Opinions

Bien sûr, on aurait pu revenir sur la Cour de comptes, ornement inutile pour certains politiciens, la légitime défense différée pour les femmes battues, la nomination à vie des enseignants, le fait d’être populiste et fier de l’être, la dénonciation du Ceta par le gouvernement wallon… Mais tout choix est renoncement. Les cinq sujets présentés ci-dessous ont chauffé les esprits et dopé les échanges d’arguments. Rétrospective.


Une mère à vélo, irresponsable?

© Jean-Luc Flémal

Cette année, Marie Thibaut de Maisières, éditrice et auteure chez MyZebraBook, a rejoint notre équipe de chroniqueurs. Elle s’est d’emblée imposée parmi les personnalités qui vous font réagir. Son texte sur son choix de privilégier les déplacements à vélo a été lu plus de 75 000 fois. Extraits :

"‘Vous êtes une mère irresponsable !’ me hurle cette automobiliste, dimanche, seule dans son 4x4 alors que je suis sur mon Bakfiets, contenant mes deux plus jeunes enfants à l’avant, et ma fille de six ans à ma droite, sur son propre vélo. Suis-je irresponsable ? Je sais que beaucoup de gens dans mon entourage le pensent. Mais si c’était le contraire ?"

"J’ai fait un choix de société (et j’ai beaucoup de chance d’avoir pu le faire) : j’ai organisé ma vie et celle de mes enfants autour d’un moyen de transport non polluant, non bruyant et respectueux du vivre ensemble (qui, en plus, m’évite de faire de la gym après le boulot). Et vous savez quoi ? Mon moyen de transport n’est pas responsable du 1,3 million de décès dans le monde causés par la pollution de l’air (d’après l’Organisation mondiale de la santé), il ne participe pas au réchauffement climatique et il ne donne pas d’argent aux pétromonarchies du Golfe pour diffuser leurs idées wahhabites. Et enfin, si le vélo est dangereux, ce n’est pas à cause des vélos, pardi, mais bien des voitures !"

http://bit.ly/mereavelo


Le bouddhisme occidental, une religion pour bobos?

© AP

Il fallait payer 490 € pour assister à trois jours de conférence bouddhiste à Bozar. Des intellectuels attirés par l’exotisme ? Ou les adeptes d’une spiritualité basée sur la compassion ?

OUI - Marion Dapsance, docteur en anthropologie et auteure des "Dévots du bouddhisme":

"A une période où il était de bon ton de s’en prendre au clergé, on a fait du bouddhisme l’antithèse du christianisme. [...] C’est très exotique et original de pouvoir dire que l’on suit un maître tibétain. Cette religion attire particulièrement les intellectuels, parce qu’il y a une espèce de relativisme dans l’approche bouddhique, qui est très séduisante pour des personnes qui aiment tout questionner et ‘déconstruire’."

NON - Carlo Luyckx, président de l’Union bouddhique belge:

"Des gens simples n’étant jamais allés à l’école peuvent sans problème s’épanouir grâce au bouddhisme. Il est très accessible avec ses multiples angles d’entrée. On s’y intéresse autant d’un point de vue culturel, philosophique, intellectuel, émotionnel ou méditatif. La popularité du bouddhisme réside aussi dans son ouverture d’esprit et sa tolérance. Il n’y a pas de commandements, chacun est sa propre conscience."

http://bit.ly/boudhismedebat


Burkini, mélanome et cellulite

© Vincent Dubois

Cet été, certains maires en France ont interdit le port du burkini sur les plages, considérant que ce "non-vêtement" était le signe d’un islam militant et provocateur. Dans la polémique estivale qui suivit, l’opinion de Simone Nudelholc a fait mouche. Côté ville, elle est avocate à la Cour de cassation et professeur de droit à l’ULB. Côté plage et sous le soleil, elle porte des vêtements amples et foncés par crainte du mélanome malin.

