Les membres du GIEC sont réunis cette semaine pour déposer un rapport, vendredi, sur le réchauffement climatique. Les climato-sceptiques dénoncent d’avance "un dogme idéologique". Les environnementalistes les traitent d’obscurantistes.  Entretiens croisés.


Oui, les climato-sceptiques sont dangereux

Pour Christophe Schoune, secrétaire général d’Inter-Environnement Wallonie, les obscurantistes qui contestent la réalité des changements climatiques ne se risquent pas à soumettre leurs thèses au débat scientifique. Il est très aisé de s’exprimer dans les médias généraux en échappant au contrôle par leurs collègues. D’ailleurs, souvent, ces contestataires ne sont pas des scientifiques eux-mêmes. 

Vous venez de publier une étude montrant qu’il y a moins de citoyens aujourd’hui qui se préoccupent de questions environnementales. Et parmi les différentes causes que vous citiez, il y avait l’existence des climatosceptiques. N’est-ce pas un constat amer pour des environnementalistes? 

Le premier facteur d’explication est l’importance accrue des inquiétudes socio-économiques, qui passent désormais bien devant d’autres préoccupations, écologiques, notamment. Nous situons le deuxième facteur dans la responsabilité des médias face à une problématique qui n’a pas diminué intrinsèquement en gravité mais qui est moins couverte. Par exemple, les pages consacrées aux questions planétaires ont reculé dans un certain nombre de médias. Enfin, nous avons mis en exergue l’existence des climatosceptiques que nous appelons d’ailleurs des obscurantistes dans le déni total de la réalité. Jusqu’à preuve du contraire, tous les scientifiques qui travaillent sur la question du réchauffement procèdent en confrontant leurs recherches à "l’examen" par leurs pairs. Tous ceux qui contestent la réalité des changements climatiques ne se risquent pas, eux, à publier leurs thèses, et à les soumettre au débat réellement scientifique. Il est très aisé, finalement, de s’exprimer dans les médias généraux en échappant au contrôle par leurs collègues. D’ailleurs, souvent ces contestataires ne sont pas des scientifiques eux-mêmes. 

Au-delà de ce débat entre croyants et non croyants, considérez-vous que les climatosceptiques sont des gens dangereux, et en quoi ? 

Oui, forcément, puisqu’ils nient une réalité en dehors des règles qui prévalent généralement. Je serai prêt à les écouter le jour où ils auront publié de vraies études qui attesteront de la pertinence des questions qu’ils posent. En fait, ils visent à insinuer le doute chez les citoyens et ils récupèrent cela à des fins non scientifiques mais carrément idéologiques. 

Comment expliquez-vous la relative perméabilité de l’opinion à ces thèses ? 

Ils savent bien utiliser les médias qui, souvent, aiment bien se nourrir de la contradiction, voire de la polémique. Ce débat-là est, pour eux, du pain béni. Mais jusqu’à quand la presse va-t-elle continuer à donner la parole à ceux qui continuent à affirmer que la terre est plate ? Historiquement, on peut rappeler comment fonctionnait la contestation de réalités scientifiques vérifiées de longue date. Cela a commencé par la question du tabac dont énormément d’études ont mis en lumière la toxicité pour la santé, nonobstant quoi une série de pseudo-scientifiques, généralement aux bottes de l’industrie, ont nié cette réalité. Ils ont fonctionné de la même manière par rapport au trou dans la couche d’ozone et aujourd’hui, c’est à la question climatique, fondamentalement importante, à laquelle ils s’attaquent. On voit bien comment les milieux les plus conservateurs en font leur miel. 

Comment pouvez-vous affirmer que l’homme est grandement responsable des changements climatiques, ce que contestent violemment les adversaires de votre thèse ? 

On dit souvent que les membres du GIEC, qui se sont réunis cette semaine, agissent comme des activistes. C’est faux. Le GIEC fait l’état de la question en faisant une super-revue de tout ce qui a été publié au cours de ces dernières années. Le rapport qui va sortir, en fin de semaine, sur les changements climatiques ne fait rien d’autre que cela. Et à certains égards, le GIEC est même très conservateur. Beaucoup de scientifiques disent, en effet, qu’on doit être beaucoup plus inquiet que cela parce que les tendances actuelles du réchauffement dépassent largement ce qui est préconisé dans le rapport. 

Les climatosceptiques reprochent aux environnementalistes, comme vous, d’être des intégristes. Vous assumez ? 

L’intégrisme n’est pas là où ils le voient. Qui est davantage dans l’idéologie ? Ce n’est pas nous. En tant qu’environnementalistes, nous faisons confiance à la science. Le jour où une instance internationale reconnue attestera éventuellement qu’on s’est trompé de direction, nous ferons ce travail de remise en question.


