Une opinion de Naher Arslan, président de la Fédération des Assyriens de Belgique.

"Qui se souvient aujourd'hui des Arméniens", aurait prononcé Hitler en 1939 à ses généraux. Ces oubliés de l'histoire ont involontairement servi d'exemple à un autre génocide, la Shoah. A-t-on pour autant retenu la leçon ? La Belgique est non seulement encore indécise quant à la reconnaissance qu'elle accorde au génocide des Arméniens de 1915, mais elle l'est encore plus pour les autres oubliés de 1915, les Assyriens et les Grecs pontiques.

Alors que les commémorations des 25 ans du génocide des Tutsis au Rwanda et celui des 104 ans des Arméniens, des Assyriens et des Grecs pontiques de 1915 battent leur plein autant à Bruxelles que dans d'autres capitales, la Chambre des Représentants de Belgique s'apprête à déposer un texte pénalisant la négation des génocides. Ce texte, qui sera soumis au vote le 24 avril 2019, fait hélas abstraction des peuples qui ont été éradiqués par l'empire Ottoman en 1915. Les oubliés font décidément recette en ce mois d'avril.

Pour les Arméniens et les Grecs de Belgique, il s'agit d'un manque total d'humanité et de respect de la part de leur pays, la Belgique, envers la mémoire de leurs ancêtres victimes du premier génocide du 20e siècle. Pour les Assyriens, le drame est encore plus grave.

Oubliés dans les textes, oubliés dans les médias, et oubliés dans la mémoire collective. A cet effacement presque total de l'histoire, s'ajoute la tragédie depuis 2014 d'une organisation appelée "état islamique" qui a visé ouvertement ces chrétiens d'Orient. Leur chiffre ne cesse de baisser dans cet Orient déchiré par les violences sectaires et religieuses. Leur identité est menacé dans cet Occident qui ne les connaît pas. Leur patrimoine matériel et immatériel est aujourd'hui gravement en danger.

Alors que les tous les regards étaient rivés vers le tragique incendie de la cathédrale Notre-Dame de Paris il y a quelques jours, nombreux sont ces Assyriens qui ne pouvaient s'empêcher de penser à leur propre patrimoine matériel, souvent bâti dès les premiers siècles de la chrétienté. Ce patrimoine matériel, au même titre que les Assyriens en tant que peuple, connaît une longue agonie, un déclin et est aujourd'hui menacé de disparaître, tout simplement.

L'heure est grave. Parler du génocide des Assyriens de 1915, c'est reconnaître que ce peuple a existé, un jour, quelque part. Lui accorder une reconnaissance dans la mémoire collective permettra aujourd'hui et demain à cette diaspora de trouver un sens à son existence, tout en apaisant une plaie qui saigne à chaque négation qui est faite de sa souffrance, tant celle de 1915 aux côtés des Arméniens et des Grecs pontiques, que celles du 21e siècle, victimes du radicalisme islamique.

L'urgence est triple : elle est humanitaire, en Orient. Elle est identitaire, dans la diaspora et en Orient. Et enfin, elle est sécuritaire, en Orient. Les moyens sont faibles pour protéger une communauté dont le poids politique est hélas maigre. Mais il est possible d'aider un peuple qui est en voie de disparition de façon plus simple qu'on ne le pense : en parlant de lui, tout simplement.