Une tribune de Apostolos Tzitzikostas, Président du Comité européen des régions

Cela fait plus d’un an maintenant que la pandémie de Covid-19 s’est abattue sur l’Europe. Elle nous a contraints à brider la vie de nos concitoyens, et à prendre par ailleurs des mesures sans précédent face à l’urgence. Dans cette tragédie, ce terrible virus a déjà coûté la vie à plus de 24 000 personnes en Belgique et à plus de 660 000 personnes dans l’Union européenne.

Depuis le début de la pandémie, les collectivités locales et régionales n’ont jamais cessé d’œuvrer au service de celles et ceux qui vivent dans les régions, les villes et les villages de toute l’Europe. La crise provoquée par cette pandémie a bien montré que les collectivités locales sont les fondations mêmes de notre Union. En tant qu’élus locaux et régionaux, les responsabilités qui sont les nôtres sont immenses, qu’il s’agisse d’assurer le fonctionnement des services de santé et des écoles, ou de fournir des services sociaux en ces temps éprouvants. Malgré les difficultés, nous avons encouragé la recherche, soutenu les entreprises, adapté les économies locales à la situation de crise et travaillé avec la société civile. Nous nous sommes battus au côté des médecins et du personnel soignant.

Des mois encore difficiles attendent chacun d’entre nous, mais la lumière paraîtra au bout du tunnel si nous nous mettons à l’ouvrage dans un esprit de solidarité et que nous poursuivons nos efforts en faveur d’une campagne de vaccination massive et ordonnée. Nous devons veiller à ce que la stratégie de vaccination dans l’Union européenne et dans ses régions reste guidée par les grandes valeurs que nous défendons qui sont la cohésion et la solidarité. Nous devons nous garder de toute concurrence entre États membres et au sein même des États pour l’obtention de vaccins, et éviter une fracture vaccinale qui accentuerait les inégalités dans nos territoires.

L’Europe doit sortir de cette crise plus résiliente qu’elle ne l’était, et reconnaître formellement le rôle prépondérant des administrations locales et régionales. Nous sommes un rouage essentiel pour la santé, la prospérité, la résilience et le dynamisme.

Nous devons veiller à ce que les fonds de l’Union soient utilisés à bon escient pour contribuer à la relance des collectivités locales. Nous devons être pleinement associés à la conception et à la mise en œuvre des plans de relance, dont la Belgique bénéficiera à hauteur de 5 milliards d’euros, au niveau européen comme au niveau national. Notre contribution est essentielle pour façonner des politiques à même d’accompagner les transformations fondamentales auxquelles nos sociétés doivent faire face. Le Covid est l’une de ces forces transformatrices. C’est le cas aussi de la crise climatique, de la numérisation de nos économies ou encore de l’évolution démographique.

C’est enfin la confiance qui nous permettra de sortir de cette crise, et c’est notre niveau de pouvoir à nous - élus locaux et régionaux - qui jouit du plus gros capital de confiance auprès des citoyens car nous connaissons le mieux les besoins et les inquiétudes, et nous savons comment y répondre par des actions concrètes sur le terrain.

Si nous voulons donner un coup d’accélérateur au projet européen, nous devons en parfaire le fonctionnement démocratique. Nous devons bâtir ensemble notre "maison commune de la démocratie européenne" - avec pour toit l’Union, pour charpente ses États membres, et pour fondations ses régions, ses villes et ses villages.

Le besoin d’un cap

Pour cela, le Comité européen des régions va contribuer activement à la conférence sur l’avenir de l’Europe [un exercice de démocratie représentative lancé ce dimanche] en organisant des dialogues dans toute l’Europe ainsi qu’en jouant son rôle de représentant des collectivités locales de l’Union européenne au niveau institutionnel. Nous avons organisé un dialogue local le 9 mai à Strasbourg pour mettre l’accent sur la dimension territoriale que doit revêtir la conférence. Le groupe de haut niveau sur la démocratie, sous le patronage de l’ancien président du Conseil européen Herman Van Rompuy, s’efforcera de faire valoir la contribution du Comité européen des régions aux côtés du monde des entreprises et de la société civile, des associations de jeunesse, des associations territoriales européennes et nationales, et bien sûr auprès des trois institutions de l’Union qui sont aux commandes de la conférence, le Parlement, la Commission et le Conseil. Le Sommet européen des villes et des régions qui aura lieu début 2022 à Marseille, pendant la présidence française de l’Union européenne, soumettra des recommandations du point de vue des territoires aux Présidents des trois institutions.

Ce dont l’Europe et ses citoyens ont besoin aujourd’hui, c’est de confiance et qu’on leur donne un cap. La conférence sur l’avenir de l’Europe peut y contribuer, à condition que les collectivités locales y soient véritablement associées, et nos concitoyens dans les régions, les villes et les villages soient entendus. Cela est essentiel si l’on veut éviter d’en faire un exercice régenté depuis les hautes sphères qui risquerait de prêter le flanc aux boniments démagogiques et anti-européens des populistes et des eurosceptiques.

L’objectif qui est le nôtre, au Comité européen des régions, est d’imprimer une dimension résolument régionale et locale tout au long de la conférence, dans tous les États membres de l’Union, en mobilisant les citoyens au niveau régional et local. Nous avons la ferme conviction qu’en travaillant ensemble, dans le respect mutuel, nous pourrons aviver la confiance que nos concitoyens accordent à notre projet européen commun, consolider l’architecture démocratique de l’Union et rapprocher l’Europe de ses citoyens.