Un courrier d'Antoine Henry de Frahan, lecteur de La Libre.

Finalement, au MR, tout est bien qui finit bien. Les esprits se sont calmés. On s’est un peu échauffé ces derniers jours, mais à présent tout le monde retrouve son calme. M. Bouchez, publiquement qualifié de despote incompétent et caractériel par des éminences de son propre parti, n’en est pas moins confirmé à son poste, même s’il est désormais mis sous tutelle. Mathieu Michel (fils de l’un et frère de l’autre) est lui aussi laissé à son poste au gouvernement fédéral où il venait d'être propulsé par M. Bouchez signant ainsi un superbe cas d’école de népotisme qui restera longtemps dans les annales. Sabine Laruelle elle-même crie au népotisme, mais l’intéressé n’a pas l’air de se sentir visé : sur sa page Facebook, M. Michel chante sa fierté d’être libéral et poste des photos de sa prestation de serment comme un gamin celles de sa première communion, tout en s’extasiant de ce qui lui arrive et de la “confiance” qui lui est témoignée (ah ah ah). Le tableau serait risible s’il n’était pas scandaleux.

Mais bon, allez, apparemment, tout cela n’est pas si grave, une erreur de jeunesse sans doute, et puis il paraît que Mathieu Michel a quand même des qualités après tout, l’important c’est de retrouver l’unité… Une bonne engueulade, et puis on passe l’éponge et on oublie. M. Bouchez fait preuve d'incompétence, d'amateurisme, de népotisme, de despotisme, et d’ intransigeance stupide ? Bah, allez, donnons-lui une seconde chance. La démocratie, la bonne gouvernance et l’intégrité ont pris un sérieux coup dans le bide ? Bah, n'en faisons pas tout un plat, c'est pas grave, passons à autre chose, “remettons-nous au travail”, elles s’en remettront ces vieilles qui ne sont pas à ça près.

On aurait pourtant pu croire, à lire dans la presse les réactions musclées des barons du MR, que la chose ne passerait pas. Que ce cas flagrant de népotisme serait corrigé. Que l’intégrité serait restaurée. Que les valeurs fondamentales du libéralisme seraient honorées. Sauf que non. Quelques belles-mères et puis c'est tout. Much ado about nothing.

Il y a pourtant des gens intelligents au bureau du MR. Mais comment imaginent-ils que leur parti puisse rester crédible ? C’est ça que je n’arrive pas à comprendre. Quelle est la vision politique derrière la décision de garder à la tête du MR un énergumène qui a perdu la confiance de tous et que l’on est obligé de gronder et de chaperonner ? Comment le MR peut-il espérer prospérer à l’avenir avec un tel dispositif de direction ? Ne voient-ils pas qu'ils se condamnent ? De quel calculs à la petite semaine, de quels arrangements sous-terrains et de quels jeux de pouvoir lamentables cette "sortie de crise” est-elle le fruit pourri ?

Quelles “valeurs’” le MR croit-il incarner désormais, sinon le népotisme, la gouvernance corrompue, les petits copinages et les guéguerres de clan-clans ? Comment le MR pourra-t-il donner aux autres des leçons de démocratie et de gouvernance, sans que tout le monde n'explose de rire ?

Bah, allez, c'est pas grave. On passe l'éponge. Tenons-nous la main et chantons tous ensemble la fierté d'être libéral.

Quelle bouffonnerie.

Quelle mascarade.

Quelle disgrâce.