Et c'est reparti pour Loft Story. `Te conituri te salutant´, `ceux qui vont s'abêtir vous saluent´. Tout a déjà été écrit sur cette mode d'émissions de télé-réalité qui vire parfois à la télé-poubelle comme on peut le voir sur AB 3 avec `Cela va se savoir´. N'ajoutons rien à cela. Tout le monde a le droit de voir ce qu'il désire. Et les seins de Loana sont très beaux. Et ces spectacles peuvent être comiques à suivre avec des copains, une pizza sur les genoux et les chips à portée de bouche. N'y mêlons pas, de grâce, d'argument moral. Ne demandons pas à d'hypothétiques censeurs de faire la loi, en redécouvrant les charmes surannés des douaniers d'antan qui, disait-on, gouachaient les poils pubiens sur les magazines importés. Non, le scandale est ailleurs. Pourquoi n'offre-t-on plus aux téléspectacteurs, aux citoyens que cette sous-culture, que ce miroir débile de nos sociétés, que ces spectacles aussi riches qu'un aquarium? Veut-on que tel Narcisse, on s'y mire pour s'y noyer? La vraie culture, la seule culture, celle qui procure des jouissances bien plus fines, celle qui forme un vrai regard sur le monde, celle qui libère, disparaît petit à petit pour ne rester confinée que chez une élite intellectuelle et économique. L'Etat a largement démissionné dans son rôle d'aide à la création culturelle et d'aides à un accès de tous à la culture. La culture, il est vrai, est plus exigeante, elle réclame un effort, rappelait Anne Terasa De Keersmaeker, elle demande une éducation. Elle coûte de l'argent, mais le point de vue du haut de la montagne est bien plus beau. Or l'école a abandonné ce rôle d'éducation à l'art. José Van Dam, s'en plaignait récemment, réclamant des cours de culture dès les primaires. La télévision a totalement largué ce créneau pour ne plus faire que de l'audimat. L'Etat fédéral oublie ce qu'il reste de culture nationale et la Communauté française n'a qu'à peine refinancé la culture. Qu'ont écrit Proust et Balzac si ce n'est des Loft Story d'époque? Mais ils l'ont fait avec tant de grâce, d'intelligence et de visions sur leur société. Seule une petite classe pourra encore en jouir au rythme où vont les choses, les autres n'auront droit qu'aux éructations de saltimbanques improvisés.

© La Libre Belgique 2002