Une opinion d'Olivier Montulet, citoyen.

Amnesty International et SOS Viol publient ce jour une étude sur la violence sexuelle et le viol en Belgique. Cette étude est interpellante par les chiffres qu'elle émet. Elle interpelle aussi sur sa méthodologie.

Qu'est-ce que la violence sexuelle et le viol ? Voici des termes très larges dont la définition est imprécise.
Quelles sont les catégorisations aux sein de ces termes, que recouvrent-t-elles ?

Les catégories extensives permettent d'annoncer des chiffres impressionnants mais c'est surtout par leur imprécision et les variétés de ce qu'ils recouvrent qu'ils deviennent élevés. Et cela est d'autant plus vrai que la violence recouvre des modes et des temporalités des plus diverses. Ce n'est pas nécessairement la violence physique, la plus visible, qui soit la plus dommageable.

Le problème c'est que ces assemblages de faits très divers mènent à confondre tous ces faits. Pire, c'est le fait le plus grave qui teinte d'horreur les plus anodins. Cette "dramatisation" légitime toutes les souffrances de la même manière, "victimise", voire infantilise, de facto toutes les personnes de la même façon, peu importe la "gravité" de ce qu'elles qualifient "d'agression" et sans mettre en perspective leur propre comportement. De plus, celui ou celle désignée comme agresseur, sans distinction de la gravité des faits, le, la stigmatise comme délinquant(e), voire comme pervers(e).

Je serais curieux de voir les chiffres qui seraient émis par les même personne quant à leur responsabilité d'un fait de violence sexuelle. Il est certain qu'il n'y aurait pas recouvrement. En effet la perception est bien différente quand on se situe soi-même en tant que victime ou en tant qu'agresseur.

Mission impossible

Si toute violence est inacceptable, il y a des agressions qui affectent gravement les personnes et d'autres qui sont surmontables plus ou moins difficilement. La violence est constitutive de la nature humaine et, même si elle doit être réprimée, elle s'exprime à travers toutes les relations. Vouloir, voire exiger, un monde sans violence, même si c'est une utopie qu'il faut garder en perspective pour mener notre vie, est irréaliste et contre-productif.

Aujourd'hui, notre société est traversée par la dérive que constitue le désir, qui n'est qu'une illusion, d'une société sans aspérité, lisse, où la rencontre de l'autre n'est pas par nature conflictuelle. Toute relation, qu'elle s'exprime dans la violence ou pas, est constituée dans tous les cas de deux acteurs qui ont une responsabilité, si pas égale dans l'expression de la violence manifestée, dans le déroulé des faits. Il est trop manichéen d'opposer victime et agresseur.

Il est dès lors absolument sidérant qu'on en arrive à dire que l'Etat n'est pas capable d'anticiper la violence en la neutralisant, de protéger les victimes et de réprimer les "agresseurs". Non seulement c'est une mission impossible à satisfaire mais c'est aussi déresponsabiliser les acteurs et les citoyens dans la prise en charge des violences et de leur "remédiation". D'autre part, c'est aussi une exigence politique qui mène droit vers un État répressif et donc vers la dictature.

Ne nous leurrons pas en nous laissant croire que la violence peut être autrement que contenue et peut être éradiquée a fortiori par le contrôle ou la répression de l’État.

Apprenons à gérer notre propre violence mais apprenons aussi à ne pas directement nous positionner en victime, à gérer nos blessures. Enfin, apprenons à remédier nous-mêmes nos relations pour que la violence entre nous et l'autre ne s'interpose plus.

Il n'en reste pas moins que pour qu'une société fonctionne, la violence la plus brutale doit être réprimée par la loi. Encore faut-il que ce niveau de brutalité soit raisonnablement défini.