Une carte blanche signée par Alice Collart et plus de 200 autres candidats aux études de médecine (voir au bas de l'article).

Madame la Ministre, nous sommes fatigués.

Fatiguée par l’hypocrisie dont vous semblez tant être prise.

Aujourd’hui, en Belgique et comme partout dans le monde, nous sommes confinés. Confinés pour éviter la propagation d’une pandémie meurtrière qui a déjà tué plus de septante-cinq mille personnes et qui en tuera sûrement le double. Cette même pandémie qui met en lumière la plus importante faille du système de soins de santé belge : nous manquons cruellement de médecins. Pourtant, nous le savions. Mais cela ne semble toujours pas au centre de vos préoccupations.

18 %

Aujourd’hui pour être médecin en Belgique, il faut passer par le parcours du combattant. Nous entamons ces études, pourtant réputées longues et difficiles, sans promesse de pouvoir un jour toucher ce rêve du bout des doigts. Et cela commence dès le début avec l’instauration, il y a trois ans, d’un examen d’entrée. Cet examen d’entrée fait beaucoup parler de lui et pour cause, on dénombre seulement dix-huit pourcents de réussite. Une aberration quand le taux de réussite en ingénieur civil est quant à lui de plus de soixante pourcents. Pas étonnant quand on sait que chaque matière doit être repassée en seconde session, même réussie. Ce qui à nouveau, n’est pas le cas en ingénieur civil. De plus, cet examen comprenant huit matières se déroule sur une seule et même journée. Il est ahurissant de constater que le quart des points porte sur des questions d’éthique et d’empathie. Ce sont pourtant les choses que l’on apprend pendant nos études, pas celles que l’on devrait maîtriser à dix-huit ans.

Si nous faisons partie des heureux dix-huit pourcents restants, nous avons alors la chance d’intégrer ce cursus maintes fois rêvé. Mais la fin est encore loin… Y en a-t-il seulement une ? Après six longues années de compétitivité et d’angoisse, nous voilà désormais au stade tristement célèbre du numéro Inami. Madame la Ministre, la pénurie est là, juste sous vos yeux, écrite noir sur blanc. Mais pourtant, vous continuez à compter. Pourquoi ne pas vous inspirer de la France qui à décidé, justement, d’enfin supprimer cette aberration ?

Examen d'entrée aux études de médecine reporté, une aberration

Et pourtant aujourd’hui, vous tapez encore plus fort. Vous décidez de supprimer l’examen d’entrée initialement prévu le trois juillet. Alors qu’au même moment, on annonce le maintien des examens dans le supérieur. Madame la Ministre, vous rendez vous compte de l’impact que cette décision à sur nous, les jeunes qui tentons encore tant bien que mal d’intégrer le cursus de médecine ?

Les conséquences de vos décisions affectent beaucoup de jeunes aujourd’hui, et nous ajoutent un stress jusque là déjà bien présent. Pour la plupart d’entre nous, le choix de prendre part à cet examen d’entrée ne date pas d’hier. Nous préparons cet examen assidûment depuis le début de l’année académique. Avec l’arrivée du confinement et l’arrêt des cours, nous avons enfin l’occasion de nous y consacrer pleinement. La suppression des cours ne remet pas en cause notre volonté de s’y préparer. Nous avons de nombreux outils à notre disposition, que ce soit des documents en ligne ou des vidéos sur YouTube. Il existe également de nombreux groupes d’entraide. Nos professeurs sont également disponibles virtuellement afin de répondre aux questions que l’on se pose. Le fait de ne pas aller à l’école ne nous empêche pas d’être prêts.

Aujourd’hui, vous choisissez de pénaliser les étudiants qui ont investi du temps et de l’argent dans la préparation de cet examen d’entrée. Oui ces cours sont coûteux, et pour la plupart, nous occupent tous les samedis. En parlant d’argent Madame la Ministre, avez-vous pensé au coût que cela engendrerait pour les étudiants qui n’auraient pas la chance de réussir du premier coup ? Sans certitude d’être acceptés en médecine, que ferons nous jusqu'à la mi-octobre ? Nous nous inscrirons dans un autre cursus et nous nous retrouverons complètement largués une fois en médecine ? Avec une tonne de cours à compenser, de notes à trouver et de séances de T.P. à rattraper ? Et si nous décidons de nous inscrire en Haute Ecole en attendant ? Qu’adviendra-t-il de notre minerval ? Et puis avez-vous pensé à nos amis français ? Ces jeunes qui misaient sur la Belgique et qui n’ont maintenant aucune certitude d’y passer les six prochaines années. Vont-ils devoir s’inscrire en France, puis en Belgique ? Que vont devenir leurs loyers ? En parlant de loyer Madame, avez vous pensez à nos kots à nous, les Belges ? Qui dépendent eux aussi des études que nous entamerons et des campus sur lesquels nous serons ?

Organiser cet examen en plusieurs groupes, ou bien virtuellement

Bien sûr, et surtout en tant que potentiels futurs médecins, nous comprenons la volonté d’éviter un rassemblement. Mais en 2020 et avec les nombreux outils virtuels dont nous disposons, il est difficile de croire qu’aucune solution ne peut être trouvée d’ici mi-octobre... Organiser cet examen en plusieurs groupes, ou bien virtuellement, il y a tellement d’options possibles et imaginables.

La Belgique démontre encore une fois un manque de bienveillance criant envers les étudiants en soins de santé. Ne vous plaignez pas d’être en sous-effectifs lorsque vous ne faites rien pour attirer des étudiants dans vos rangs.

Madame la Ministre, la suppression de cet examen d’entrée en juillet démontre une nouvelle fois le mépris que vous démontrez pour les jeunes qui tentent tant bien que mal de franchir ces étapes.

Liste complète des signataires :