Une lettre ouverte de directeurs et directrices de centres PMS à la ministre de l'Education en Fédération Wallonie-Bruxelles, Caroline Désir (PS). Retrouvez la liste complète des signataires au bas de l'article.

Madame la Ministre de l’Education,

Nous, directrices et directeurs des centres Psycho-Médico-Sociaux (PMS), observateurs privilégiés des réalités des enfants et adolescents de la Fédération Wallonie-Bruxelles, tirons la sonnette d’alarme !

Habitués à rester discrets, nous sortons de notre réserve pour vous dire à quel point nous sommes à la fois étonnés de votre silence médiatique sur notre rôle dans cette crise sanitaire et terriblement inquiets par rapport à de très nombreux enfants, adolescents et parents.

Cela fait plusieurs semaines que vous vous exprimez dans les médias sur la fermeture des écoles, la continuité des apprentissages, l’interdiction des nouvelles matières, l’accueil des enfants des soignants, la solidarité entre enseignants… et pas un mot, non, pas un mot concernant l’aide psycho-médico-sociale qu’offrent les centres PMS d’autant plus importante en ces temps de crise sanitaire et de confinement. Il est évident que des conséquences dramatiques de cette situation inédite vont apparaître dans de nombreuses familles.

Ne nous oubliez pas

Aujourd’hui, comme depuis le début du confinement, nous continuons d’accompagner les jeunes et les familles par téléphone et par tout autre moyen de communication possible. Nous nous sommes adaptés à cette situation inédite et faisons preuve de créativité au jour le jour. Mais, malgré nos différentes offres de service, nous sommes convaincus qu’une bonne partie de la population pense que nous ne sommes plus accessibles alors que beaucoup vivent des événements très complexes, potentiellement traumatisants. Alors…

  • Dites à tous les parents que nous sommes là ! En témoignent ces nombreux parents qui se sentent en burn-out, éprouvant des difficultés à jongler entre le télé-travail et leur présence auprès de leurs enfants, cette maman qui nous révèle qu’elle a jeté toutes les affaires de son fils par la fenêtre, cette autre qui nous confie qu’elle s’enferme dans sa chambre avec ses enfants le temps que son mari se calme,… Dites-leur que nous sommes là pour les écouter et réfléchir aux différentes manières d’être parents aujourd’hui.

  • Dites à tous les adolescents que nous sommes là ! Ces nombreux jeunes qui se demandent de quoi sera fait leur année scolaire prochaine. Ce jeune de seize ans, dont le papa vient de décéder du Covid-19 et dont la maman est hospitalisée pour la même maladie, qui nous demande comment il doit désinfecter son logement, s’il doit s’occuper de l’enterrement de son père, comment préserver sa petite soeur. Cette adolescente qui nous demande si c’est normal d’avoir des idées suicidaires. Ces adolescents endeuillés, si vous saviez ce qu’ils nous racontent, vous comprendriez profondément qu’ils ont besoin de nous. Dites à tous les autres que nous sommes là, à leur côté, quelles que soient leurs difficultés.

  • Dites à tous les éducateurs scolaires que vous êtes consciente qu’ils font partie des métiers essentiels aujourd’hui. Dites-leur de continuer leur travail de lien entre les élèves et les centres PMS comme ils le font habituellement, que vous avez confiance en leur professionnalisme.

  • Dites aux directeurs d’établissements scolaires que le centre PMS est là pour réfléchir avec eux à comment augmenter la résilience de leur équipe et des élèves. Dites-leur que la gestion psycho-sociale de cette crise est bien plus primordiale que la gestion pédagogique parce qu’il est tout simplement impossible qu’un cerveau intègre de la matière s’il est préoccupé par sa sécurité ou son avenir. C’est encourageant de lire dans une circulaire que vous nous avez associés pour la gestion des impacts psycho-sociaux lors du retour à l’école. Merci !

  • Dites aux enseignants, qu’en ces circonstances, la santé mentale des jeunes est un préalable au programme. Nous sommes disponibles pour réfléchir avec eux à la façon de les accueillir à leur retour, dans un lien humain et bienveillant, à l’écoute de leurs besoins, de leurs envies, de façon individuelle, personnalisée. Dites-leur aussi que vous avez confiance dans leurs capacités à être créatifs, à s’adapter, à collaborer avec leurs collègues et le centre PMS. Dites-leur enfin que nous sommes là pour eux et pour leurs élèves qu’ils sentent en difficultés émotionnelles, relationnelles…

C’est aussi être préventif que de vous adresser cet appel. Sachez que dans les centres psycho-médico-sociaux, cela fait un long moment que notre capacité d’accueil est saturée, que nous voyons des personnes s’épuiser, que nous n’avons pas les moyens humains pour prendre toutes les situations en charge, pour écouter tous ces adolescents qui demandent de l’aide, tous ces parents qui frappent à notre porte. Cela fait bien longtemps que les professionnels de ce secteur se sentent impuissants pour répondre au flot des "demandes bien légitimes" qui leur parviennent, et qu’ils sont confrontés à des services (de deuxième ligne) également débordés, et dans l’incapacité de prendre le relais. Mais ça… c’est une autre histoire… Nous en reparlerons une prochaine fois.

Dites-le maintenant

Pour l’instant, face à l’urgence de répondre aux besoins de soutien psycho-social des familles, nous vous demandons donc de rappeler, haut et fort, que tout le personnel des centres PMS est à son poste. Quelles que soient les circonstances, quel que soit le degré de confinement, nous nous adapterons et participerons, à la hauteur de nos moyens, à aider les enfants, les jeunes, les parents, les acteurs scolaires à être créatifs pour traverser cette crise et en sortir plus forts, meilleurs.

Dites-le maintenant. Plus on attend, plus ce sera compliqué, plus il y aura de demandes. Plus nous serons débordés et la deuxième ligne saturée.

Nous avons tous besoin d’une Ministre qui se positionne clairement sur ses priorités, qui légitimise aux yeux de tous, élèves, parents, enseignants, directeurs, intervenants psycho-sociaux, toutes les adaptations nécessaires pour augmenter notre résilience à tous, y compris la vôtre. Les centres PMS savent que dans la crise, on doit d’abord prendre soin de la tête… prenez soin de vous, nous avons besoin de vous !

Liste des signataires :

Nicolas Lejeune, Isabelle Moreau, Anne Thomas, Marie Chenot, Sandrine André, Erika Marlair, Tiffany Garot, Laurence De Luca, Marion Delvoye, Martine Chaboteaux, Elodie Mouyard, Béatrice Marissiaux, Sophie-Charlotte Cornelis, Sophie Verrekt, Gaëlle Grailet, Pascale Cocheteux, Véronique Lekien, François Caucheteux, Caroline Legrand, Geneviève De Cock, Sophie Christiaens, Claire Magerotte, Catherine Stevanoni, Marianne Leterme, Catherine Langenscheid, Annabelle Huts, Véronique Garcia, Françoise Delhaye, Karin Modolo, Marie-Laurence Vanderschrick, Christelle Léonard, Nicole Martinet, Marie-Laurence Cardon, Cécile Bechet, Isabelle Deleuze, Laura Gobbo, Anne Hermant et Béatrice Desmet.

Titre de la rédaction. Titre original : "Madame la Ministre, les centres PMS sont peut-être confinés mais fidèles au poste"