles (Eurostat).

La formation des différents gouvernements est lente. Or, la Belgique doit déposer son budget auprès de l’Europe en octobre et s’est vu confier dans ce cadre une mission supplémentaire : la réforme de sa sécurité sociale. Quelles que soient les coalitions qui seront mises en place, le financement de cette sécurité sociale ne pourra être garanti que si le taux d’emploi augmente. Cela implique que la politique mise sur des réformes dans le domaine du travail et de la sécurité sociale. Les futurs gouvernements sont-ils prêts à relever le gant ?