Avez-vous été surpris par les propos du procureur général près la cour d’appel d’Anvers lors de sa mercuriale, jeudi ? Je suis surpris que ces propos se soient tenus là. Il faut d’abord rappeler le grand principe de la liberté de parole du ministère public qui est quelque chose d’extrêmement important, mais dans le cadre de son activité et de ses prérogatives, qui sont de poursuivre des infractions. Cette liberté de parole doit être la plus large possible pour éviter qu’on ne croie que c’est le politique qui décide des poursuites individuelles. Cela, c’est la Constitution qui le dit. Par contre, puisqu’il s’agit d’un problème de société, je suis surpris qu’il ait utilisé la médiatisation de la rentrée pour s’exprimer, dans la mesure où les procureurs généraux rencontrent régulièrement le ministre de la Justice. Il y a là un lieu de débat régulier, et c’est étonnant qu’il n’ait pas débattu de cette question-là avec le ministre. Ce serait d’ailleurs plus efficace. On pourrait penser qu’il a voulu faire un “coup” ? La justice de crise est une mauvaise justice et vouloir faire un coup ne présente pas un grand intérêt. Ce n’est pas cela qui fait avancer le monde. Ce genre de sortie est-il courant de la part d’un magistrat ? Cela dépend de la personnalité du magistrat. Je pense que les mercuriales sont des occasions de rappeler les grands enjeux. Pour prendre l’exemple de Mons, où le formateur était présent lors de la rentrée, c’est intéressant pour le monde politique d’entendre ce que la magistrature souhaite dire, mais il faut l’exprimer sur des questions qui sont en rapport avec ses fonctions. Parler de “la fin de la démocratie”, c’est assez grave… La démocratie est quelque chose d’important. Il ne faut pas utiliser de grands mots trop vite. Est-ce que la démocratie est mise en péril par l’état actuel de la législation sur l’exil ? Il faut bien réfléchir. Cela dit, ce n’est pas sans intérêt que des magistrats, qui ne travaillent pas dans une société idéale, fassent part de leur analyse. Vous ne voyez pas là un problème communautaire avec un magistrat flamand qui se prononce sur la politique confiée à un ministre wallon ? Aujourd’hui, on voit du communautaire partout. C’est difficile de faire un procès d’intention. Si on entre dans ce jeu-là, alors oui, ce serait vraiment dommage. Qu’est-ce que, selon vous, couvre le principe de liberté d’expression des magistrats ? On a écrit des volumes entiers sur ce sujet ! C’est d’abord un droit constitutionnel. Les magistrats ne sont pas en dehors de la société, ils ne doivent donc pas être privés de leur liberté de donner leur avis sur les grands problèmes qui touchent à la justice et à la société en général. Mais ils ne doivent s’exprimer que dans la mesure où ils ne mettent pas en péril leur propre indépendance, c’est-à-dire de faire naître chez le justiciable le sentiment que le procureur n’est pas impartial. Le ministre de la Justice, qui a annoncé qu’il admonesterait le procureur général, est-il dans son rôle ? Oui, dans la mesure où il est responsable de la politique criminelle. Mais il ne faut pas exagérer l’importance de cet incident. Demain, on passera à autre chose