"Dans des pays où l’islam est religion d’Etat, la police religieuse impose à coups de fouet le respect des comportements conformes aux valeurs islamiques. Et seule cette police est juge des comportements en question, qui ne sont décrits dans aucun texte, ni dans le Coran, ni dans ses commentaires autorisés. Certains aujourd’hui en Europe (pas seulement en France mais aussi, par exemple, en Belgique) veulent imposer des comportements, des façons d’être, une allure, une manière de nouer son écharpe, que l’on décrète seuls compatibles avec la dignité de la femme. Des ministres qui ont perdu tout sens du ridicule se mettent à proférer que pour protéger cette dignité intemporelle, il faut contraindre toute femme, quels que soient son âge, sa condition physique, son poids, ses complexes, ses allergies cutanées, ses difformités réelles ou imaginaires, ses infirmités, sa conception personnelle de la pudeur, sa crainte du cancer de la peau, son aversion pour l’industrie cosmétique, il faut contraindre toute femme… à exhiber sa raie de fesses, sous peine d’être interdite de plage, d’être privée du plaisir de s’asseoir au bord de la mer, en écoutant le majestueux ressac des vagues et en laissant le sable s’écouler entre ses doigts. […] Une pléthore d’hommes et de femmes politiques ont réclamé une loi anti-burkini. Et bien, Messieurs, Mesdames, il faut aller au bout de vos convictions, payer de votre personne. La prochaine fois que vous vous exprimerez sur ce sujet, je vous invite à le faire en string, au milieu des gendarmes, avec interdiction absolue faite à la presse de photoshoper les images. La dignité d’un homme ou d’une femme politique consiste à exhiber sa raie de fesses."

http://bit.ly/burkinicellulite


Faut-il laisser son petit garçon s’habiller en tutu?

© Facebook

Sur Facebook, une mère américaine défend le choix de son enfant de trois ans et demi de porter des tutus. Une publication partagée plus de 60 000 fois. Faut-il appeler à davantage de tolérance ?

OUI - Christine Sbolgi, mère de jumeaux, accueillante et chargée de la santé communautaire au sein de la maison médicale Globule:

"Quand une petite fille joue au football, on va s’écrier qu’elle est dégourdie. Mais quand un petit garçon met une robe, on crie au scandale. Ce n’est pas normal ! En fait, il y a beaucoup moins d’interdits pour les filles que pour les garçons… On doit apprendre très tôt aux petits garçons ce qu’ils ne peuvent pas faire. Et cela comporte son lot de frustrations, des frustrations qui marquent l’inconscient. Or, moi, je n’ai pas envie que faute d’avoir pu mettre une robe à quatre ans, mon fils veuille en porter à vingt ans."

NON - Jean-Yves Hayez, pédopsychiatre, docteur en psychologie, professeur émérite à l’Université catholique de Louvain:

"Si les petits garçons veulent porter une robe, des colliers, du vernis… c’est simplement qu’ils trouvent ça joli. Je dirais donc que la majorité des parents devraient rigoler une bonne fois, et puis, dire à l’enfant : ‘Non, tu es un garçon et un petit garçon ne s’habille pas comme cela'. Si, au contraire, l’on encourage toutes les fantaisies, on va créer une société sans repères. Vous pouvez dire que je suis un vieux ringard, mais, selon moi, il faut mettre les limites quelque part."

http://bit.ly/tutupetitgarçon


La société McKinsey s’offre-t-elle l’ULB ?

© Stéphanie Lecocq

Nous apprenions en octobre que McKinsey s’apprête à installer ses bureaux belges sur le campus de la Plaine de l’Université libre de Bruxelles (ULB). Un partenariat de plus, avec le risque que la société de conseil en stratégie influence l’enseignement et la recherche.

"Il y a lieu de s’interroger sur les conséquences de la venue de plusieurs centaines de ses employés sur notre campus", commente Grégoire Ranson, porte-parole du Bureau des étudiants administrateurs (BEA) de l’ULB. "Nous craignons notamment que McKinsey dispose d’un ‘droit de regard’ sur l’enseignement et la recherche. En tant qu’étudiants, nous redoutons que les savoirs que nous avons à acquérir, pourtant primordiaux à la compréhension et l’analyse du monde qui nous entoure, soient évincés, ou du moins formatés, pour répondre aux seules compétences exigées par le monde du travail."

Cependant, Nicolas Dassonville, porte-parole de l’ULB, se veut rassurant : "L’université accueille aussi une chaire FGTB. Personne ne crie au loup ou considère que cela modifie la manière d’enseigner. Il en va de même quand on conclut un partenariat avec McKinsey ou Belgacom."

Suite à ce débat contradictoire, tenu dans nos pages, Armand De Caevel, président du Cercle des étudiants libéraux de l’ULB, a également tenu à réagir, en pointant une "instrumentalisation" du BEA : "Le Comac ULB, cercle politique fort actif sur le campus de l’université provenant de la jeunesse du PTB, a depuis plusieurs années cherché à influencer les différentes politiques de financement et d’enseignement menées par l’ULB. […] Le Comac s’est alors investi très largement au sein du BEA, organe de représentation étudiante au sein des différentes administrations de l’ULB."

Et Armand De Caevel de conclure : "Face à une telle situation, notre Cercle considère qu’il est urgent de stopper la désinformation autour du partenariat entre Mc Kinsey et l’ULB, qui est, rappelons-le, strictement immobilier."

http://bit.ly/mckinseyripostes
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