Opinions

Une opinion de Michel Ghesquière, journaliste économique spécialisé en tourisme.

Ainsi donc , fin du mois d’août, le gouvernement et les partis politiques se sont penchés sur les élections régionales pour les Belges expatriés Après de longues discussions, il a été décidé que oui, ceux-ci pourraient voter pour celles-ci comme ils le font pour les législatives. Domaine qui intéresse pas mal de Belges qui ont décidé d’aller à l’étranger pour leurs vieux jours.

Et chacun des groupes politiques d’y aller de son commentaire, d’approuver ou de rejeter l’idée en fonction non pas des intérêts de ces électeurs mais de la répercussion sur les résultats électoraux. Ainsi, le MR et les Ecolos se frottent les mains puisqu’il est convenu de croire que les expatriés votent surtout pour ces deux partis. Curieusement, la NVA semble d’accord, coincée qu’elle est par sa volonté de privilégier le droit de vote aux seuls Belges et de refouler ce même droit aux étrangers résidant en Belgique même depuis des années. Pour ce qui est des Socialistes, ils prônent la création d’une circonscription pour ces électeurs particuliers.

Voyons d’abord les chiffres.

On estime en gros à 500.000 le nombre de Belges ayant émigré. En mai 2014, 310 712 étaient considérés comme des électeurs potentiels et 120.000 étaient inscrits sur les listes électorales.

Sachant qu’en Belgique les circonscriptions électorales sont provinciales, les 500.000 expats dépassent donc les provinces de Luxembourg (279 000), Brabant Wallon (393.000) et Namur (487 000)… Et si l’on prend cette dernière et s’ils avaient droit à une circonscription bien à eux, ils auraient donc 6 députés…

Cependant, il n’en est rien ! Pour les législatives, la loi dit que ces braves électeurs peuvent voter avec un système aberrant.

En gros, ils sont inscrits sur les listes électorales de la dernière commune de résidence avant qu’ils ne quittent le pays. En d’autres termes, pour pouvoir effectuer leur devoir civique, ils doivent toujours être au courant des engagements politique des candidats de cette commune et ce même après des années.

Un exemple, cet architecte belge Ucclois ayant émigré au Maroc en 1970, pensez-vous vraiment qu’il connaît ne fût-ce que le nom du Bourgmestre de la dite commune? Autant rêver !

Les Belges de l’étranger ont des besoins bien spécifiques

Deux exemples : pour obtenir un passeport ou une carte d’identité, les expats doivent s’adresser à l’ambassade ou au consulat général dont ils dépendent .

Aux Pays-Bas, par exemple, il n’y a que l’Ambassade de La Haye qui est compétente, même pour un résident de Maastricht pourtant voisine de Liège. En France, un habitant belge de Metz devra se déplacer à … Paris (avant c’était à Strasbourg) alors qu’Arlon est bien plus proche.

Pourquoi ? Tout simplement car le ministère des Affaires étrangères coiffé par le ministre Reynders n’a absolument pas tenu compte des besoins réels de ces compatriotes lorsqu’il a revu les implantations des ambassades et des consulats.

Autre exemple, les lois sociales. Selon que l’expatrié vit dans l’un des pays de l’UE et en Suisse ou outre-mer, il dépendra de systèmes différents.

En ce qui concerne l’outre-mer, il sera attaché à l’ORPSS. Cet organisme officiel a vu le jour lors de la fusion de l’OSSOM (l’Office de Sécurité Sociale d’Outre Mer) et de … l’ONSSAPL (Office National Sécurité Sociale des Administrions Provinciales et Locales – entendez Communales).

Expliquez-nous ce que ces deux anciens organismes avaient en commun comme « clientèle » … Mieux encore, l’ORPSS a, maintenant, pas moins de 4 ministres de tutelle (Affaires Sociales et Pension, Intérieur, Budget et Coopération et Développement).

Dans les deux cas (réorganisation des représentations diplomatiques et consulaires et fusion de l’OSSOM) pas un député n’a réellement défendu ni tenu compte des intérêts et des besoins des expats.

Logique, car ceux-ci pèsent pour des cacahouètes dans l’électorat des parlementaires.

La solution serait simple, trop simple pour les politiciens ?

Une représentation parlementaire réelle pour défendre les intérêts des Belges de l’étranger se justifie donc amplement. Il suffirait de créer une circonscription voire deux en fonction du régime linguistique souhaité par les électeurs vivant hors de nos frontières. Ne pas le faire serait créer un BHV en puissance…

D’ailleurs cela se passe en France où 11 députés représentent les Français établis hors de l’Hexagone.

Mieux même, il serait sans doute souhaitable qu’un ministre ou secrétaire d’Etat soit en charge de la gestion de ces Belges qui ont choisi de vivre à l’étranger.

Dernier petit détail, financier celui-là

Combien de Belges vivant en Belgique savent que les expats, s’ils ont des revenus mobiliers ou immobiliers en Belgique continuent à payer des impôts bien belges…. En toute démocratie, il est normal qu’ils puissent avoir un œil sur ce qu’on fait avec cet argent.