Il n’y a aucune raison médicale valable pour exclure plus longtemps les enfants de l’école et d’activités en collectivité. Ils ne sont pas les super-transmetteurs présumés comme dans la grippe. Il faut surtout éviter des effets collatéraux.

Une carte blanche du collectif de pédiatres de la task force pédiatrique Covid-19 et d'universités (Dimitri Van der Linden, Petra Schelstraete, Marc Raes, Tyl Jonckheer, Pierre Philippet, An Bael, Georges Casimir, Ann De Guchtenaere, Marie-Christine Seghaye, Stéphane Moniotte, Pierre Smeesters, Anne Tilmanne, Julie Frère, Marc Hainaut, Marianne Michel, etc.) Retrouvez la liste complète des signataires au bas de l'article.

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Oui, le confinement est long, très long, y compris pour les enfants… mais écoute-t-on seulement leur voix lorsqu’ils l’expriment ?

À l’heure où le déconfinement progressif prend forme, qu’en est-il des enfants ?

Nous faisons le constat que, même si on parle beaucoup d’eux, dans les faits, les enfants sont les oubliés du déconfinement. La plupart d’entre eux ne pourront pas rentrer à l’école avant septembre. Mais alors qu’y a-t-il de prévu pour eux ? Quel est le plan B ?

Nous souhaitons mettre en avant leurs intérêts et leurs droits.

Peu malades et peu infectés

Il n’y a pour nous aucune raison médicale valable pour exclure plus longtemps les enfants de la collectivité.

Ils ne sont pas les super-transmetteurs présumés comme dans la grippe.

Les données disponibles à ce jour convergent pour mettre en avant que la majorité des enfants infectés l’ont été au contact avec un adulte positif pour le Covid.

En cas d’infection, les précautions seront identiques à celles du reste de la société. Un enfant malade devra immédiatement être exclu de la collectivité. Il sera testé et si le test est positif il sera mis en quatorzaine avec sa famille.

Personne ne veut voir son enfant malade et tout le monde souhaite voir son enfant s’épanouir et progresser dans ses apprentissages. Bien sûr, le risque zéro n’existe pas. Mais si nous pensons la société comme un système global respectant tous les individus, y compris les enfants, ce petit risque est nécessaire pour le bien de tous.

Au Danemark, la réouverture des écoles n’a pas entraîné une recrudescence de cas plus de quatre semaines après la reprise.

Par ailleurs, les enfants sont très peu infectés et quand ils sont atteints par le virus, ils sont peu malades dans la très grande majorité des cas. Les formes graves sont très rares, bien moins fréquentes qu’en cas de bronchiolite ou de grippe par exemple. Certains enfants ont présenté le syndrome de Kawasaki (un tableau clinique avec inflammation importante) dans les contrées touchées par le virus, mais cela reste très rare et une surveillance étroite est en place. Les pédiatres connaissent bien cette maladie, un traitement existe et le pronostic est favorable si le diagnostic est posé de façon précoce.

Donc, en toute logique, ce sont les enfants qui devraient être les premiers à être déconfinés.

Effets collatéraux et inégalités

Permettre aux enfants de retourner à l’école et en collectivité est indispensable pour éviter des effets collatéraux. L’école, outre son rôle pédagogique et social, offre un environnement qui permet de détecter les signes de souffrance physique et psychologique de certains enfants.

Le confinement creuse les inégalités avec un risque accru de négligence, de maltraitance et de manque de surveillance pouvant résulter en une augmentation des accidents domestiques. Nous constatons également plus de troubles du sommeil, d’anxiété et de pertes de repère pouvant être préjudiciables pour l’enfant et son développement. L’usage prolongé des écrans encore accentué par le confinement a par ailleurs un effet délétère qui n’est plus à démontrer.

D’autres avantages comme la cantine gratuite dans certaines écoles sont des éléments importants à mettre dans la balance pour les familles les plus défavorisées. Priver les enfants de cette possibilité supplémentaire d’accès à une alimentation équilibrée constitue une autre atteinte à leurs besoins de base.

Restons positifs et pragmatiques

Pour ceux qui auront la possibilité de retourner en collectivité, nous insistons pour que ce retour puisse se faire dans des conditions sereines et bienveillantes. Des mesures de protection excessives comme le refus aux enfants de jouer entre eux, la suppression des aires de jeux, ou s’abstenir de réconforter un enfant, ne sont pas basées sur une évidence et pourraient déboucher sur des situations anxiogènes pour l’enfant, les professeurs et les parents.

L’enfant doit pouvoir évoluer, interagir et jouer normalement.

Nous faisons confiance aux enseignants mais aussi aux enfants, qui doivent être pleinement acteurs de cette nouvelle vie à l’école, pour être créatifs et trouver le juste équilibre entre les mesures barrières et d’hygiène nécessaires et l’harmonie du vivre ensemble. Les mesures essentielles recommandées sont le lavage régulier des mains et l’organisation de classes plus petites (bulles) sans interdire le contact. L’OMS insiste sur le fait que les enfants peuvent être les meilleurs ambassadeurs en termes de mesures d’hygiène et qu’ils doivent être positivement encouragés dans ce sens. Nous insistons également sur le rôle important des parents dans le respect des consignes de sécurité en particulier en rue et à l’entrée des écoles.

Enfin, nous rappelons aux parents l’importance du suivi médical habituel de leurs enfants et de la poursuite de la vaccination. Il faut impérativement éviter que la pandémie de Covid-19 entraîne une recrudescence de rougeole, de méningite ou de coqueluche (bien plus dangereuses pour l’enfant que le Covid) en rapport avec un retard vaccinal. Un rattrapage vaccinal doit donc être organisé dès que possible pour éviter l’éclosion future d’épidémies. Une interruption du suivi classique peut aussi retarder le diagnostic de certains problèmes médicaux.

En conclusion, nous faisons la demande expresse aux autorités de donner un signal fort pour que la situation de l’enfant soit mise au centre du débat afin que leurs droits fondamentaux soient respectés.


--> Titre et chapô sont de la rédaction. Le titre original est "Mon jour préféré après mon anniversaire c’est le jour de la rentrée des classes".

Liste complète des signataires

Cette liste a été rejointe ce 28 mai par le neuropédiatre Michel Dechamps (Président du Comité d'accompagnement de l'enfance maltraitée)