Opinions Georges CLERFAYT

Vraiment, vous en avez marre de BHV? N’est-ce pas de l’égoïsme à courte vue ? Comment pouvez-vous ainsi vous désintéresser du sort de 150 000 concitoyens francophones ? Et comment pouvez-vous être aussi aveugles sur ce qui sera votre sort, à vous, et celui de votre pays, lorsque, par suite de votre passivité indifférente, vous aurez laissé faire les partis flamands qui veulent scinder BHV, sans élargir Bruxelles !

Si, pour vous, les valeurs démocratiques représentent quelque chose de sacré qui doit être défendu en toutes circonstances, si vous voulez faire respecter les droits de l’homme dont les droits des minorités nationales font partie, vous ne pouvez vous désintéresser de BHV !

Mon interpellation vous étonne ? Et pourtant, nous, citoyens belges francophones de la périphérie bruxelloise, depuis plus de 45 ans, nous subissons constamment de sérieux dénis de démocratie et de respect des droits de l’homme. Bien sûr, cela se passe, chaque fois, à petite dose homéopathique (stap voor stap !), méthode bien éprouvée pour rester inaperçue et, donc, endormir ! Certes, après la fixation incorrecte des limites de Bruxelles en 1963, nous avons connu près de vingt ans d’accalmie (c’est relatif !), mais après, cela s’est aggravé sans cesse, notamment depuis 1993, c’est-à-dire depuis l’instauration d’un parlement flamand autonome et d’un gouvernement flamand autonome qui, de plus en plus, ont ignoré et violé la Constitution fédérale et certaines lois fédérales. Cela s’est passé, chaque fois, avec la bénédiction des chambres flamandes du Conseil d’Etat, triturant les textes de façon désespérante au point que plus aucun francophone ne juge encore utile d’aller s’y plaindre.

L’un des actes les plus graves (mais il y en a eu tant d’autres ), c’est le refus de nommer trois bourgmestres élus démocratiquement. Le seul tort de ceux-ci est d’avoir appliqué la loi fédérale, pour défendre les droits de leurs électeurs, à propos de l’envoi des convocations électorales, et, donc, d’avoir refusé d’appliquer une circulaire interprétative illégale (anticonstitutionnelle) émise par le gouvernement flamand.

Est-ce que, oui ou non, l’Etat fédéral belge existe encore ? Si oui (Dieu merci, c’est le cas), il va de soi qu’une loi fédérale prévaut sur une circulaire interprétative et délirante du gouvernement flamand prise, qui plus est, "ultra vires", comme disent les juristes, c’est-à-dire sans compétence pour ce faire ! Si vous n’êtes pas d’accord avec ce propos, alors l’Etat belge (fédéral ou pas) n’existe déjà plus, en tout cas, dans votre esprit. C’est donc que son existence, son maintien n’est déjà plus, pour vous, une question importante ! Je n’ose y croire

Etes-vous partisans de la fin de l’Etat belge, un Etat de droit, un Etat démocratique ? Si c’est non, si vous refusez sa disparition (qui d’ailleurs signifierait appauvrissement pour tous), alors, il est temps de vous réveiller et de vous intéresser à BHV Mais s’il vous est égal que les partis flamands imposent la scission de BHV à leur manière, c’est-à-dire sans élargissement de Bruxelles, c’est qu’alors - peut-être inconsciemment, mais c’est un fait évident -, vous vous moquez pas mal de l’avenir de la Belgique, soit de son maintien, soit de sa disparition comme Etat, au sens du droit international.

En effet, l’acharnement des partis flamands pour obtenir la scission de BHV s’explique par le fait que cet arrondissement électoral et judiciaire bilingue qui englobe Bruxelles et Hal-Vilvorde constitue le dernier verrou empêchant la scission de l’Etat belge Après une scission de BHV (sans élargissement de Bruxelles), ils auront les mains libres pour provoquer l’évolution de leurs rêves vers l’Etat flamand indépendant.

Car après cela, ayant muselé les francophones de la périphérie (et supprimé les facilités, ce qui est officiellement à leur programme), donc les ayant privés de leurs droits fondamentaux à l’identité culturelle (car ces francophones constituent une minorité nationale historique en Flandre), les partis flamands arriveront à museler et à flamandiser, en deux générations, les francophones de Bruxelles, ville qu’ils ont déjà proclamée capitale de la Flandre et qui, après scission de BHV sans élargissement, sera enclavée en Flandre, donc coupée de la Wallonie ! Et bien avant la fin de cette évolution, rien ne les arrêtera, lorsqu’ils auront envie, le moment opportun venu, de proclamer l’indépendance de l’Etat flamand Et il sera trop tard de venir dire alors : "Ah ! Si j’avais su !"

Alors, vous, francophones de Belgique, vous aurez tout perdu : votre Etat belge, votre capitale, Bruxelles, annexée par l’Etat flamand, ainsi que l’atout majeur sur le plan économique et international que représente Bruxelles, et vous aurez aussi perdu près d’un million de concitoyens francophones, progressivement flamandisés, comme ce fut largement le cas des francophones de Flandre depuis 1932.

Comment ne pas voir que BHV, c’est une question capitale pour l’avenir de la Belgique ? Comment peut-on croire et dire que "BHV, c’est une question secondaire, locale, sans intérêt" ? Car croire et dire cela, c’est permettre aux partis flamands de scinder BHV, sans révision des limites de Bruxelles, donc d’accomplir la dernière étape avant l’indépendance de l’Etat flamand. Et prétendre que "les temps sont durs ; c’est la crise ; il y a de plus grands problèmes socio-économiques ; on ne va pas paralyser la vie politique pour çà", c’est faire comme si, pendant la dernière guerre, sous l’Occupation, on aurait dit aux résistant : "Mais voyons, il faut d’abord survivre, trouver à manger, vivre en paix : cessez votre combat obstiné, tant pis pour les valeurs de liberté et de démocratie que vous voulez défendre ; ce n’est pas prioritaire !" D’ailleurs, hélas, certains n’ont pas manqué de le faire Quel aveuglement !

Tous les citoyens belges, quelle que soit leur langue, s’ils sont attachés à la Belgique, à la démocratie, aux droits de l’homme, lesquels impliquent et comprennent les droits des minorités nationales, doivent s’unir et exiger que BHV ne soit pas scindé, sans élargissement de la Région-capitale de Bruxelles qui est et doit rester "bilingue" c’est-à-dire accueillante pour tous ! Telle est la condition de survie de la Belgique fédérale.

Dire : "J’en ai marre de BHV (c’est-à-dire je m’en fous ! que les Flamands fassent ce qu’ils veulent)", c’est faire comme cet idiot de Gribouille qui, n’aimant pas d’être mouillé, croyait, avec sa courte vue, se protéger de la pluie en se plongeant dans la mare aux canards.