Opinions

Une opinion de Ludovic Delory, journaliste, rédacteur en chef de "Contrepoints", a notamment contribué à la rédaction de "15 vérités qui dérangent" (Éd. Texquis, 2014). L'auteur s'exprime à titre personnel.


Chers adultes de demain, votre combat sert-il la science ou l’agenda politique ?


Chers adultes de demain,

La pluie d’hier n’a douché ni votre enthousiasme ni votre détermination. Bravo ! L’impact laissé par vos 12500 voix a été relayé comme il se devait, avec l’assentiment de vos directeurs d’école. La manière admirable et pacifique dont vous avez défilé a démontré, durant quelques heures, votre souhait légitime de préserver la planète.

Mais que savez-vous du lobbying souterrain qui gangrène la science du climat ?

Pour fréquenter bon nombre de chercheurs depuis que je m’intéresse au climat, je connais d’éminents scientifiques belges qui, une fois admis à l’éméritat, sortent de leur devoir de réserve et condamnent le dévoiement de leur discipline aux financements publics. "Follow the money", disent les économistes. Ce n’est pas dénué de bon sens. Mais la science ?

Le climat, cette juteuse affaire politique

Pour vous, la lutte "pour le climat" est d’abord politique. Vous l’avez fait savoir en interpellant les responsables du gouvernement. Vos slogans convenus sont aussi politiques. "There is no planet B" a été porté par Emmanuel Macron devant le congrès américain. Votre source d’inspiration, la Suédoise Greta Thunberg, est une militante. Pas une chercheuse. Quant au mouvement "Youth for Climate", il est une émanation du plus politique des organes politiques : l’ONU.

Chers adultes de demain, votre combat sert-il la science ou l’agenda politique ? Lisez les données brutes de la Nasa et ne vous contentez pas des "rapports pour décideurs" du Giec. Vous y trouverez une réalité bien plus nuancée. Lisez les fabuleux ouvrages de Steven Pinker ou de Bjorn Lomborg sur l’amélioration spectaculaire des conditions de vie dans le monde. Considérez avec circonspection les prédicateurs de catastrophes. Investissez vos forces dans le progrès.

Ne devenez pas les idiots utiles d’une nouvelle religion. Intéressez-vous à la politique en sachant que les solutions court-termistes de cette dernière finissent toujours par bénéficier aux minorités actives, et par limiter vos libertés au nom de l’intérêt commun.

L’urgence est ailleurs

Vous cherchez d’autres combats immédiats ? Selon l’AIE, un milliard deux cent mille (plus du double de la population de l’UE) d’êtres humains n’a pas accès à l’électricité (celle qui permet d’alimenter vos smartphones). Au Congo, dont on parle tant aujourd’hui, 16 % de la population a accès à l’électricité. Deux milliards six cent millions de personnes mangent des plats cuisinés avec l’énergie de la bouse de vache, des bouteilles en plastique, ou avec du bois vert que des enfants plus jeunes que vous doivent aller couper dans la forêt.

Depuis leur misère, quel regard portent-ils sur nous, Belges, jugés responsables de 0,02% des émissions humaines de CO2 — ce gaz qui verdit les déserts ?

Alors, bien sûr, manifester est porteur de sens. Sécher les cours apporte ce côté rebelle dont vous avez tant besoin. C’est une expression libre, en partie spontanée, très calculée. Mais sans doute le meilleur service que vous puissiez rendre à la planète consiste-t-il à vous orienter vers des métiers d’ingénieurs ou une filière scientifique. C’est depuis cette chaire que vous comprendrez que "science is settled" n’est peut-être qu’un slogan.

Chers adultes de demain, ne tombez pas dans le piège de la récupération. La science n’a rien de politique. L’unanimisme autour des grandes causes doit vous interroger, titiller votre esprit critique. Il ne doit pas endormir votre vigilance. Soyez imperméables aux manipulations et aux intérêts corporatistes. Retenez-vous de suivre la horde. Ne comptez que sur votre propre jugement pour vous guider dans l’action.

Hors la Belgique, le monde avance à une vitesse bien plus importante que le champ de vos œillères ne vous permet de le voir. Soyez réalistes. Et craignez bien plus pour votre propre avenir que pour celui de la planète. Elle s’en sortira sans vous.