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Prudence, il est aussi question d'argent et de politique

Pour István Markó, professeur docteur en Chimie (UCL) et coauteur de "Climat, quinze vérités qui dérangent", il y a en jeu non seulement des réalités climatiques, mais aussi énormément d’argent, et de politique. Ces deux aspects amènent naturellement beaucoup de scientifiques à abonder dans le sens qui va leur procurer de l’argent, une carrière, une renommée internationale, pour peu évidemment qu’ils adhèrent aux thèses catastrophistes.

Certains environnementalistes vous décrivent comme des négationnistes, en ce sens que vous nieriez jusqu’à l’existence du soleil en plein midi. Qu’en pensez-vous? 

Cela m’affecte immensément. Je me sens particulièrement offensé par ce terme-là. Ce terme est extraordinairement agressif pour me discréditer, me traîner dans la boue et m’amalgamer à des intellectuels révisionnistes. Nous essayons de pondérer les choses qui sont dites parfois de manière totalement exagérée et si, en science, nous n’avons pas la possibilité de discuter du pour et du contre d’une théorie, et de résultats qui en découlent, il faut arrêter de faire de la science et se tourner vers la religion et les dogmes. 

Le milieu écologique dit que les climato-sceptiques sont totalement minoritaires et en marge de la communauté scientifique.

C’est un argument parfaitement faux. Il a été démonté, voilà déjà plusieurs mois. En réalité, le nombre de personnes qui adhèrent aux pensées promulguées par le GIEC sont bien plus minoritaires qu’on nous le fait croire. Il y a des pétitions qui ont circulé avec des nombres impressionnants de personnes qui s’opposaient au dogme actuel. Il y a de plus en plus de spécialistes - dont des climatologues de renom - qui commencent à oser publier dans des revues scientifiques des articles allant contre ce qui est couramment accepté. 

Est-ce que, selon vous, vos adversaires scientifiques et écologiques se trompent ou mentent-ils sciemment à l’opinion ? 

Il y a malheureusement des deux. L’étude du climat est une chose extraordinairement complexe. De là, la raison pour laquelle je ne peux que m’insurger quand j’entends des réactions comme celles d’Al Gore et d’autres. Ceci dit, il y a en jeu non seulement des réalités climatiques mais aussi énormément d’argent, et de politique. Ces deux aspects amènent naturellement certains scientifiques à abonder dans le sens qui va leur procurer de l’argent, une carrière, une renommée internationale, pour peu évidemment qu’ils adhèrent aux thèses catastrophistes. En revanche, un jeune scientifique dont la première publication démontrerait l’inverse, ses chances d’arriver plus loin sont plus que minuscules. Il faut aussi dire, dans ce contexte, que les gens qui se retrouvent au sein du GIEC, d’organes onusiens et d’ONG partisanes, se cooptent et font régner un terrorisme intellectuel. Si vous allez à contre-courant et si vous êtes un politicien, par exemple, vous allez perdre des quantités de voix phénoménales. Il est ainsi très amusant de se rappeler qu’il y a trente ans, quand les écologistes n’avaient pas percé, personne d’autre ne parlait d’environnement. Depuis, ils s’y sont tous mis, parce que c’était devenu à la mode. Mais on en revient aujourd’hui. 

Mais comment pouvez-vous affirmer que l’homme n’est pour rien dans le réchauffement climatique ? 

Tout mouvement climatique varie en fonction de cycles, d’augmentation et de diminutions de températures qu’on ne contrôle pas nous-mêmes. Ce sont des cycles saisonniers, pluriannuels voire même séculaires. Qu’il y ait une influence faible, je dirais même minuscule, de l’homme, il n’y a pas de doute. Le fait de construire des grandes villes, etc., va, certes, modifier notre environnement. Mais il faut bien savoir que de grands physiciens ont montré que ce n’était pas le CO2 qui était coupable d’un quelconque réchauffement. Les preuves que l’on nous donne sont en fait basées sur des modèles climatiques, et non pas sur des mesures. Et ces modèles, par exemple, se sont tous trompés par rapport à ces quinze dernières années où on a constaté un arrêt de l’augmentation de la température. 

Comment vos collègues scientifiques à l’UCL réagissent-ils à votre discours ? Ne vous boudent-ils pas ?

Lorsque j’ai commencé à exprimer mes doutes quant à la réalité de ce qu’on nous annonce, une trentaine de mes collègues ont fait circuler une pétition pour me faire partir de l’université. Mais les autorités de l’UCL ont compris qu’en tant que scientifiques, nous avons le droit à une pluralité d’opinions, et à leur expression.