Une chronique de Jacques Laffineur, de la Faculté de droit et de criminologie de l'UCLouvain.


Il faut plus de moyens budgétaires et de volontarisme politique pour soutenir les outils de soutien pédagogique.


Si un certain Jean de La Fontaine était toujours parmi nous, il aurait pu, en ce début d’année académique, écrire quelques vers visant à éveiller les étudiants aux difficultés de la transition secondaire-supérieur, et à les sensibiliser aux vertus des dispositifs de soutien à la réussite qui leur sont proposés. Risquons-nous à cette modeste parodie dont le titre pourrait être :

Les étudiants qui étaient trop confiants

"La mi-septembre en a vu tant et tant si pleins d’entrain

Entamer un cursus supérieur animés du ferme dessein de réussir.

Faire fi de la rudesse des épreuves auxquelles ils seront contraints ?

L’échec en fin d’année les attendrait avec si grand déplaisir !

Ont-ils été sots, guindailleux, insouciants ou trop oisifs ?

Ou simplement ont-ils eu tort de juger trop vite,

Qu’ils pouvaient se passer des aides et des dispositifs,

Lors certes que ceux-ci les eussent promis à la réussite ?

Soyons de bon compte envers ces jeunes cervelles,

Quoique l’âge tendre n’est point excuse à tout !

Avant qu’ils puissent voler de leurs propres ailes,

Assistons-les confiants comme eux dans leurs atouts".

Quant à la morale, il suffirait de l’emprunter à l’illustre auteur qui termina l’une de ses fables par cette sentence bien connue : "Aide-toi et le Ciel t’aidera" ("Le charretier embourbé", VI, 18).

La réalité commentée ici n’est pourtant pas une fable : trop d’étudiants rassurés par la facilité avec laquelle ils ou elles ont clôturé leur parcours scolaire, croient pouvoir se passer d’un accompagnement spécifique pour répondre aux exigences de l’enseignement supérieur. Tel peut se résumer l’amer constat que doivent faire trop souvent les praticiens impliqués dans l’aide à la réussite, sous ses diverses formes, au sein des universités ou des hautes écoles qui ne ménagent cependant pas leurs efforts pour faciliter l’apprentissage et l’appropriation des performances particulières attendues de leurs jeunes recrues. Depuis la transformation des études supérieures imposée par le processus de Bologne, d’importants progrès ont été accomplis pour que nos élèves devenus étudiants puissent bénéficier de réponses et de moyens adaptés aux nouveaux défis auxquels ils sont confrontés en accédant à leur première expérience "dans le supérieur".

Qu’il s’agisse de mentorat, de tutorat, d’ateliers méthodologiques, de blocus encadrés ou de conseils individuels dispensés par des "conseillers pédagogiques", les dispositifs existants sont, pour la plupart, offerts sur une base volontaire en pariant sur le fait que leur efficacité sera d’autant plus grande qu’ils n’auront pas été imposés. Des analyses montrent également que les pratiques de promotion de la réussite sont mieux reçues si elles ne sont pas présentées comme telles et si elles sont intégrées au programme d’étude sans apparaître comme des "béquilles de secours" (Cf. Réussir ses études, quels parcours, quels soutiens ?, Rapport de recherche, ARES, février 2018). Avec le recul que les professionnels de l’aide à la réussite ont aujourd’hui sur leur action et sur la pertinence de leurs dispositifs, on peut affirmer leur réelle efficacité et leur effet positif direct sur la réussite des étudiants "primo-arrivants".

Que peut-on en conclure ? Certes, qu’il faut inciter nos étudiants débutants à saisir les perches qui leur sont tendues au début de leur cursus. Mais il reste que les acteurs de terrain impliqués dans la création et l’animation des outils de soutien pédagogique ont raison de continuer à appeler de leurs vœux davantage de moyens budgétaires et de volontarisme de la part des autorités (politiques et universitaires) pour faire de l’aide à la réussite dans l’enseignement supérieur un objectif réellement prioritaire, et une entreprise pleinement… réussie !

Titre de la rédaction. Titre original : "Ceci n'est pas une fable ! "