Une chronique de Cécile Verbeeren, professeur de français en 6e Technique de Qualification dans une école d'Anderlecht.

Qu’est-ce qui nous rapproche quand, ensemble, nous débattons de notre identité ? Les élèves sont unanimes : la belgitude, c’est la diversité et la multiculturalité. Même à l’école ?

Au retour des vacances de Noël - ou d’hiver, pour les puristes de la laïcité à l’école -, j’entamais, avec une classe anderlechtoise en 6e Technique de Qualification, un parcours qui a pour thème l’identité. De Pascal à Amin Maalouf, nous découvrons les différences qui existent entre identités politique/juridique et ethnique. Bel échantillon d’exemples dans la classe ! Nous sommes tous Belges sur papier mais chacun de nous possède une identité culturelle différente. Quelle richesse ! A vrai dire, je suis la seule Belgo-belge.

Néanmoins, tous tiennent à préciser que pour 20, 30 ou 40 % de leur personnalité, ils sont Belges. Pourquoi ? "Parce que quand on rentre au bled, Madame, on n’est pas vraiment de là-bas non plus !" A travers cette différence, comment pouvons-nous créer une unité ? Qu’est-ce qui nous rapproche au moment où, tous ensemble, nous débattons au sujet de notre identité ?

Nous commençons par nous informer en lisant plusieurs documents qui abordent la belgitude : qu’est-ce qui définit l’identité belge ? Le sujet n’est pas évident car très éclectique. Le paradoxe belge existe depuis sa création et c’est comme si l’histoire avait toujours voulu l’exacerber en définissant notre identité à travers nos différences, malgré une volonté politique ou médiatique de figer une identité belge (l’image caricaturale du "bon Belge" : simplet mais brave, mangeant des moules-frites en buvant une bière). Il existe la dualité entre la Wallonie et la Flandre, tout d’abord, dualité à laquelle vient se greffer une diversité venant de l’Italie, du Maroc, de la Turquie, des pays de l’Est, du Congo, du Rwanda… En se penchant sur la question à travers une lettre d’opinion, les élèves sont unanimes : la belgitude, c’est la diversité et la multiculturalité.

Il n’existe pas de normalité, les élèves adhèrent plutôt à la facette "surréaliste" du Belge, celle qui surprend car ne suit aucun code. Pour eux, le Belge ressemble au Bruxellois qui vit dans la pluriculturalité, qui sait se mélanger, et a appris à respecter l’Autre et la disparité de cultures qui cohabitent. "Une vision très utopique, nous en sommes conscients, car même parfois entre nous, on ne se montre pas ouvert. M’enfin, il vaut mieux être optimiste, non ?" (Weronika)

Et l’école, dans tout ça ? Si seulement les établissements scolaires et les politiques qui les dirigent pouvaient avoir le discernement, la volonté, l’audace et l’énergie de comprendre et s’adapter à cette diversité. Les seuls changements opérés ressemblent à des pansements collés sur des plaies qui ne cessent de se rouvrir. Aucune mutation de fond n’est accomplie. Les écoles continuent de se différencier par le milieu socio-économique des élèves qui les fréquentent. Les filières ne sont autres qu’un médium de scission.

Cette structure pèse sur l’élève ou lui ouvre toutes les portes. A elle seule, elle incarne le message de fond que la société fait passer : "En fonction de l’école où tu feras ton cursus, soit tu ne bénéficieras pas - ou peu - d’avenir professionnel, soit tous les choix s’ouvriront à toi."

Or, l’éducation commence par là : être curieux, découvrir, s’ouvrir à l’Autre. N’est-ce pas le terme utilisé pour définir les études secondaires ? Les "Humanités". Discerner l’humanité, saisir ce qui constitue le monde, d’une part, et l’humain, d’autre part. Ce qui semble définir ce dernier intrinsèquement, c’est son identité ethnique. Le rôle de l’école est d’ex-ducere, faire sortir l’élève de… sa bulle identitaire ? Inutile de digresser ici sur les comportements extrêmes que peut engendrer un repli identitaire, l’actualité le raconte.

Des pistes ? Arrêter de ghettoïser les écoles, éviter de séparer, voire de diviser les élèves en filières (elle est révolue l’époque de l’immigré qui vient accomplir les boulots ingrats), simplifier le système, et le laisser s’ouvrir dans la réelle volonté de rencontrer l’Autre. L’adapter à la réalité de la Belgique, lui donner une "belgitude".