Une opinion d'Anne Colignon, directrice de Formations Repère, opérateur de formations expert dans les services d’aides et de soins. L'équipe de Formations Repère est constituée à ce jour de 15 formateurs indépendants.

Ce 11 mars, les maisons de repos étaient les premières à entrer en confinement. Les arrêtés ministériels avaient certainement raison d’interdire toute visite et activité non essentielle, dans ces institutions qui accueillent nos aînés, particulièrement vulnérables face au Covid-19. Ensuite, le secteur du handicap suivit le mouvement. Parmi les nombreuses conséquences du confinement dans ces institutions, le fait que le personnel allait aussi devoir stopper net son activité de formations internes ou externes… Entraînant de fait un arrêt de travail forcé pour les centres de formation et les formateurs -souvent indépendants- qui en font partie.

Un soutien financier non équitable

Face au tsunami social et économique provoqué par le coronavirus, le gouvernement fédéral a annoncé des aides financières aux entreprises. Pour certains secteurs, celles-ci sont plutôt rassurantes. Mais aucune d’entre elles ne s’adresse au secteur de la formation professionnelle, excepté celle octroyée aux auto-écoles.

Monsieur le ministre Ducarme s’est engagé à ne laisser "aucun indépendant de côté". Pourtant, à ce jour, encore un tiers des entreprises et indépendants sont exclus du droit aux indemnités régionales.

Récemment, les gouvernements régionaux ont décidé d’affecter des enveloppes budgétaires pour les opérateurs de formation et de l’insertion socio-professionnelle, afin d’assurer la pérennité de ces acteurs et le maintien de l’emploi. Mais seul le secteur associatif subventionné y aura droit, délaissant les structures indépendantes.

Le cadre légal soudainement oublié…

Le législateur oblige le personnel des maisons de repos à suivre des formations continues. Pour en garantir la qualité, toutes ces formations doivent être reconnues par les administrations compétentes : AVIQ, IRISCARE, SPF Santé publique. Les organismes de formation concernés doivent ainsi bénéficier obligatoirement d’une reconnaissance de chacune de leurs formations par les pouvoirs publics.

Quelle logique veut aujourd’hui, que ces mêmes organismes ne bénéficient d’aucune aide, sur le seul critère de leur indépendance ?

Les premiers seront-ils les derniers ?

Il est fort probable que les institutions de soins aux personnes âgées et handicapées comptent parmi les dernières à sortir du confinement. Elles mettront ensuite de longs mois à retrouver leur fonctionnement "d’avant la crise". Des équipes épuisées physiquement et émotionnellement et des priorités budgétaires chamboulées, parant au plus pressé risquent fort de repousser dans le temps les préoccupations de formation.

Il est dès lors facile de comprendre pourquoi il faut s’attendre à ce que les conséquences de la crise actuelle se fassent encore sentir longtemps pour ces opérateurs de formations, surtout si ceux-ci sont indépendants.

Une question de "valeur humaine ajoutée"

En se préoccupant de la qualité de la prise en charge des aînés et des publics plus fragiles, tous ces formateurs s’engagent humainement. Cet engagement constitue une vraie « valeur humaine ajoutée ». Ne pas soutenir leur pérennité, c’est ignorer cela. C’est ignorer que notre société se construit d’abord et avant tout sur ces hommes et ces femmes qui mettent l’autre au centre leurs priorités.

Que faudra-t-il de plus que la tragédie que nous vivons en ce moment, pour que la "valeur humaine ajoutée" constitue enfin pour nos politiques, une vraie priorité ?