Une opinion de Céline Boulenger, macroéconomiste chez Degroof Petercam.

La Chine a bien géré la pandémie, et a réussi à en sortir rapidement en limitant de façon importante les dégâts tant humains qu’économiques. Cependant, de nombreuses fragilités qui existaient déjà depuis quelques années ont été exacerbées par la pandémie.

Inégalités sociales

Le problème des inégalités sociales n’est pas nouveau puisqu’en 2013 la Chine était un des pays les plus inégaux du monde (les 1 % les plus riches détenaient plus d’un tiers de la richesse). Les statistiques se sont améliorées depuis lors, mais on s’attend à un retour des inégalités à cause de la pandémie. Les revenus des travailleurs migrants ont chuté dans la première moitié de 2020, tout comme les revenus des familles les plus pauvres, alors que les plus riches ont vu leur gagne-pain augmenter. Une des raisons qui expliquent l’augmentation des inégalités est le manque d’aides sociales, telles les aides au chômage présentes en Europe. D’autant plus que les aides publiques ont principalement bénéficié aux entreprises des zones urbaines, au détriment des communautés plus vulnérables des zones rurales. D’un côté, 2020 fut la meilleure année en 22 ans en termes d’augmentation de richesse pour les plus aisés (grâce aux performances des marchés ainsi qu’une vague de nouvelles entrées en Bourse), et d’un autre côté, les ménages sont de plus en plus endettés (presque 60 % du PIB).

Fragilités financières

Les mesures de confinement n’ont pas seulement augmenté les inégalités, elles ont aussi été accompagnées d’une vague de défauts. En effet, le stimulus fiscal qui a aidé à minimiser l’impact sur les entreprises a également augmenté l’endettement de celles-ci. Un endettement qui a grossi de 25 % (du PIB), la plus grande augmentation depuis 2009. Une tendance qui inquiète puisque l’endettement privé était déjà extrêmement élevé. De plus, les banques ont jusqu’à présent réussi à limiter les dégâts grâce à l’accès facile au crédit. Cependant, cette chance pourrait tourner quand les politiques deviendront plus restrictives.

Domination de l’État

D’autant plus que ce sont surtout les entreprises d’État qui se retrouvent sur la sellette. Entre janvier et octobre, ces dernières ont fait défaut sur une valeur de 6,1 milliards de dollars, plus que les défauts rapportés pour les deux années précédentes. Le système économique chinois dépend énormément de ces entreprises publiques, qui sont responsables de la moitié des prêts en Chine et d’environ 90 % des obligations de sociétés. Le gouvernement protège ces entreprises qui bénéficient d’aides publiques astronomiques, empêchant les entreprises privées de rivaliser. Aujourd’hui, ce système déséquilibré qui favorise les entreprises d’État se retrouve en danger, puisqu’elles sont endettées comme jamais.

Statistiques améliorées

Autre défaut du système chinois : le manque de transparence. Le gouvernement chinois a la réputation de trafiquer certaines statistiques à son avantage, dont celles liées à la croissance économique. Cela fait des années que les experts doutent des données officielles et cela impacte la confiance des investisseurs ainsi que l’image que le reste du monde se fait de l’économie chinoise. Cette falsification des statistiques est en partie liée aux objectifs de croissance fixés par le gouvernement central chaque année, puisque les autorités locales sont jugées par rapport à leur capacité à atteindre ou à surpasser ceux-ci.

Économie carbonée

Une dernière vulnérabilité importante est la dépendance aux énergies fossiles. En effet, 60 % de la production d’énergie vient encore de centrales à charbon. Et cette dépendance va continuer puisque de nouvelles centrales sont en cours de construction. Pourtant, la Chine vient d’annoncer qu’elle atteindrait la neutralité carbone d’ici 2060, un objectif qui sera impossible si d’énormes changements ne sont pas mis en place. Dans les prochaines années, la Chine devra donc revoir sa façon de produire et de consommer pour mettre en place un système économique qui s’inscrit dans la transition écologique.

La Chine a été couverte de fleurs pour sa gestion de la pandémie et de la crise économique qui a suivi. Toutefois, il faut prendre cette relance avec des pincettes puisqu’elle cache des fragilités importantes. L’économie chinoise devrait connaître une croissance impressionnante cette année, cependant, le gouvernement devra prendre en compte les vulnérabilités mentionnées ci-dessus pour que celle-ci soit durable.