“Réforme constitutionnelle nationaliste et autoritaire”, “régime liberticide”, “la Hongrie d’Orbán, c’est la Roumanie de Ceaucescu”, titrait “Le Monde” dans son édition du 13 janvier 2012.

“Démocratie en péril”, “Un pied dans la poutinisation”, “Budapest est-il hors-la-loi ?”, annonçait “La Libre Belgique” respectivement dans ses éditions du 2 et du 11 janvier 2012.

Pratiquement jour après jour ont paru des articles extrêmement critiques dans la presse contre le gouvernement hongrois, publiés par les journaux aussi renommés que ceux que nous venons de citer. Dès lors, comment comprendre et apprécier l’objectivité de ces attaques, car il pourrait s’agir d’une campagne systématique de dénigrement.

Nous comprenons la déception profonde de la coalition des socialistes (héritiers du parti communiste d’antan) et des libéraux qui ont gouverné le pays durant huit ans avant les élections d’avril 2010. Cette fois-ci, ils n’ont reçu que 17 % des voix, alors que le parti de M. Orbán, le Fidesz, en coalition avec le petit parti chrétien démocrate (KDNP), a obtenu plus que la majorité des deux tiers, soit 68 %. Par ailleurs, le parti libéral, qui a joué un rôle appréciable dans la transition du régime en 1989, a été écrasé à tel point qu’il n’a plus un seul député au Parlement hongrois. Cet échec retentissant constitue peut-être l’arrière-fond des critiques acerbes que nos députés européens libéraux aussi respectables que Guy Verhofstadt et Louis Michel, ont formulées contre Victor Orbán (LLB du 5 et du 13 janvier 2012).

Dans ce contexte extrêmement polémique, nous évoquerons quelques arguments pour faire baisser, si peu que ce soit, cette tension, tout en laissant au lecteur le discernement.

Concernant la nouvelle Constitution, il importe de rappeler que l’ancienne remonte à 1949 et fut élaborée par le régime stalinien. Sa révision, après la transition en 1989, fut considérée comme temporaire. Car on attendait une majorité des deux tiers pour rédiger une nouvelle constitution. Lors de son élaboration, on a fait appel aux partis d’opposition, mais le parti socialiste de Ferenc Gyurcsány, ancien Premier ministre, a quitté la table de négociation. De plus, l’adoption de la nouvelle Constitution a été précédée par une large consultation, internationale aussi. Ainsi, la Commission de Venise, l’organe compétent du Conseil de l’Europe, appelée à prêter assistance pour les constituants des différents pays, a apprécié le projet constitutionnel et n’a formulé que quelques remarques critiques relatives à des questions spécifiques (cf. sa 87e session plénière, Venise, 17-18 juin, 2011). Et aucun paragraphe de la Constitution elle-même n’a été soumis à la critique par la Commission européenne; ce sont certaines lois organiques qui font problème. Mais une chose est certaine : la nouvelle Constitution hongroise respecte les traditions constitutionnelles européennes et a été adoptée selon une légitimité juridiquement incontestable.

On se souviendra de la tempête médiatique que la loi sur les médias , adoptée en 2010, a suscitée dans la presse occidentale. Celle-ci ne connaissait point la situation singulière de la presse hongroise dominée, depuis les années 1950, par une tendance très favorable au régime en place. Il y avait un déséquilibre manifeste sur le plan de l’information. Mais la nouvelle loi fut d’emblée déclarée “liberticide” par l’opposition. En examinant la loi, la Commission européenne a exigé quatre amendements qui ont tous été acceptés par le Parlement hongrois en un temps record de quinze jours. Et la tempête s’est calmée.

La même situation semblerait se reproduire à propos des trois procédures d’infraction lancées par la Commission européenne à l’encontre de la Hongrie le 17 janvier. Elles concernent l’indépendance de la banque centrale, la retraite des magistrats et le contrôle des données personnelles. Le gouvernement Orbán a déclaré maintes fois qu’il respectait le rôle-arbitre de la Commission européenne et que, en cas de critiques juridiques de celle-ci, il réviserait la législation. La rencontre entre Barroso et Orbán de ce 24 janvier, sollicitée par ce dernier, allait dans le même sens. Au lieu d’une confrontation, elle a rétabli, d’après le président de la Commission, un “dialogue constructif”. Et, s’il y a encore des problèmes, les matières les plus difficiles ont déjà trouvé une solution, déclarait le Premier ministre hongrois. Ainsi, à propos de l’indépendance de la banque centrale, Victor Orbán a déjà fait des concessions. Pourquoi alors ces attaques contre lui qui ont atteint une dimension démesurée ?

En Hongrie, en raison de la terreur stalinienne – la mémoire demeure vivante – un antagonisme radical, nous dirions même congénital, s’est enraciné dans le peuple : on est “communiste ou pas communiste”. Hélas, les deux partis, gauche-droite, ne connaissent pas de compromis : ils dirigent alternativement le pays, d’une manière analogue à ce qui caractérise la vie politique anglaise, fondée, depuis longtemps, sur l’alternance des deux partis principaux, ou bien comme aux Etats-Unis où, selon le résultat des élections, on remplace les membres de la haute administration.

Concernant la grave crise économique, rappelons qu’en 2002, lorsque le premier gouvernement Orbán a dû quitter la gestion du pays, celui-ci avait un endettement public de 52 % de son PIB. Après la victoire de Victor Orbán en 2010, celui-ci a trouvé un endettement s’élevant à 82 % du PIB, héritage du gouvernement social-libéral au pouvoir pendant huit ans. Il est curieux que ce fait objectif n’ait guère été cité par ceux qui critiquent tellement le gouvernement hongrois. La situation économique du pays est devenue catastrophique, on craint en Hongrie une faillite d’Etat.

Qui plus est : au moins un million de ménages hongrois se sont endettés en devises, surtout en francs suisses. A la suite de la forte dépréciation du forint hongrois, les mensualités de ces ménages en forints ont substantiellement augmenté en rendant ces ménages de plus en plus insolvables. Comme ce sont les banques étrangères qui sont responsables de cette erreur de prévision gigantesque, faut-il reprocher au gouvernement Orbán de chercher une solution à cette situation désespérée en exerçant des pressions sur les banques étrangères très nombreuses dans le pays ?

Il nous semble que ce sont les vrais problèmes qui devraient avoir la préséance dans la presse étrangère au lieu d’une polémique institutionnelle exagérée et initiée, nous semble-t-il, par l’opposition actuelle, réduite comme peau de chagrin à la suite du dernier vote démocratique dans le pays. La manifestation pro-Orbán à Budapest le 21 janvier (plus de cent mille personnes), relatée par “La Libre” en gros caractères, a enfin montré le vrai visage de la population hongroise.

© La Libre Belgique 2012