Une opinion de Colin Bertrand, jeune diplômé en sciences politiques de l'ULiège.


Mercredi soir, Peter Mertens, Raoul Hedebouw et Germain Mugemangango claquent la porte des négociations pour la formation du gouvernement wallon et condamnent leur parti à rejoindre les bancs de l'opposition aux côtés du CDH.

Cette manœuvre bouleverse l'échiquier politique et pousse les socialistes dans les bras des libéraux, reléguant dans le même élan les écologistes à une simple position d'appoint.

Alors coup de sang ou stratégie bien rodée ?

Les propos des deux parties divergent du tout au tout. Si Elio Di Rupo et Paul Magnette font mine de ne pas comprendre et dénoncent le « show » de la gauche radicale, Raoul Hedebouw lui estime avoir été embarqué dans une farce dont il serait le dindon.

Pourtant, il est difficile d'imaginer que la figure de proue des travailleurs belges soit naïf au point de s'imaginer être dans une posture propre à pouvoir dicter le programme du futur gouvernement.

Il apparaît également difficile de ne pas mettre en doute sa bonne foi à prendre des responsabilités en Wallonie quand on analyse la longue liste des convergences entre les socialistes et les communistes.

Finalement, on est en droit de se demander si la volonté du PTB n'est pas toute autre et s'il ne se projette pas d'ores et déjà dans le prochain scrutin.

En effet, la formule peut s'avérer payante. En amalgamant socialistes et libéraux, la gauche radicale peut espérer puiser dans le réservoir des électeurs de la première force politique wallonne. Elle se posterait en première force d'opposition avec ce qu'elle appelle la gauche authentique et un programme de rupture.

Peut-être a-t-elle même le secret espoir de voir naître un fort mouvement social dont elle pourrait s'accaparer la substance à la manière des Gilets Jaunes en France.

En 1848 déjà, Karl Marx et Friedrich Engels affirmaient dans Le Manifeste du parti Communiste la chose suivante : le capitalisme porte en son sein les germes de sa fin. En accentuant les inégalités, et par là le nombre des personnes démunies, la révolution devient inévitable.

À l'heure de l'austérité et des politiques budgétaires de l'Union Européenne, le PTB estime-t-il que la prophétie serait finalement sur le point de se réaliser ?

Une chose est sûre, en quittant la table de négociations, Raoul et sa clique ont misé sur l'échec d'une coalition progressiste de gauche et donc, d'une certaine manière, ont contribué à l'essor, pour les cinq prochaines années, des politiques néolibérales.

Qui payera les pots cassés ?

Le malheur dans cette affaire est qu'en visant un plus gros succès électoral pour la prochaine législature, le PTB a sacrifié les voix d'un nombre considérable de wallons qui comptaient sur eux pour enfin sortir la tête de l'eau.

S'ils avaient ravalé leur fierté et étaient entrés au gouvernement, ils auraient pu peser de tout leur poids pour protéger les travailleurs, les pensionnés et les personnes en situation de pauvreté, ils auraient pu bousculer les lignes pour maintenir le cap à gauche. Au lieu de cela, ils ont fait le choix de l'opposition où les cris de leurs tribuns tomberont dans les oreilles indifférentes du pouvoir.

La Belgique en faisant le choix du scrutin proportionnel a misé sur le courage des partis politiques à faire des compromis et à former des coalitions dans le but de rencontrer les aspirations d'une majorité de la population. Aujourd'hui, ce courage a fait défaut à la gauche radicale.

Eux qui remettent en cause la politique, se sont abaissés à une stratégie politicienne sacrifiant la défense des leurs idéaux à des fins électoralistes.

De tout cela, ce sont les "opprimés" – ceux-là même qu'ils défendent – qui en sortiront, une nouvelle fois, les grands perdants.