Opinions
Une chronique de Jan De Troyer.


Retour sur la vie politique de Siegfried Bracke, nationaliste flamand, président sortant de la Chambre des représentants et ancien journaliste à la VRT.


Dans son discours de clôture de la 54e législature fédérale à la Chambre des représentants, son président, l’ex-journaliste Siegfried Bracke (N-VA), a fait ses adieux. "Nous sommes arrivés à la fin de notre voyage", a-t-il déclaré, non sans un brin d’émotion.

Monsieur Bracke a connu son heure de gloire au sein des nationalistes flamands en 2010, quand il a quitté son poste de rédacteur en chef de la télévision publique flamande pour devenir candidat tête de liste pour la Chambre en Flandre orientale. À l’époque, son passage du journalisme à la politique fut qualifié de décision purement opportuniste.

Monsieur Bracke a fait sa carrière à la VRT avec une étiquette socialiste, du moins dans les années où un socialiste flamand présidait la chaîne publique. Lorsque le vent politique a tourné et que le SP.A a dû céder ce mandat au CD&V, Siegfried Bracke s’est subitement converti au nationalisme flamand. Il faut dire que la N-VA avait alors le vent en poupe et allait connaître une ascendance spectaculaire.

Dans un débat diffusé à la VRT, le président sortant de la Chambre a eu droit à un petit poème qui lui était dédié et qui le confrontait à son évolution idéologique. Le "rhétoricien moderne" du journal De Morgen, Stijn De Paepe, l’a récité devant M. Bracke. L’homme qui occupait le perchoir a eu bien du mal à paraître amusé quand il a entendu ce qui suit (traduction libre) : "Chacun fut socialiste un jour, pas trop longtemps toutefois. Nous sommes tous opportunistes après tout. Mais qui voudrait finir en arriviste, avec une barbe de trois jours, comme Siegfried Bracke ?"

Cette allusion à son retournement de veste n’a pas empêché M. Bracke de faire quelques réflexions qui ne passeront pas inaperçues au sein de son parti. Il a déclaré qu’un refus d’entrer dans un gouvernement sans réforme de l’État serait "tout sauf intelligent", contredisant ainsi nettement Jan Jambon qui a l’ambition de devenir le Premier ministre de ce pays après le 26 mai. Le président sortant de la Chambre a également affirmé que le système politique belge est beaucoup trop coûteux : "On pourrait très bien fonctionner avec les deux tiers du nombre actuel d’élus". Et il a ajouté que "le financement des partis politiques est démesuré". À son avis, la Belgique ne pourrait pas survivre sans particratie. "Sans les accords en coulisse, le pays serait ingouvernable."

Il a finalement prophétisé que "le budget fédéral ne sera jamais en équilibre dans l’état actuel des choses, où les Régions sont assurées de leur financement et le fédéral doit survivre avec ce qui reste". Et il ajoute : "Le confédéralisme arrivera tôt ou tard, puisqu’il deviendra inévitable par la pression budgétaire."

À propos de la prochaine législature, Siegfried Bracke soupçonne qu’il existe au Sud un accord secret PS-Écolo-CDH qui mettra la Flandre devant le fait accompli. "Groen, SP.A et CD&V seront facilement convaincus par cette coalition francophone." Cela pourrait créer la surprise et offrir à Kristof Calvo (Groen) l’occasion de devenir le premier chef de gouvernement écolo au niveau fédéral.

Le président sortant de la Chambre s’est rappelé ses débuts difficiles il y a cinq ans, marqués par une Laurette Onkelinx déchaînée qui a empêché Charles Michel de lire sa déclaration gouvernementale. "Il m’a été impossible de prendre le contrôle des débats. Après, j’ai eu une longue conversation avec Mme Onkelinx et elle m’a appris énormément de choses pour la suite de ma présidence." Laurette Onkelinx coachant Siegfried Bracke, décidément, en Belgique tout est possible…