Une opinion de Charles-Etienne Lagasse, président du centre d'études Jacques Georgin (Défi) .


En 1982, sous l’impulsion du Ministre-président Philippe Moureaux, la Communauté française s’est dotée d’un outil destiné à gérer ses relations internationales : le Commissariat général aux relations internationales (CGRI). Cette création répondait à un consensus du monde politique : le transfert d’importantes compétences aux Communautés, y compris sur la scène internationale, devait aller de pair avec la mise sur pied d’une agence chargée de permettre à ses gouvernements de faire entendre leur voix dans les relations bilatérales et dans les enceintes multilatérales.

Toutefois, cette dynamique ne concernait alors que les matières relevant des compétences de la Communauté française. Il fallait dès lors rapprocher les services des relations internationales de la Communauté française et de la Wallonie. L’étape suivante prit la forme d’un accord de coopération en mars 2008 créant une agence des relations internationales unique pour la Fédération Wallonie-Bruxelles, la Wallonie et la Commission communautaire française, sous le nom de "Wallonie-Bruxelles International" (WBI). Les francophones –à l’instar des Flamands- disposaient enfin d’un seul outil pour préparer et gérer les relations extérieures dans toutes leurs compétences, aussi bien communautaires que régionales.

Désormais, grâce à WBI, l’espace Wallonie-Bruxelles était en mesure de mener une politique extérieure intégrée. Ainsi, par exemple, lorsqu’un accord est signé avec la France ou le Vietnam, l’on peut œuvrer aussi bien en matière de culture ou d’enseignement qu’en matière d’infrastructures de transports ou de recherche.

La stratégie

Construite pas à pas pendant une trentaine d’année, la stratégie internationale de Wallonie-Bruxelles s’articulait autour de 3 types d’enjeux : le multilatéral, le bilatéral, et les actions (unilatérales) de soutien aux créateurs. Elle valut aux Wallons et Bruxellois une belle reconnaissance internationale dans les différents axes de cette stratégie : le premier commissaire général fut choisi par les Chefs d'Etat et de gouvernement comme patron de l’Agence de la Francophonie ; son successeur fut élu président de diverses instances de coopération transfrontalière; un représentant de WBI fut élu par ses pairs président du réseau européen EUNIC, composé des ministères des affaires étrangères et Instituts culturels des 28 Etats membres de l’UE. En bilatéral, les chefs d’Etat et ministres des affaires étrangères se succédaient pour signer des partenariats bilatéraux (plus d’une cinquantaine au total). Et bien sûr, nos créateurs connurent un essor international allant jusqu’à une forme de "belgomanie" dans plusieurs pays.

Aujourd’hui, tous ces succès semblent bien lointains. D’un peu partout remontent les informations que les Wallons et Bruxellois sont devenus inaudibles dans les relations internationales.

Inaudibles dans la Francophonie 

Malgré un investissement budgétaire très important (15 M°€, prélevée à 100% sur le budget de la FWB, troisième en importance et la plus importante par tête d’habitant), la voix des Wallons et Bruxellois a perdu beaucoup de son crédit. L’absence du ministre-président Rudy DEMOTTE au Sommet de la Francophonie à Erevan en octobre dernier et le manque de position sur le choix de la nouvelle secrétaire générale de l’OIF ne sont que les signes les plus récents d’un déclin entamé depuis quelques années.

Inaudibles en bilatéral 

Nombreux sont les diplomates étrangers qui s’étonnent de l’effacement progressif de WBI, et disent n’avoir plus pour interlocuteurs que le "département des affaires étrangères" de la Flandre et le fédéral.

Inaudibles sur la scène européenne 

Absentéisme au sein du réseau EUNIC, pourtant levier fantastique permettant à WBI de s’appuyer sur les partenaires pour porter la voix culturelle des Européens dans plus d’une centaine de pays.

Pour des raisons circonstancielles, les gouvernements wallons ont décidé en 1997 de fusionner le poste d’administrateur général de l’Agence wallonne à l’exportation (AWEX) avec celui de patron des relations internationales (CGRI, puis WBI). Ce qui ne devait concerner que le premier double titulaire s’est prolongé jusqu’à nos jours et cette situation est une des causes des problèmes.

Certes, des rapprochements logistiques étaient souhaitables, mais les métiers étant foncièrement différents, on ouvrait la porte à une dérive, dont on constate aujourd’hui les effets.

Promouvoir les exportations et gérer une coopération internationale sont deux fonctions différentes, qui peuvent parfois entrer en contradiction ; qu’on pense aux ventes d’armes, à la question des droits de l'homme, et même à la promotion de la langue française. Sous la même direction que l’AWEX, WBI est en train de perdre son âme : toute autre logique qu’exportatrice est abandonnée, la visibilité de la Wallonie occulte celle de la Fédération Wallonie-Bruxelles et de Bruxelles, les visuels passent à l’anglais. Comment s’en étonner puisque l’AWEX est dirigée par un conseil d’administration composé de patrons d’entreprises et de syndicalistes, alors que les relations internationales sont une fonction régalienne foncièrement politique.

On objectera qu’avec le CETA, au moins, les Wallons ont connu une reconnaissance mondiale ? Mais cette notoriété est venue du monde politique et non de WBI. Non seulement cette administration n’a pas alerté l’autorité politique des risques du traité, mais la patronne conjointe de l’AWEX et de WBI a pris une position publique pro-CETA, alors même que Paul Magnette, son Ministre-président se battait contre le projet d’accord. Au point qu’André Antoine a dû lui rappeler qu’elle travaillait également dans les relations internationales.

En conclusion, il faut que les prochains gouvernements dissocient les deux fonctions et rendent à WBI les moyens de se mettre au service d’une politique internationale digne de ce nom.