Une carte blanche de Samuel Legros (CNAPD), Emmelien Lievens (Vrede), Merel Selleslach (Pax Christi V.) et Olivier Galand, pour la Coalition belge contre les armes nucléaires.

Voici une excellente nouvelle: ce 24 octobre est et restera une date historique, le Traité d'Interdiction des Armes Nucléaires (TIAN) a obtenu sa cinquantième ratification, du Honduras, celle requise pour son entrée en vigueur. Il prendra pleinement effet dans 90 jours à peine, une lueur en cette sombre période. Vous vous demandez comment l’approche d’une si bonne nouvelle a pu être si discrète ? La réponse est dans les bunkers de la base aérienne de Kleine Brogel, en une vingtaine d’exemplaires.

Pour les pays qui ont ratifié le Traité, il est désormais interdit d’utiliser, de menacer d’utiliser, de mettre au point, d’essayer, de produire, d’acquérir, de posséder, de stocker et de transférer des armes nucléaires. Outre les 50 pays qui ont ratifié le Traité, 34 autres pays l'ont signé. Ils s'engagent de ce fait à en respecter les objectifs et principes.

La pression politique et morale va donc croissante sur les pays qui n’ont pas (encore) signé, dont la Belgique. Le fait que les armes nucléaires sont désormais officiellement illégales, renforce ainsi notre message adressé au nouveau gouvernement : « signez et ratifiez le traité interdiction des armes nucléaires dès à présent ! ». Un message que la Coalition belge contre les armes nucléaires est loin d’être seule à porter : la majorité de la population belge y est favorable, comme l’ont montré différents sondages.

Affronter les questions urgentes

C’est ainsi que le 21 septembre, journée internationale de la paix, 159 villes et communes belges ont hissé le drapeau de la paix pour appeler au désarmement nucléaire, dans le cadre de la campagne « nonukes.be » de la Coalition. 52 bourgmestres ont envoyé une lettre ouverte à l’ancienne Première ministre et à l’ancien Président de la Chambre pour proposer une première étape concrète vers la signature, en reconnaissant officiellement la présence d'armes nucléaires sur notre sol. Cette transparence est nécessaire pour que les parlementaires, nos représentants, puissent enfin débattre valablement de l’opportunité de maintenir cette présence, déjà vieille de plus de 60 ans. Car quand la Belgique signera le Traité, cela impliquera que les armes nucléaires états-uniennes déployées à Kleine Brogel quittent notre territoire. Comme elles ont déjà quitté ceux d’autres pays membres de l’OTAN.

A l'occasion de la journée de la paix, une lettre ouverte de 56 ex-ministres et présidents -dont 4 anciens ministres belges : Willy Claes, Erik Derycke, Yves Leterme et Guy Verhofdstadt- fut publiée. Ils y appellent également à la signature du traité: «Il est temps de faire preuve de courage et de signer le traité (…) adopté en 2017 (il) pourrait mettre fin à des décennies de paralysie du désarmement. C'est un signe d'espoir dans ces temps sombres. Cela permet aux pays de rallier la norme multilatérale la plus élevée contre les armes nucléaires et de renforcer la pression internationale pour agir en ce sens. »

Il appartient maintenant à notre nouveau gouvernement de faire preuve de ce courage et à respecter concrètement ce à quoi il s’est engagé dans son accord de coalition. La Belgique doit se joindre à ce processus et affronter enfin les questions urgentes qu’il suscite. Est-il encore acceptable de mettre en œuvre la modernisation coûteuse et dangereuse des bombes nucléaires B-61 déployées Kleine Brogel?

Les mises à niveau, tout aussi coûteuses et dangereuses, des chasseurs-bombardier F-35 afin qu’ils puissent, transporter et, in fine, utiliser ces armes devenues illégales, est-elle encore justifiable? Poser ces questions, c’est y répondre. Il faut donc, de toute urgence, que ces questions soient publiquement posées.

Notre gouvernement doit adopter une position volontaire et rejoindre cette dynamique internationale essentielle pour l’avenir de notre planète et non de rester figé dans un passé mortifère qui avait pour horizon la fin la plus absurde, immédiate et définitive de l’aventure humaine. L'ère de l’armement nucléaire est révolue!

La Belgique, qui a déjà fait preuve d’avant-gardisme moral et politique par le passé, en interdisant les mines antipersonnel et les armes à sous-munitions, doit d'urgence changer de cap et signer, puis ratifier, le Traité d'interdiction des armes nucléaires. C’est maintenant à nous d'agir et d’en finir avec la terreur nucléaire.