Opinions En cause, cette tendance à une tarification plus élevée durant les week-ends alors que la population active est dans l’impossibilité de se déplacer en semaine.

Par Bernard Hennebert, coordinateur de Consoloisirs, auteur du livre « Les musées aiment-ils le public? » (aux éditions Couleur Livres).

Il est difficile de dénombrer la population active (étudiants et travailleurs) mais, en ce qui concerne les musées, si l’on excepte les touristes étrangers, elle constitue probablement davantage de 50 % des visiteurs potentiels. Cette "minorité"… majoritaire est souvent discriminée (fait de séparer un groupe humain des autres en le traitant plus mal).

Se développe actuellement une tarification plus élevée en week-end (souvent de 2 euros) : à Liège "Generation 80 Expérience" ou à Bruxelles "Van Gogh : The Immersive Experience" et "Beyond Bruegel". Certains tentent de justifier cette tarification par le développement du confort pour le public. Objectif : tenter d’amoindrir le trop-plein de fréquentation des week-ends pour mieux la répartir en semaine. Mais pourquoi au détriment de visiteurs mis professionnellement dans l’impossibilité de se déplacer en semaine ? Rendre davantage attractive et mieux médiatiser la réduction des seniors tout en la réservant aux jours de semaine serait sans doute aussi efficace.

Et les horaires ?

Prenez les deux musées fédéraux "maisons ateliers" d’artistes qui triompheraient à Paris et, chez nous, n’attirent au mieux que quelques dizaines de visiteurs par semaine : ils sont "interdits de visite" à la population active car ils sont fermés chaque week-end, les jours de congés légaux, et quand ils s’ouvrent du mardi au vendredi, c’est pour être clos pendant le temps de midi. La pétition "Non à l’asphyxie des musées Constantin Meunier et Antoine Wiertz" a déjà réuni plus de 3 000 signatures sans effet concret. Les MRBAB (Musées royaux des beaux-arts de Belgique) qui chapeautent ces musées l’expliquent par une difficulté de gardiennage en week-end mais on constate que la même institution ne semble plus se heurter à ce problème d’intendance lorsqu’elle élargit les horaires du week-end d’autres institutions et ouvre 7 jours sur 7 son Musée Magritte.

En déménageant à la rue Montagne aux Herbes Potagères, le Musée de la banque a supprimé son accès pendant les week-ends. Jan Smets, gouverneur de la Banque nationale, osa pourtant déclarer que l’ambition de ce musée était de mieux faire connaître l’institution bancaire "à tous les publics" ! Faisant fi ainsi de la population active dont nombre de ses membres sont précisément les clients des banques qui financent cette institution culturelle. Alors, bien entendu, il y aura toujours telle ou telle activité festive exceptionnelle, mais la population active n’a plus droit à un horaire régulier.

On retrouve une situation proche avec quelques bibliothèques qui argumentent du fait que leurs travailleurs ont droit à leur vie de famille. Ceci pose le problème des activités de loisirs qui devraient se dérouler quand la majorité du public est disponible, principe pourtant accepté par d’autres secteurs culturels : cinémas, théâtres…

Déjà en 1997, quand ils abandonnèrent leur accès libre quotidien, les musées fédéraux créèrent une gratuité mensuelle destinée officiellement "au plus grand nombre"… mais qui excluait la population active puisqu’elle se déroulait chaque 1er mercredi du mois de 13 heures à 17 heures. Helena Bussers, qui coordonnait les MRBAB, dressa un premier bilan six ans plus tard : "Pourquoi le mercredi ? Nous avons reçu des consignes de l’administration. La tradition veut que les enfants étaient en congé le mercredi après-midi. On a peut-être oublié que les adultes qui travaillent en journée visitent aussi les musées ! Ce n’est pas un cadeau, le choix de ce jour…"

Depuis 2018, l’argument "mercredi, jour des jeunes" n’a plus de sens puisque plusieurs de ces institutions ont instauré la gratuité quotidienne pour les moins de 18 ans. Ce mercredi gratuit sert surtout les touristes qui, le plus souvent, ignorent son existence et sont prêts à payer l’entrée. L’objectif de créer ainsi de nouveaux publics est très réduit. C’est une monstruosité économique qu’il convient de réviser en choisissant un autre rendez-vous mensuel gratuit, enfin accessible aussi à la population active.

Puissent les associations d’étudiants et les syndicats s’emparer de cette thématique qui atteint directement leurs membres.