Un texte de Maxime Dauwe, contrôleur financier et automobiliste bruxellois.

Ce mercredi 5 mai, nous apprenions dans les médias que le nombre d’amendes infligées sur le territoire bruxellois par les scancars en janvier de cette année s’élevait à 156 509.

On ne se rend pas suffisamment compte de ce chiffre, qui est démentiel. Il signifie une augmentation 135,55% par rapport au mois de janvier 2020, et ce, malgré le confinement.

Pour rappel, les scancars sont 8 voitures et 3 scooters qui sillonnent 10 communes bruxelloises (Anderlecht, Berchem-Sainte-Agathe, Evere, Ganshoren, Ixelles, Jette, Koekelberg et Schaerbeek) dans le but de vérifier qu’un véhicule soit en ordre concernant son stationnement en voirie.

Nous apprenons qu’au dernier conseil communal d’Uccle, la commune a validé l’arrivée des scancars sur son territoire, devenant prochainement la onzième commune bruxelloise à posséder ces véhicules de répression sur son territoire.

Bien entendu, lorsqu’on est en règle, on n’a pas de soucis, diront certains.
C’est vrai, mais quel conducteur n’a jamais reçu, ou connu une personne ayant reçu, injustement une amende ? Les groupes dédiés aux communes et/ou aux automobilistes sur les réseaux sociaux en dénombre de nombreux, chaque mois.

Et pour cause, les problèmes techniques sont nombreux !

Incapables de différencier arrêt ou stationnement

Ces véhicules scanneurs sont incapables de faire la différence entre un arrêt et un stationnement.
Ils ne prennent pas en compte le temps nécessaire pour aller chercher un ticket, et surtout, ne tiennent pas compte des personnes à mobilité réduite bénéficiant d’une carte nominative.

La technologie ne permet pas (encore) de remplacer l’humain de manière optimale dans ce secteur.

De plus, la scancar ne délivrant aucun ticket de redevance, et les amendes étant envoyées des semaines, voire des mois plus tard, provoquant la perte des preuves, il est très souvent difficile de prouver sa bonne foi lorsqu'une amende est injustement envoyée. L’injustice est encore plus grande quand nous sommes dans notre droit car lorsqu’un recours est introduit, celui-ci ne permet pas d’avoir un report de paiement (sauf pour contestation relative à la carte pour personnes handicapées). Enfin, quel conducteur conserve jusqu’à 3 mois tous ses tickets/preuves concernant le stationnement en voirie ?

De ce fait, nous pouvons également constater que lorsqu’un problème technique intervient sur notre véhicule (une plaque d’immatriculation mal enregistrée, par exemple), nous nous retrouvons 3 mois plus tard avec 4,5 ou 6 amendes à payer avant de nous rendre compte du problème.

Il n’y a jamais eu autant de mécontents qu’aujourd’hui en matière de stationnement sur la voie publique. Entre les places qui disparaissent, les amendes qui explosent, le prix du stationnement qui s’envole et les contestations qui sont nombreuses et partagées sur les réseaux sociaux, le désamour devient total entre automobiliste et autorité.

La priorité bruxelloises : moins de véhicules

Nous le savons, et la Région ne s’en cache pas, la diminution du nombre de véhicules à Bruxelles est la priorité absolue du gouvernement bruxellois. Cependant, faut-il laisser grandir cette tension entre automobilistes et autorités ?

Effectuer une répression aussi imparfaite n’est-elle pas une occasion donnée aux automobilistes de devenir encore plus récalcitrant aux projets proposés par les politiques, en termes de mobilité ?

Rappelons qu’en janvier dernier, 43 amendes par jour et par commune ont été calculées.

La Région ne devrait-elle pas intervenir pour tenter d’apporter un peu de calme ?
Préfère-t-on la qualité (l’humain) ou la quantité (la scancar) ?
La scancar est-elle réellement une solution ou est-elle une voiture à cash ?

Les questions méritent d’être posées et les autorités méritent de s’y attarder, me semble-t-il.

>>> Chapô, titre et intertitres sont de la rédaction. Titre original : "La scancar, une bonne idée ? Réellement ?"