Une opinion de Jean-François Couvreur, alias Hibou Niagara. Chef d’unité scout, Saint Dominique, Kraainem.

Ces derniers mois, notre jeunesse a régulièrement été stigmatisée pour son comportement incivique quant au respect des règles de confinement et aux recommandations pour lutter contre la propagation du Covid-19.

Au terme d’un mandat de quatre ans comme chef d’unité d’une des plus grosses unités scoutes de Bruxelles (environ 350 animés, 70 animateurs, 9 camps cet été), je veux au contraire témoigner du sérieux et de l’engagement de ces jeunes adultes qui ont géré, bénévolement et remarquablement, les camps de cet été. Ces camps dans ce contexte Covid représentaient pourtant un incroyable challenge.

Responsables

Ces animateurs ont digéré les nombreuses contraintes imposées par ce virus afin de sauver les camps de cet été. Dans un excellent travail de synthèse, de clarté et de pédagogie, notre Fédération avait édité un vade-mecum (36 pages quand même), outil permettant d’accompagner la préparation, l’organisation et la réalisation de ces camps 2020. S’appropriant les symptômes mineurs et majeurs du Covid, intégrant les attitudes à prendre en cas de symptômes, gérant la bulle hermétique de leur camp (la fameuse bulle des 50), ils ont assuré une réussite inespérée de tous les camps. Grâce à eux, nos enfants (et leurs parents…) ont enfin pu respirer cet été après ces mois de confinement à la maison.

Créatifs et en recherche de sens

Le respect de la bulle a nécessité d’abandonner ou de revisiter des activités emblématiques de camp comme le hike, la totémisation, les promesses, les visites de parents… Ce fut l’occasion de créer de nouvelles activités et de questionner le sens d’autres : triathlon avec traversée d’un étang en guise de jeux olympiques, jeu de progression électronique home made tout au long du camp, tentes sur pilotis défiant la gravité (mais pas la sécurité) en forme de drakkar ou de gratte-ciel, déguisements soignés à l’extrême, un camp louveteau exceptionnellement sous tente, footbulle, réalisation de records (validés par le Guinness Book !), distribution du journal chaque matin pour annoncer et décrire la journée, salle magique pour les plus petits (une pièce où le vieux sage propose ses conseils de fin de journée, heure sacrée à admirer le coucher du soleil, méditation en pleine conscience).

Outre l’hygiène, l’achat local et le zéro déchets, certains mirent l’accent cette année sur le bien manger : recettes de cuisine pré-imprimées pour permettre la réalisation de bons petits plats, construction de fours pour cuire des tartiflettes, invention de douches, planche à gobelets nominatifs, coin vaisselle Covid-proof. Même l’hygiène et l’intendance, pas toujours des priorités dans le passé, firent ainsi partie des challenges Covid à relever.

L’arrivée au camp a, elle aussi, été complètement revue pour éviter tout contact entre parents. Arrivée en “kiss&drive” échelonnée avec accueil individuel de chaque enfant par le staff et le sizainier, arrivée à deux kilomètres du camp scout avec mise en thème immédiate, départ en bus pour faciliter la séparation des tout-petits de leurs parents qu’ils n’avaient plus quittés depuis plusieurs mois… Telles furent quelques initiatives.

Des as de la comm’

Cette année, pas question pour les parents de visiter, ni même d’apercevoir l’endroit de camp. Adeptes des réseaux sociaux et pros des instantanés, les animateurs ont trouvé le juste équilibre d’une communication adaptée. À la grande joie des parents, des photos, vidéos voire parcours en drone ont été partagés. Communiquer pour informer et rassurer a été un leitmotiv pour chaque staff.

Gageons que c’est dans cet esprit que la bataille du Covid peut être gagnée pour ces générations. Les spécialistes de la comm’, ce sont eux. La vague actuelle de Covid touche plus particulièrement les jeunes adultes de leur âge. Demandons-leur donc de construire leur propre communication, adaptée à eux-mêmes, pour continuer à les convaincre de respecter les gestes barrières dans leur vie quotidienne.

Rappelons que, pour préparer et réaliser ces camps, ces jeunes consacrent en réalité un mois en complet bénévolat. Quel pied de nez aux préjugés parfois répandus de jeunes individualistes et matérialistes.

Ask the boy

Ces performances ont été accomplies par des jeunes adultes de 18 à 25 ans, en complète autonomie. Bien sûr ils ont pu bénéficier du coaching de leur staff d’unité et du support de la Fédération.

De ces quatre années où j’ai eu l’honneur et la joie de progresser avec eux, je retiens qu’en réalité c’est dans l’échange mutuel, le challenge respectueux et la co-construction que ces jeunes adultes révèlent le meilleur d’eux-mêmes. Baden-Powell, le fondateur du scoutisme, cette incroyable école de vie, nous invite à appliquer deux principes éducatifs : ask the boy et learning by doing. Et cela marche !

La réussite de ces camps cet été (0.02 % de cas avérés de Covid dans les camps des mouvements de jeunesse en Communauté Wallonie-Bruxelles cet été ; aucun dans nos camps) doit beaucoup à ces jeunes adultes, si souvent critiqués. La ministre Valérie Glatigny l’affirmait d’ailleurs fin août : “Malgré la situation sanitaire exceptionnelle, les camps d’été ont été un succès. En décidant de permettre l’organisation des camps, nous avons fait le pari de la confiance. Les chiffres prouvent que nous avons eu raison. Le mérite revient aux mouvements de jeunesse, qui ont abattu un travail de préparation conséquent pour assurer la bonne tenue des camps estivaux”. Ce challenge réussi a contribué à rasséréner la rentrée scolaire.

Malgré toutes les contraintes du Covid, chaque camp a été un feu d’artifice de créativité, de gestion responsable, de clairvoyance dans le choix de l’endroit de camp, d’hygiène, de communication vers les parents, d’animation du tonnerre avec tant de décorum, d’imaginaire, de nouveautés. Le feed-back des enfants et des parents fut que, quel paradoxe, ces camps auront été les meilleurs vécus grâce à la joie d’abord qu’ils aient eu lieu, ensuite par l’intensité de la vie en bulle et enfin par le niveau de “professionnalisme” dans la préparation et l’animation de ces camps.

Titre et chapô sont de la rédaction. Titre original : “Les jeunes stigmatisés face au Covid ? Pourtant cet été ils ont prouvé leur civisme et leur sens des responsabilités”.