Opinions

Une opinion de Tatiana Stellian (Ecolo), co-coordinatrice et chargée d'éducation au développement. 

La grande majorité des citoyens belges souhaitent un monde plus équitable, plus juste pour tous, plus ouvert, un monde dans lequel chacun aurait sa place et où l’avenir des générations futures dans une planète viable serait assuré. Nous sommes tous conscients que pour y parvenir il est important que les citoyens soient conscients des enjeux que cela représente au niveau local, régional, national et même mondial. Dans cette optique, l’éducation joue un rôle capital. Que cela soient les parents, l’école ou l’entourage des jeunes, c’est à nous, adultes, qu’incombe la lourde responsabilité de former les jeunes d’aujourd’hui à être des citoyens responsables et impliqués dans la société.

Les jeunes, vraiment "je-m'en-foutistes"?

Ces mêmes jeunes se mobilisent actuellement en masse, faisant l’école buissonnière, pour réclamer des mesures à nos différents gouvernements afin de lutter de manière efficace et proactive contre le réchauffement climatique. Ils étaient 3000 dans les rues de Bruxelles le jeudi 10 janvier, 12500 ce jeudi 17 janvier et peut-être bien plus jeudi prochain.

Ecole buissonnière et donc désobéissance d’une jeunesse à laquelle on reproche souvent son inaction, son "je-m’en-foutisme" et sa flemme. Comment, nous, adultes, devons-nous réagir face à ce refus d’obéir à la loi sur l’obligation scolaire pour les moins de 18 ans ? Doit-on les punir ? Doit-on expliquer à nos jeunes qu’ils existent des règles pour qu’une société fonctionne et qu’ils doivent s’y plier ? Doit-on encourager leur action ?

Ne formons-nous pas les jeunes à développer un regard critique, à avoir le courage de défendre des valeurs et principes qui leur semblent justes ? N’est-ce pas là un des rôles de cette école qui a déjà été désertée à deux reprises par ces jeunes ? Peut-on dès lors leur reprocher cette désobéissance ? Même si l’école inculque aux jeunes le respect des règles qui permettent un bon fonctionnement en société, comme nous l’avons dit précédemment, elle doit aussi former ces mêmes jeunes à défendre des valeurs et à avoir un esprit critique. Ce qu’ils semblent avoir parfaitement compris et mettent même en application. Dans cette optique, nous devrions donc les laisser faire l’école buissonnière.

Où poser les limites?

Certains pourraient craindre des débordements car, au fond si nous laissons enfreindre cette règle, comment justifier que cela ne soit pas le cas d’autres ? Ou mettre les limites dans les infractions ? Et dans ce cas, il vaudrait mieux n’autoriser aucune infraction au règlement.

Loin de nous l’idée de ressortir le slogan "Il est interdit d’interdire" qui a eu son succès à une époque. Au contraire, à l’anti-autoritarisme ou l’autoritarisme, nous préférons le dialogue et l’éducation en continu. Pour cela, il nous semble que nos jeunes devraient pouvoir continuer à défendre cette noble cause qui est la leur et devrait être la nôtre à tous. Et nous, adultes, dans ce contexte, devrions continuer à jouer notre rôle éducatif en les accompagnant. Nous devrions leur montrer que dans certains cas, pour défendre certaines causes, la désobéissance, tant qu’elle reste non violente, se justifie. Les exemples dans l’histoire ne manquent pas et ont été érigés comme des exemples pour les générations futures. Nous adultes, ne soyons pas incohérents avec notre volonté de faire de ces jeunes des citoyens en réprimant leur action de citoyens. Au contraire, jouons donc notre rôle d’accompagnateur de ces jeunes qui doivent être des exemples pour nous tous.