Une lettre d'étudiants de l'UCLouvain à la ministre de l'Enseignement supérieur, au ministre de la Santé et aux experts. Les auteurs, qui ont rédigé la lettre sous couvert d'anonymat, sont bien connus de la rédaction.

Madame la Ministre de l’Enseignement supérieur,
Monsieur le Ministre de la Santé,
Mesdames et Messieurs les experts, 

Ce sont des étudiants perdus qui s’adressent à vous.
   
Perdus car nous ne comprenons plus ni le sens ni la cohérence des mesures qui nous sont appliquées. 

Nous sommes passés en enseignement distancié dans le courant du mois d’octobre. Nous nous sommes montrés compréhensif compte tenu de la situation sanitaire. Nous nous sommes adaptés, nous sommes restés motivé, nous avons suivi nos cours à distance avec implication, et nous avons remercié nos enseignants pour leur adaptation et leur bienveillance. 

Et pourtant, vous le savez certainement tout autant que nous, suivre 4, 6 ou 8h de visioconférence sur une journée, c’est extrêmement lourd mentalement. 
Mais il était de notre devoir de nous montrer responsables et solidaires dans la crise sanitaire que traverse notre pays. 

Fin novembre, Madame la Ministre, vous publiez une circulaire autorisant les Universités et Hautes Écoles à mettre en place des examens en présentiel lors de la session de janvier 2021. Nous interprétons cela comme une volonté de votre part de faciliter la mise en place d’examens pratiques difficilement organisables à distance. Ou encore de permettre aux établissements dans lesquels nous sommes inscrits de mettre à disposition des salles adaptées pour les étudiants qui en feraient la demande. Nous comprenons ce point de vue. Nous l’encourageons même. Les étudiants qui ont vécu des examens pratiques à distance ou des problèmes de connexion en Juin dernier savent à quel point c’est désagréable et difficile. 
Pendant ce temps, les mesures sanitaires nationales ne sont que très peu adoucies, nous ne pouvons pas fêter Noël ou nouvel an en famille ou entre amis. Certains commerces sont contraints de rester fermés. Ce que nous comprenons. La solidarité. Toujours la solidarité. 

Des décisions incompréhensibles

Mais… Petit à petit, et sans parler du fait qu’ils nous fournissent les informations en dernière minute selon la deadline que vous avec mentionnée dans votre circulaire, nous découvrons que nos Universités et Hautes Écoles mettent en place des examens en présentiel de façon récurrente, y compris pour des matières qui ne nécessitent aucunement le présentiel. Y compris pour des examens à cours ouvert… 

Nous abordons cela avec eux, ils nous répondent qu’ils ont le droit et qu’ils respecteront les règles sanitaires émises dans la circulaire. Que les enseignants souhaitent organiser du présentiel. Sans plus d’explications. Nous ne comprenons pas ces décisions, nous essayons de faire valoir nos inquiétudes, nos motivations, mais rien n’y fait. 

Était-ce cela l’esprit de votre circulaire ? Souhaitiez-vous offrir l’opportunité de limiter la tricherie lorsque vous dites vouloir "assurer l’égalité de traitement entre étudiants" ? Nous sommes-nous à ce point trompés dans l’interprétation que nous, étudiants, avons fait de votre circulaire ? 

Ces derniers jours, nous découvrons par voie de presse que nous resterons en code rouge jusqu’en février. Et donc, nous repartirons pour des cours en distanciel avec toutes les difficultés que cela représente, et ce, juste après la session d’examen de Janvier en présentiel. Ce qui nous semble dès lors incohérent. 

Un facteur de stress supplémentaire

Nous sommes perdus mesdames et messieurs.

Nous ne comprenons plus le sens de vos mesures.

Nous ne comprenons plus les objectifs que vous poursuivez.

Nous perdons notre motivation. Nous perdons notre envie d’être solidaires face aux mesures qui sont prises. 

Nous sommes complètement abattus. Parce que nous subissons tous les inconvénients des cours donnés à distance depuis des mois, que nous les subirons toujours en février. Mais en janvier, afin de rassurer les autorités universitaires et des Hautes Écoles, nous devrons nous rendre en auditoire, souvent mal aéré, pour passer des examens. Masqués, en ayant la crainte de croiser quelqu’un de malade ou d’être malade soi-même sans le savoir et donc de prendre le risque de contaminer quelqu’un. Ceci ne sera pour nous finalement qu’un facteur de stress supplémentaire après des mois à nous battre pour tenir bon et s’accrocher pour ne pas décrocher. 

Nous avons l’impression de n’être qu’un point de détail dans le système. Un point de détail dont il ne faut pas vraiment se soucier. Et nous le vivons très mal. 

Par la présente, nous tenons à remercier d’ailleurs les enseignants qui ont adapté leurs modalités d’examens dans le but de permettre une évaluation équitable à distance, en prenant en considération le mal-être et l’avis de leurs étudiants. Et ce afin de ne mettre personne mal à l’aise face à la situation sanitaire actuelle.