Opinions

Une chronique de Carline Taymans, professeure de français à l'école européenne.


L’objet tient dans une carapace transparente de la taille d’une canette de soda. Aux yeux du profane, il apparaît comme une superposition de mystérieuses plaques chargées de composants électroniques. Les initiés y voient pourtant clairement des circuits fragiles et performants à la fois. Et comment ! En réalité, il s’agit d’un satellite. Un vrai. Si réel qu’il est devenu finaliste d’une compétition impliquant l’agence spatiale européenne et son homologue américaine et qu’à ce titre, il a trouvé sa place dans l’espace, investiguant le potentiel de terraformation (NdlR : science qui étudie la transformation de l’environnement naturel d’une planète, d’un satellite naturel ou d’un autre corps céleste, afin de la rendre habitable en réunissant les conditions d’une vie de type terrestre) sur diverses planètes, pour le plus grand bonheur de ses six concepteurs, élèves des dernières années de secondaire, et du professeur qui les a accompagnés dans l’aventure.

Quelques étages plus bas, ce sont des vêtements usagés qui ont occupé un groupe d’élèves pendant plusieurs semaines. Ils ont fait l’objet d’une collecte, puis de tris sélectifs, de remises en état, et enfin d’une distribution dans un centre d’accueil pour candidats réfugiés, à l’occasion d’une rencontre, vraie aussi. Comme pour le satellite, un professeur a servi à guider, renseigner, expliquer, voire bousculer les cloisons, mais le gros du travail, ce sont les jeunes qui l’ont mené. Idem pour ceux qui ont participé aux olympiades de mathématiques, de chimie, de biologie ; aux concours d’éloquence, aux comités de lecture, à la journée du multilinguisme ; aux opérations de soutien d’actions humanitaires ; et aux compétitions sportives interscolaires. Partout un professeur gardien de phare, partout des matelots débordant d’énergie, et qui se lancent à l’eau. Pour le premier, le souci de plonger dès qu’il le peut ses élèves dans le monde réel ; pour les seconds, l’envie de relever un défi les sortant de l’ordinaire.

Au bout du compte, ils en sont fiers, bien sûr, mais aussi surtout touchés, rehaussés, sensibilisés. Et cette gloire-là leur suffit. Plus l’école est peuplée, de toutes façons, plus la popularité est difficile à atteindre. Il y a bien une photo ou l’autre, publiées dans les cercles privés, ou des présentations offertes aux autres classes qui en font la demande, des félicitations officielles, en cérémonies relativement restreintes, mais des défilés de héros sur les épaules des camarades médusés, comme dans les films, non. On reprend vite sa place parmi les autres, quand ils sont nombreux. L’école est aussi le lieu par excellence où apprendre l’humilité.

Le sentiment d’accomplissement, en revanche, que tous ces détenteurs de palmarès exceptionnels expérimentent à un si jeune âge, leur restera sans doute comme un objectif à atteindre, encore et encore, au cours de leur vie. S’il n’y avait qu’une leçon à garder de ces multiples expériences, ce serait celle-là. Mener un projet jusqu’au bout, y consacrer plus de temps que nécessaire, cent fois sur le métier remettre son ouvrage, donner tout ce qu’on a dans la dernière ligne droite, viser l’excellence dans son domaine de prédilection, quel qu’il soit, pour atteindre un objectif un peu plus élevé que prévu, ces principes conduisent indéniablement, sinon au succès et à la popularité, au moins, et c’est essentiel, au sentiment à la fois apaisant et dynamisant d’avoir accompli sa tâche.

À l’heure où se partagent, sur les réseaux sociaux, maints messages rappelant aux élèves, parents, et enseignants, que dans chaque classe se trouvent, sans doute, un ingénieur, une doctoresse, un politicien et une biologiste en herbe, mais aussi un musicien de grande classe, un plombier efficace, un peintre de renom et un mécanicien exemplaire, le palmarès des accomplissements divers fait figure de preuve vivante. Appliquer la leçon de l’accomplissement à la préparation des examens tout proches serait injurieusement réducteur. Même si, cadre scolaire oblige, la réussite, pour le moment, passe indéniablement aussi par là.


Titre de la rédaction. Titre original : "Le palmarès avant les tests".