Une opinion de Céline Boulenger, économiste à la Banque Degroof Petercam.

Lors de l’Assemblée Générale de l’ONU, le président chinois a annoncé qu’il allait honorer les engagements de l’Accord de Paris en visant la neutralité carbone d’ici 2060 et en atteignant un pic d’émissions de CO2 avant 2030 (et non plus dans les alentours de 2030). Un discours salué par de nombreux activistes et dirigeants, dont la présidente de la Commission Européenne, Ursula von der Leyen. Cette décision prise par le plus grand pollueur du monde (la Chine est responsable de 28% des émissions mondiales de CO2), permettrait de diminuer les prévisions de réchauffement climatique de 0.2ºC à 0.3ºC selon le Climate Action Tracker. Si la Chine réussi à tenir parole, elle accomplira la plus grande réduction d’émissions de tous les pays. Elle a également appelé l’ensemble des nations présentes à faire de même, un message ciblant bien sûr les Etats-Unis, qui vont se retirer de l’Accord en novembre.

Tant de contradictions…

La première réaction des experts fut positive mais le doute quant à la sincérité de l’annonce de Xi s’est rapidement installé dans l’esprit de tous, cela pour plusieurs raisons. Tout d’abord, mis à part l’annonce du président chinois, aucuns détails ne sont venus compléter celle-ci (il a manqué, par exemple, de définir ce qu’il entend par "neutralité carbone"). Et de nombreuses décisions prises ces derniers mois remettent en cause la motivation chinoise de se détacher réellement du charbon. Pourtant, un tel renversement de situation sera plus que nécessaire. Effectivement, la proportion des énergies fossiles dans le mix énergétique chinois devra passer de 85% à 25% (le restant des émissions pourrait être "annulé" par des techniques de capture et stockage de carbone). Pourtant, des nouvelles installations de centrales de charbon sont en court, qui à elles seules pourraient produire autant que l’Europe toute entière, et qui menacent les objectifs de l’Accord de Paris, c’est-à-dire limiter le réchauffement à moins de 2ºC. De plus, ces derniers mois ont été marqués par une diminution de moitié des aides à l’énergie solaire, et par l’annonce de la fin des subsides pour les installations d’éoliennes.

Il ne faut pas non plus oublier que certaines provinces chinoises dépendent fortement de productions très polluantes ; la Chine est aujourd’hui responsable de la moitié de la production mondiale en acier et de 60% de celle de ciment. Il faudra donc un retournement de situation dans les années à venir pour espérer atteindre la neutralité carbone, et il faudra réussir à convaincre les gouvernements locaux de modifier leur systèmes économiques.

Ces contradictions dans l’économie chinoise ne sont pas récentes, puisque la Chine est à la fois le leader en matière de production et d’installation de panneaux solaires et d’éoliennes, tout en dépendant du charbon pour encore 60% de sa production d’énergie (une proportion qui a tout de même diminué de 15% en 10 ans). Enfin, il faut souligner que malgré l’ouverture de nouvelles centrales à charbon, nombreuses sont celles qui sont fermées chaque année, en commençant par les plus polluantes. La Chine est donc une véritable énigme en matière de climat.

mais une lueur d’espoir

Cependant, malgré la longue liste de questions qui demeure, l’annonce en elle-même marque un tournant dans la lutte contre le changement climatique. Premièrement, elle peut servir de tremplin pour d’autres nations qui pourraient décider de suivre l’exemple chinois et renforcer leurs propres ambitions climatiques. Elle envoie bien sûr un message fort au président américain, lui montrant que la Chine est prête à prendre la place de leader international face à l’urgence climatique. Un message qui s’inscrit parfaitement dans un contexte de tensions entre les deux nations et dans une montée de l’influence chinoise à travers le monde, renforcée par le protectionnisme américain ainsi que la pandémie. Deuxièmement, de nombreux experts sont convaincus que les objectifs fixés par la Chine doivent être pris très sérieusement. En effet, cette dernière est connue pour être prudente dans ses objectifs, mais quand elle s’en fixe, ils sont en général respectés. De plus, il faut rappeler que Xi exerce déjà une pression importante sur les gouvernements locaux par rapport à la transition écologique. Dans tous les cas, pour en savoir plus quant au chemin que la Chine compte emprunter pour arriver à la neutralité carbone, il faudra sûrement attendre la publication de son plan quinquennal l’année prochaine. Certains pensent qu’elle privilégiera une combinaison d’investissements dans les énergies vertes, le nucléaire, et autres industries innovantes, de puits de carbones comme des projets de reforestation, et d’un programme important d’échanges de permis à polluer.