Ce vendredi, La Libre publiait une carte blanche très critique de Thomas Ravanelli, étudiant en 3e bachelier à l'ULiège. Voici la réponse de Rudi Cloots, vice-recteur aux infrastructures et à la vie étudiante de l'Université de Liège.

Monsieur Ravanelli,

Vous êtes l'auteur d'un texte fort critique du fonctionnement actuel de l'enseignement supérieur et de son échec à pouvoir faire face à la situation de crise que nous connaissons actuellement. L'Université est pointée du doigt. Votre constat est lourd et sans doute le reflet du quotidien de nombreux étudiants avec qui vous échangez régulièrement.

Je suis en effet le vice-recteur aux infrastructures et à la vie étudiante. Ne croyez pas que je sois complètement déconnecté de la réalité. Je suis aussi Professeur de Chimie à la faculté des Sciences (en premier bac essentiellement - j'enseigne à quelques 500 étudiants de notre institution chaque année). J'ai de fréquents échanges avec certains de ces étudiants et je peux tout à fait concevoir les difficultés qui sont les leurs en cette période de confinement. Je suis aussi le papa d'un étudiant inscrit en premier bac Sciences de la Motricité à l'Université de Liège. Je peux mesurer aussi l'effort qu'on leur demande et qui, dans certains cas, interpelle! Oui j'habite à la campagne, et lui aussi, et c'est sans doute (même certainement) plus facile à vivre. Vous avez raison.

Ma tâche est de coordonner, avec la directrice générale, les services d'accompagnement des étudiants, à savoir essentiellement le service de qualité de vie des étudiants et le service d'aides sociales. Ils et elles font un travail remarquable pour tenter de résoudre avant tout les problèmes logistiques que peuvent rencontrer certains de nos étudiants afin de leur garantir l'accès aux ressources documentaires (parfois trop nombreuses - ce constat nous le faisons à l'aide des témoignages de nos étudiants et nous veillons à ce que des mesures soient prises dans nos différentes facultés). Ils et elles sont les relais vers les services d'accompagnement psychologique le cas échéant, tout en sachant qu'une détresse psychologique nécessite sans aucun doute beaucoup d'attention et de suivi, et cela à distance. Je loue ici leur engagement et leur volonté dans un contexte où ils et elles aussi pour la plupart sont confrontés à ces mêmes difficultés (à des degrés différents bien évidemment). Nous nous concertons fréquemment avec les représentants étudiants au Conseil de Vie étudiante. La présidente de la FEDE y siège et elle nous rapporte les revendications étudiantes, les problématiques les plus courantes, les excès au travers de son vécu et de celui des autres étudiants engagés! Une enquête a été réalisée par la FEDE auprès des étudiants de l'Université de Liège! Près de 6000 réponses (taux de participation de 25%) ont été collectées, et un plan d'actions mis en place pour tenter de faire face cette crise.

Ne croyez-pas que les enseignements à distance, quand ils sont prodigués, et les examens nous laissent complètement indifférents! Oui je suis perplexe sur le résultat de ce second quadrimestre et de son impact, compte tenu du confinement, sur l'évaluation (à distance) et sur le futur de nos étudiants! Nous n'avons pas arrêté, et nous resterons attentifs, à diffuser auprès de notre corps enseignant des messages d'indulgence, de flexibilité, de tolérance dans un contexte inédit pour tout le monde. Nous devons aussi faire face parfois à la détresse de certains de nos professeurs touchés par la maladie, dépassés par la technologie, mobilisés pour lutter contre l'épidémie. Certains de nos enseignants, il est vrai, manquent sans doute de compassion, de mesure, sont peut-être dans un déni de la réalité, vous me permettrez néanmoins d'en faire le constat lorsque nous disposerons d'une vision claire et quantitative de la situation (il est sans doute assez aisé de pouvoir disposer d'un relevé des "publications" de nos enseignants, de ceux qui sont présents, omniprésents (à outrance), ou absents de la toile).

Et malgré cela, oui nous avons opté pour des enseignements à distance, pour continuer à mobiliser nos étudiants sur un objectif d'apprentissage, pour permettre à ceux et celles qui terminent un cursus d'être diplômés (certaines obligations décrétales nous y obligent). Annuler certains examens, revoir le programme d'étude (son contenu), réduire le nombre de crédits diplômants, autant de pistes pour lesquelles nous n'avons pas nécessairement les clés décisionnelles. Toutes les décisions d'adaptation de l'année académique passent par des concertations interuniversitaires et autres établissements de l'enseignement supérieur avec le gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Une garantie sans doute d'harmonisation entre les établissements, mais un manque d'autonomie parfois contre lequel nous nous battons au quotidien.

Ainsi nous avons obtenu la flexibilité par rapport à la fin des examens. Sauf exception, à l'Université de Liège, les examens seront clôturés pour le 04 juillet au plus tard. Les horaires d'examen seront disponibles pour tous les étudiants le 28 avril au plus tard. Les modalités d'évaluation des enseignements seront collectées par les facultés pour le 20 avril au plus tard. Une semaine blanche pendant laquelle chaque enseignant testera son mode d'évaluation à distance et échangera avec ses étudiants sur leurs difficultés d'apprentissage est aussi imposée en prélude au blocus. Les jurys se sont engagés via les doyens des facultés à adopter des règles de délibération souples et en faveur des étudiants. Là aussi nous y serons très attentifs! Enfin, ça vous fera peut-être sourire, mais nous proposerons un engagement mutuel et réciproque aux étudiants-enseignants autour de valeurs de respect, de solidarité, de confiance!

Personnellement je n'ai jamais autant travaillé qu'en cette période de confinement! Non pas pour surcharger mes étudiants, mais pour accompagner l'université dans cette crise sanitaire autant dans ma tâche institutionnelle de vice-recteur à la vie étudiante qu'en tant que professeur engagé, respectueux du devenir de ses étudiants, et chercheur! Mon laboratoire s'est mobilisé, à côté de trois autres laboratoires de l'institution, pour fournir les réactifs utilisés dans les tests de diagnostics tellement nécessaires à une sortie progressive de ce confinement. C'est comme ça que je vois notre université, présente sur tous les fronts!

Enfin je ferai mienne les nombreuses déclarations de Sir Winston Churchill à l'époque de la Seconde Guerre mondiale: un pessimiste voit la difficulté dans chaque opportunité, un optimiste voit l'opportunité dans chaque difficulté. Le succès n'est pas final. L'échec n'est pas fatal. C'est le courage de continuer qui compte. Agissez donc comme s'il était impossible d'échouer. Et à l'adresse de notre recteur qui se démène: on considère le chef d'entreprise comme un homme à abattre, ou une vache à traire. Peu voient en lui le cheval qui tire le char.

Je ne peux que vous souhaiter beaucoup de courage dans l'épreuve finale qui vous attend, avec l'espoir d'une compréhension mutuelle "retrouvée" quand bien même vous avez visiblement perdu confiance en votre université.

A votre disposition bien évidemment

Ce courriel n'engage que moi, et n'a pas été concerté avec mes collègues de l'équipe rectorale!

Portez-vous bien surtout.

Rudi Cloots