Opinions Il pourrait obtenir entre 15 et 20 % des voix. A l’instar de l’Alternative für Deutschland en Allemagne et du Volkspartei en Suisse, l’autoritarisme et le populisme progressent. Jusqu’où ?  Vu de Flandre, une chronique de Jan De Troyer. 

Soixante pour cent des Belges - tant au Nord qu’au Sud - trouvent que notre pays compte trop d’immigrants. Cela pourrait expliquer pourquoi le Vlaams Belang a de nouveau le vent en poupe. Selon certaines prévisions, l’extrême droite flamande pourrait obtenir entre 15 et 20 pour cent des voix. En Autriche, l’extrême droite a été battue de justesse aux présidentielles. En Allemagne, l’Alternative für Deutschland inquiète et en Suisse, le Volkspartei est devenu le numéro un. Aux Pays-Bas, Geert Wilders reste une force redoutable, les partis populistes scandinaves renforcent leurs positions, tout comme en Pologne, en Hongrie et en Slovaquie. Partout en Europe, les idéologies classiques sont sur la défensive. Aux Etats-Unis, la révolte contre les élites politiques vient de tous côtés, de Bernie Sanders et de Donald Trump.

Les temps des grandes idéologies démocratiques, dirigeant la société sans contestation, semblent révolus. On pourrait même dire que le primat de la politique, la clé de voûte du système politique européen, vacille. Pour la première fois depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, nos ministres n’ont pas de solutions aux problèmes qui se posent. Il n’y a que Marine Le Pen qui prétend croire qu’on pourrait stopper l’affluence des centaines de milliers d’immigrants par la fermeture des frontières. Les familles politiques traditionnelles admettent que la sécurité dans l’espace public, dans les aéroports ou lors d’événements de grande envergure, n’est plus garantie. A en juger par la fréquence d’actes terroristes commis par des islamistes radicaux, les sociétés européennes subissent une contamination d’idées perverties. L’infiltration par leurs adhérents fanatiques semble inéluctable et nos dirigeants n’offrent pas une stratégie de riposte crédible. Avec pour conséquence que le primat de la politique est en train de se volatiliser graduellement.

Rétrospectivement, on pourrait penser que ce processus qui apparaît aujourd’hui au grand jour n’est qu’une évolution que nos leaders ont pendant longtemps niée. Il n’y a pas si longtemps, la Belgique a vécu une période de 536 jours sans gouvernement, la différence dans la gestion quotidienne de l’Etat était à peine notable. Depuis bien longtemps déjà, nos hommes politiques nous parlent du chemin pour sortir de la crise économique et financière, tandis que celle-ci s’accentue de décennie en décennie. Le prochain déficit budgétaire et la nouvelle période d’austérité sont toujours en vue. Un nombre grandissant de citoyens ont d’ailleurs l’impression que leur sort n’est pas décidé à la rue de la Loi, mais dans les quartiers généraux internationaux. Les ouvriers de Caterpillar le confirmeront. En matière d’écologie, le même sentiment d’impuissance se manifeste. Les violences climatiques et les rapports scientifiques sur l’état de la planète renforcent l’impression que la politique ne réussit pas à encadrer les développements. Bien que la Terre souffre de sa surexploitation, nos décideurs politiques ne font que répéter le mantra de la croissance économique pour préserver les citoyens de l’incertitude permanente de leur vie professionnelle. La dimension internationale du marasme politique actuel est démontrée en Syrie et en Turquie, en Libye ou en Ukraine. L’inertie des démocraties criblées de dettes contraste fortement avec l’assurance de régimes autocratiques qui triomphent par la croissance économique.

Rien d’étonnant donc à la montée de l’autoritarisme et du populisme. C’est une bombe à retardement politique. Sa menace augmente au rythme de l’enrichissement progressif de ceux qui sont déjà scandaleusement riches, autrement dit à un rythme effréné. Dans ce contexte, rétablir le fameux primat politique nécessiterait une action internationale qui abandonne toutes les croyances classiques. Difficile de voir qui en sera l’artisan.