Opinions Les élèves ne sont pas toujours faciles à gérer. En attendant, l’information doit être transmise !

Une chronique de Gisèle Verdruye, professeure de français dans une école secondaire. 

Sonnerie. Prise en charge du rang, pardon, du petit troupeau mi-joyeux d’entrer en classe parce quand même il fait meilleur dedans que dehors, mi-dégoûtée parce qu’il va falloir se farcir encore deux heures de cours avant de pouvoir retrouver la liberté !

Ouverture de la classe ! Punaise ! Ils ont encore ouvert les radiateurs au maximum ! Si le réchauffement climatique se confirme, je suis convaincue que c’est en partie à cause de tous ces gamins qui vous regardent avec des yeux de cockers dépressifs en gémissant "qu’on a trop froid, M’dame" et qui tournent la vanne thermostatique à fond dans votre dos. Commence par mettre un pull et des chaussettes et on en reparlera plus tard ! En attendant, à moins de prendre le risque de faire un gros malaise, là, en direct, pas le choix : ouverture maximale des fenêtres pour faire entrer un peu d’air dans cette étuve ! Hululement général de désapprobation ! Tenir bon ! Je suis une dure à cuire, et cela dans tous les sens du terme !

"Bonjour, asseyez-vous, prenez votre cours et votre manuel." C’est la fin du trimestre, cela fait un sacré bail que les horaires des cours sont définitifs. Et pourtant ! "M’dame (M’sieur, ça marche aussi, pas de privilège !), est-ce que je peux aller chercher mon livre dans mon casier ? J’ai oublié que l’on avait cours avec vous !" Ben tiens ! C’est vrai que cela ne fait que huit semaines que tous les mardis à cette heure-ci on a cours ensemble et que l’on travaille dans ce manuel ! Mais j’imagine que c’est encore un délai raisonnable et nécessaire pour que l’info parvienne à trouver son chemin dans le mystérieux dédale de ta mémoire ? Donc, c’est non ! Je ne te donnerai pas l’occasion de retourner te balader un petit peu dans la cour et les couloirs pour que tu puisses faire, en passant, des petits coucous à tous ceux qui sont dans leurs classes.

Un quart d’heure plus tard. "Tu comptes prendre des notes sur la table et la ramener chez toi pour étudier ?" Ben non, pourquoi ? "Parce que tu n’as toujours pas ouvert ton cours. Je me demandais juste comment tu comptais faire par rapport à la prochaine interro." Pffff ! "Et toi, tu m’expliques comment tu fais pour suivre l’énoncé en gardant ton bouquin fermé avec ton classeur par-dessus ? On t’a greffé un œil avec des super-pouvoirs dont celui de voir à travers toutes les matières opaques ? Quelle chance !" Re-pffff ! "Et vous deux, pourquoi il n’y a qu’un seul manuel sur votre banc ? Qui a oublié le sien ?" Je l’ai, il est dans mon sac, mais c’est plus pratique un seul livre pour nous deux, ça prend moins de place. En plus, il s’abîmera moins vite ! "Effectivement ! Comment n’y avais-je pas songé moi-même ? Je suppose que c’est celui des deux qui a mis son livre sur la table qui fait la prochaine interro, à charge de revanche pour la suivante ? Tes parents ont acheté ce manuel pour que tu t’en serves, pas pour le revendre à l’état neuf l’année prochaine ! Tu prends ce bouquin immédiatement !" Re-re-pffff !

"Pierre ? (Kenza, Éric, Gaspard, Bilel… Même combat !) C’est quoi ton but aujourd’hui ? Te transformer en toast ? Avec les marques du grill dessus ? Non mais, je dis ça parce qu’il semblerait que tu sois en train d’essayer de t’insérer dans le radiateur ! Tu nous préviens quand tu es à point ! Que l’on puisse te retourner pour éviter que tu attaches !"

"Coline ! (Axel, Dimitri…) Lâche ce mur ! Figure-toi qu’il tient sans ton aide. Alors n’hésite pas à te rasseoir normalement avec toutes les parties de ton corps orientées dans la même direction, le tableau. Je n’ai pas envie d’avoir ta future scoliose sur la conscience !"

"Tu es inscrit à un concours de majorettes ? Non ? Dans ce cas, pourrais-tu ranger ce crayon au lieu de faire des moulinets de plus en plus rapides au risque de le voir partir se planter dans l’œil de ton voisin !"

Et pendant ce temps, parvenir à glisser une information sur la puissance des métaphores en poésie, le déroulement de la photosynthèse ou l’utilisation du théorème de Pythagore. Désespérant et extraordinairement génial à la fois !

Titre et chapeau de la rédaction. Titre original : "Routine !"