Une opinion des guides de Belgique.

Nous vous accompagnons en ville, au musée, dans les expositions, en autocar, en vélo ou même en bateau. Nous vous faisons apercevoir le merveilleux dans l’ordinaire, les trésors des villes que vous arpentez, la folie créative du chocolatier. Le temps d’une balade nous faisons tourner les robes longues de la belle époque, comprendre le travail du brasseur, humer l’odeur de la poudre des fusils napoléoniens comme si vous participiez à la bataille ou encore découvrir l’atelier d’un peintre de la Renaissance. Notre métier, c’est l’émerveillement. Notre talent, c’est de vous faire vivre une expérience. Nous sommes les guides.

En ces temps de pandémie, comme beaucoup de professions, nous sommes à l’arrêt. Ce problème majeur arrive sur une situation déjà très difficile pour les guides, et qui conduit nombre d’entre eux à abandonner cette activité.

Les guides malmenés par la crise

Tout d’abord la plupart des guides sont freelance “statut” mal taillé pour un métier plus pédagogique et artistique que commercial. De nombreuses situations cohabitent: indépendant à titre principal, indépendant complémentaire, intérimaires, bénévoles. L’exercice de la profession étant saisonnier, les revenus fluctuent. Une juste valorisation de notre plus-value est souvent difficile à obtenir. Dans le secteur culturel et touristique, beaucoup de gens ne savent pas que guide, c’est un métier qui demande des multiples savoirs et des compétences pédagogiques. Nous sommes comme des enseignants qui se verraient confrontés à des publics divers et variés, chaque jour différents, mais sans reconnaissance de l’existence même de leur métier.

Ensuite s’ajoute à ça la question de la condition de professionnels qui s’adaptent à des publics extrêmement divers : écoles, jeunes enfants, adolescents, seniors, personnes handicapées, primo-arrivants, public corporate, public familial, groupes culturels. Toutes ces personnes ne réclament pas seulement des informations exactes et complètes mais aussi un partage d’émotions. Nous donnons tout son sens à l’expression "médiation culturelle" que nous utilisons parfois pour décrire notre activité, et si vous parlez de la Belgique en tant que pays du surréalisme ou de la gourmandise, c’est grâce à notre savoir-faire! Or, depuis plusieurs années, nous faisons face à des entreprises qui guident sur les mêmes terrains que nous sous le vocable "free tours". Leur manière de fonctionner est régulièrement dénoncée tant sur le plan social que sur le plan qualitatif rendant encore un peu plus précaire la situation des guides professionnels.

Enfin, la crise du coronavirus met les guides à l’arrêt durant les mois habituellement les plus rémunérateurs, et ce sans revenus de remplacement pour certains d’entre nous.

Nos demandes

Nous avons décidés de nous unir et de mettre sur la table les demandes suivantes afin de permettre au métier de guide de survivre et de rester qualitatif rendant une juste image de notre pays.

Via le code NACE 79.901, l’Union européenne et ses pays membres ont reconnus le métier de guide touristique. Nous demandons que notre gouvernement respecte ce métier et clarifie des conditions de travail souvent soumises à l’arbitraire.

Nous demandons que la législation sociale et la législation du travail soient respectées par les sociétés, musées et ASBL qui nous commandent des visites guidées.

Nous demandons l’application des règles européennes contrant les monopoles dans les sites publics par la diffusion transparentes d’appels d’offres quand le service de guidage est externalisé.

Nous demandons dans le cadre du coronavirus que tous les guides actifs, quel que soit leur statut, puissent recevoir des aides. Actuellement, seuls les indépendants à titre principal et certains complémentaire sont aidés.

Nous demandons aussi le plus rapidement possible un calendrier des mesures de déconfinement pour les visites guidées ainsi que des mesures d’hygiène à prendre dans le cadre de celles-ci ainsi qu’une aide financière pour leur application.

Nous sommes à la disposition des pouvoirs publics, musées, opérateurs culturels, organisations touristiques et de la population pour en discuter.

En cette période de déconfinement, nous savons que nous ne pourrons pas voyager loin cet été. Nos concitoyens ont envie de redécouvrir le patrimoine national, tout le monde a grandement besoin de s’émerveiller, de rire, de s’émouvoir, de se cultiver, de découvrir, de s’étonner, et nous pouvons tous, dans toute notre diversité, vous donner toute la magie dont vous avez besoin et rendre vos découvertes encore plus jolies. Alors… n’oubliez pas les guides !

Pour signer la pétition, c'est par ici.