Opinions

Que vous inspire le jugement condamnant la Ville de Verviers comme responsable d’un accident mortel dû à l’état de sa voirie (nids-de-poule) ?

Je pense que cela répond à un certain nombre de contestations. Je fais allusion notamment à certaines colères, par exemple, celle des motards, plus directement concernés encore que les autres usagers de la route. Le problème est hélas récurrent.

Ce jugement devrait-il faire jurisprudence ?

Il existe déjà une certaine jurisprudence en la matière. Elle confirme une obligation de sécurité. La chaussée doit être suffisamment sûre, et la commune doit faire face à des problèmes de plaques de mazout, ou de plaques de verglas. La jurisprudence est déjà fournie. Le juge de Verviers n’a pas dû faire preuve de beaucoup d’imagination.

Que penser de la réaction de la Ville de Verviers, qui affirme ne pas être en mesure d’offrir un réseau communal qui soit en permanence parfait à 100 % ?

Il faut faire confiance à la justice. Si elle a estimé qu’il y avait matière à condamnation, ce n’est pas en raison d’un simple trou au milieu de nulle part. La commune doit, en tout cas, fournir un entretien normal et régulier. En plus, en cas de conditions hivernales extrêmes, posant des problèmes de stabilité et de sécurité, elle doit redoubler de vigilance.

Mais, argumentent les communes, pour ce faire, il faut des moyens supplémentaires, qu’il faudra aller chercher dans la poche des contribuables…

C’est déjà ce qui se passe maintenant ! L’argent des communes, comme celui de la Région, ne tombe pas du ciel. Le problème, c’est la non-affectation des impôts. Si le produit de certaines taxes (circulation, accises sur le carburant, etc.) était directement dirigé vers la voirie, les gens accepteraient davantage de mettre la main au portefeuille.

Ne faudrait-il pas plutôt prévoir que ce soit les utilisateurs de la route qui paient son entretien, au lieu de le mettre à charge de tous les contribuables, quel que soit l’usage qu’ils font des infrastructures routières ? Clairement, êtes-vous favorable à l’instauration d’une vignette autoroutière, par exemple, ou de péages ?

La plupart d’entre nous voyagent à l’étranger, et ils peuvent constater que l’état des infrastructures y est bien meilleur qu’en Belgique et, en tout cas, qu’en Wallonie. Toutes les sources de financement doivent donc être envisagées. Mais il faut d’abord prendre le problème dans sa globalité. L’important, c’est la mobilité dans son ensemble. Et à cet égard, il faut dissuader l’usage de la voiture et du camion. On est en situation de surcharge du trafic, et il faut absolument le limiter. Notamment par une taxation qui serait dissuasive. Il faut travailler plus en amont. On n’est nulle part en Belgique, en matière de transport ferroviaire alternatif. Or, il faut être clair, les trous dans les routes, ce ne sont pas les motocyclettes et les voitures qui les provoquent, mais bien les transports lourds.

Autre chose : n’assiste-t-on pas à une judiciarisation excessive dans notre pays ?

Nous, on essaie toujours d’éviter la procédure judiciaire. Il vaut mieux un bon accord qu’un mauvais procès. Nous prônons des voies alternatives pour ne pas engorger les tribunaux. Ainsi, l’action collective que nous prônons. C’est une procédure préventive et amiable pour accepter de négocier.

Entretien : J.-P.Du.

© La Libre Belgique 2011