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Les adolescents dé-bloguent-ils?

André ROMBAUTS

Publié le - Mis à jour le

André ROMBAUTS, Professeur de français et d'informatique à l'Athénée royal d'Alleur, animateur de l'apreTIC (1)

Beaucoup d'enseignants trouvent significatif que les blogues d'adolescents se sont fait connaître du grand public par les dérives qu'ont générées quelques-uns d'entre eux dans le milieu scolaire.

Si les premiers blogues francophones, ceux des «pionniers», remontent à début 2001, c'est pendant l'année scolaire 2003-2004 que l'on a assisté à l'explosion du phénomène. L'apreTIC a relayé dans son forum les problèmes auxquels ont dû faire face direction et enseignants dans plusieurs établissements (2) : violence verbale à l'égard de condisciples, de professeurs, publication de photos à l'insu de ceux-ci.

Même si des situations se rencontrent encore, il s'agit en très grande majorité de faits ponctuels et aux conséquences marginales, comme si, passée l'excitation et plus ou moins conscients des risques encourus, les ados s'étaient «assagis»... Les dérives, malgré le caractère grave de certaines, ont toujours été des épi-phénomènes. En fait, avec les blogues les ados ne font que reproduire ce que leurs aînés ont toujours fait: affirmer leur identité, exprimer leur refus de l'autorité, leur révolte. Ne vous êtes-vous jamais moqué d'un professeur? N'avez-vous jamais fait circuler une caricature?...

Certes, mais les ados disposent maintenant d'outils qui facilitent la diffusion: GSM avec caméra intégrée, système de gestion de contenus permettant une publication quasi immédiate. Le succès est tel que la plate-forme la plus fréquemment utilisée, Skyblog, recense plus d'un million et demi de blogues. Tout enseignement efficace doit partir du vécu des élèves. Il serait donc dommage d'ignorer l'intérêt des jeunes pour les blogues, d'autant que ceux-ci ne sont pas sans applications pédagogiques.

Chez nous, les expériences menées conjointement par professeurs et élèves sont rares. A l'étranger - et pas uniquement dans les pays anglo-saxons - elles sont essentiellement le fait de professeurs de langues qui, après le «clavardage» (tchat) et le courriel, supports idéaux pour les échanges linguistiques (3), se sont tournés vers les blogues.

Il n'empêche qu'il faut faire nettement la distinction entre les activités «privées» et celles exécutées en clas-se, nécessairement encadrées. En milieu scolaire, il est hors de question d'accéder aux plates-formes préférées des ados, ne serait-ce que pour éviter que la mise à jour d'un blogue ne soit source permanente de distraction. A l'Athénée royal d'Alleur, l'accès à Skynet et Skyrock a été bloqué. Mais des solutions dédiées aux usages scolaires existent et, bien que pas évident à mettre en oeuvre, il est toujours possible d'installer, par exemple dans le cadre d'un projet d'échanges européens, un système de blogues réservé aux seuls participants du projet (4).

Pourquoi aura-t-il fallu attendre «si longtemps» pour que les jeunes prennent possession du Net? Les «prophètes de l'Internet» nous prédisaient un avenir radieux, mais composer rapidement une page web attractive et mettre à jour un site quotidiennement n'était pas à la portée de tous nos élèves, eux qui vivent dans la civilisation de l'immédiat. Le Web a mûri et offre à présent un outil qui «colle» à leurs besoins et à leur mode de vie.

Guidés à l'école, on ne peut qu'espérer voir fleurir des blogues privés exploités à bon escient. On ne peut d'ailleurs que se réjouir de voir ceux-ci amener les jeunes à s'exprimer autrement que par les monosyllabes et autres codes imposés par le «langage des GSM»... Sans nul doute, la conduite de projets scolaires les aidera à prendre conscience que, contrairement au clavardage, les blogues laissent une trace sur le Net, que les moteurs de recherche enregistrent dans leur mémoire même après la disparition des pages... Ceux qui comptaient réserver leurs sentiments intimes au petit groupe des copains sont souvent surpris de voir leur vie familiale révélée...

Face aux nouvelles technologies de l'information et de la communication, l'école a bien un rôle à jouer pour faire de nos élèves des citoyens responsables. Ce ne sont pas les gestionnaires des plates-formes de diffusion qui les éduqueront...

(1) apreTIC (Association des professeurs exploitant les TIC en Belgique francophone) : E-mailinfo@apretic.be; Webhttp://www.apretic.be.

(2) Fil de discussion sur les blogues du forum de l'apreTIC: http://www.apretic.be/index.php?action=forum& subaction=message&id_sujet=341&id_chambre=102

(3) Quelques exemples d'utilisation pédagogique des blogues: http://members.tripod.com/the_english_dept/blogues /blog00.htm

http://flenet.rediris.es/blog/carnetweb.html

http://cyberportfolio.st-joseph.qc.ca/

(4) Webzinemaker propose un système de création de blogues entièrement gérable, soit pour un usage individuel: http://www.wmaker.net; soit pour un usage institutionnel: http://www.wmaker.net/?action=creation&etape=education

Bien que s'écartant des blogues proprement dits, le portail efrançais proposera prochainement un système de publication automatisée de travaux d'élèves http://www.restode.cfwb.be/francais/ANNUNTIO/__WEB/Index.htm

© La Libre Belgique 2005

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