Une carte blanche de Michel Fautsch, ingénieur agronome des eaux et forêts et photographe naturaliste.

Stopper la perte de biodiversité est un chantier titanesque et complexe à mettre en œuvre. Raison pour laquelle les stratégies successives repoussent sans cesse l’objectif. On se souvient du "Countdown 2010", une initiative lancée par l’UICN en 2001 et dont l’objectif, au niveau européen, n’était rien de moins que de "mettre un terme à la perte de biodiversité". À Nagoya en 2010, c’est un échec qui a été constaté et le lancement de la stratégie biodiversité 2020 a suivi. S’ensuit un nouveau constat d’impuissance. On en est aujourd’hui à la stratégie européenne 2030 où il est désormais prévu de "mettre la biodiversité sur la voie du rétablissement".

Une campagne de plus, quitte à lasser ?

Face à autant de difficulté et de prudence, le lancement, à l’occasion de la Journée internationale de la biodiversité le 22 mai dernier, de la campagne belge #ensemblepourlabiodiversite laisse dubitatif. Son slogan est "Sauvons la biodiversité, ensemble et maintenant." Elle est présentée comme une initiative unique qui fédère plus que jamais les acteurs. Mais quels sont les effets réels et concrets que l’on peut attendre d’une nouvelle campagne de communication sur un thème aussi général ? Si on peut reconnaître l’intérêt de rassembler et faire connaître les initiatives en cours, cela ne suffira clairement pas à rétablir la situation dramatique vécue dans les plaines agricoles où l’avifaune disparaît un peu plus à chaque saison, ou dans les forêts qui connaissent des crises sanitaires successives, sans réel changement de cap.

Par ailleurs, le partenariat qui soutient la campagne interpelle. À côté d’institutions notoirement engagées dans la protection de l’environnement et bon nombre d’universités, on retrouve les plus grands parcs zoologiques de Belgique. Bien entendu, tout secteur doit pouvoir agir pour améliorer son impact, mais faire campagne aux côtés des zoos pour faire avancer la lutte contre la perte de biodiversité, il fallait oser. Pourtant, et s’il fallait encore s’en convaincre, le thème 2020 de la Journée internationale de la biodiversité était : "Nos solutions sont dans la nature."

Au-delà d’un soutien moral de cette soixantaine d’organisations, la campagne pose quelques questions. On aimerait connaître le plan d’actions concret de chacune d’entre elles pour apporter leur pierre à l’édifice. S’ils existent, ces plans sont-ils à la hauteur de l’enjeu ? Lorsque chaque organisation disposera d’un tel plan, la valeur d’exemple sera d’autant plus probante et le chantier réellement initié. Il sera encore temps de communiquer quand on sera en chemin. Et, enfin, comment les partenaires comptent-ils s’y prendre collectivement pour atteindre leur objectif, à quel horizon ?

Agir pour mieux communiquer

Pour ne prendre qu’un exemple : un véritable plan d’actions, ambitieux, sincère, partagé, accompagné de budgets et d’un calendrier précis pour enrayer la perte de biodiversité adopté par le Service public de Wallonie (un des partenaires de la campagne) dans l’ensemble de ses métiers et domaines d’activité pourrait clairement changer la donne sur le territoire régional. C’est le fameux "Plan nature" attendu depuis les années 1990. Ce serait par exemple l’occasion de prendre des mesures transversales fortes comme une intégration de la dimension "biodiversité" dans chaque permis délivré sur le territoire en imposant, pourquoi pas, la plantation de haies vives indigènes et diversifiées en limite de propriété, et d’autres mesures adaptées à chaque situation.

Cette campagne met en effet l’accent sur le volontarisme des acteurs, mais c’est un leurre de penser que cela pourrait suffire à résoudre la crise de la biodiversité. En effet, les solutions pour protéger et restaurer la nature sont globalement connues et promues depuis plusieurs dizaines d’années sans que les secteurs s’en soient spontanément et massivement emparés jusqu’ici. L’action incitative, quant à elle, s’inscrivant dans la limite des disponibilités budgétaires toujours plus étriquées en temps de crise, il ne restera que le passage par la case législative et réglementaire. Un renforcement qui répond d’ailleurs à une attente de la population, et dont le politique ne devrait dès lors pas avoir peur.

Titre, chapô et intertitres sont de la rédaction. Titre original : "Protéger la biodiversité… pour mieux l’enfermer ?"